Notre histoire

Les débuts du Collectif (1986 – 1991)

Le 7 février 1986 le président à vie Jean-Claude Duvalier (le fils de Papa Doc) s’envole de Port au Prince vers la France. Ainsi se terminent 29 années d’une dictature cruelle. Pendant les quatre ans qui suivent, se succèdent règlements de compte, gouvernements civils et militaires, des élections empêchées dans le sang et des manifestations violemment réprimées.

C’est pendant cette période que le Collectif Haïti de France s’organise peu à peu. Le Collectif trouve ses origines dans le Comité français de défense des droits de l’Homme en Haïti, animé longtemps par le pasteur Marcel Henriet. Après le départ de Duvalier, un membre de l’IRAM (institut de recherche et d’application des méthodes de développement), qui avait travaillé en Haïti au début des années 80 a réuni diverses ONG travaillant en Haïti, et partageant certaines grandes options, telles que la CIMADE (service oeucuménique d’entraide qui accueillera longtemps les réunions du Collectif) et Frères des Hommes (dont un employé travaillera bientôt à temps partiel pour le Collectif). C’est de là qu’est partie l’idée d’un « collectif », lieu d’échange pour certaines ONG. Très rapidement, le Collectif s’est ouvert à des journalistes et des experts d’Haïti… puis à tous ceux qui étaient intéressés à promouvoir un processus démocratique en Haïti.

L’absence d’informations dans la presse nationale sur ces événements l’amène à créer un hebdomadaire « Une Semaine en Haïti » qui est enregistré sur un répondeur téléphonique et destiné à la communauté haïtienne de France. Cette initiative recevra bientôt le soutien du CCFD (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement). Le succès du répondeur est immédiat. Plus tard le bulletin « Une Semaine en Haïti » sera imprimé. 

La période du coup d’état militaire (1991 – 1994)

Le 30 septembre 1991 le président de la République, Jean-Bertrand Aristide, est renversé par un coup d’État militaire. Cette période aura vu une répression féroce faisant plus de 4000 victimes en trois ans et une mobilisation internationale sans précédent pour le retour d’un Etat de droit en Haïti.

Pendant cette période le Collectif a été très actif. Les réunions publiques étaient le seul endroit où les Haïtiens pouvaient parler d’eux-mêmes. C’est à partir de ce moment également que les associations haïtiennes existantes se sont renforcées et que d’autres se créent avec l’arrivée en France de nouveaux réfugiés.

Jean Michel : « Après l’établissement de la dictature militaire en 1991, le Collectif a été très actif. Il tenait des réunions toutes les semaines. Rapidement a surgi l’idée d’aider ceux qui, à l’intérieur d’Haïti, militaient contre la dictature, et plus particulièrement ceux qui essayaient de faire vivre des media libres. C’est ainsi que le Collectif a ramassé de l’argent pour acheter des émetteurs de radio. Une radio clandestine a ainsi pu émettre pendant un moment dans la région de Port-au-Prince. Ce type d’action de solidarité exigeait beaucoup de rigueur et un certain cloisonnement à l’intérieur du Collectif. J’ai participé à la collecte d’argent pour les radios. « 

Bernard : « Au début des années 90, alors que j’étais dans une longue période de chômage, je me suis impliqué avec le Collectif dans la création de l’Aisohaf (Aide et Soutien aux Haïtiens de France) avec l’Association des Etudiants Haïtiens de France, le Gisti (groupe d’information et de soutien aux immigrés) et Haïti Développement, pour aider les nouveaux réfugiés à rédiger leur demande d’asile. La Cimade nous a prêté des locaux rue de Grenelle où nous avons traité 5 000 dossiers. Nous faisions des permanences le samedi matin. L’information est passée comme une traînée de poudre dans la communauté et ceux qui avaient besoins de papiers commençaient la queue dès cinq heures, comme en Haïti ! Les commerçants de la rue se demandaient bien ce que se passait ! » 

La période du retour à l’ordre constitutionnel (1994 – 2002) 

Après le retour de Jean-Bertrand Aristide, une normalisation politique était attendue. Au Collectif Haïti de France on soulignait l’importance de continuer à travailler sur les questions de défense des droits de l’homme et de diffusion d’informations sur Haïti pour pouvoir éclairer et sensibiliser l’opinion publique.

Dans le même temps, une idée a germé consistant à dire qu’il importait d’entreprendre également des actions allant dans le sens de l’amélioration des conditions de vie de la population compte tenu de la dégradation de la situation socio-économique. Le Collectif a ainsi appuyé des initiatives de développement portées par des acteurs locaux crédibles en créant une Commission Développement. Celle-ci a définie un certain nombre de critères à prendre en considération avant de se lancer dans le soutien d’un projet.

Tout d’abord, le Collectif s’est positionné non en tant que bailleur de fonds, mais plutôt en tant que facilitateur pour favoriser la rencontre entre des porteurs d’initiatives et des partenaires techniques et financiers. Il se propose de jouer un rôle d’accompagnement dans le montage des dossiers, la recherche de partenariats ainsi qu’un rôle de suivi dans le développement des relations, la mise en place des projets qu’il soutient et le renforcement institutionnel des organisations locales. Parmi les critères retenus, on peut en citer trois : – la démocratie : les décisions prises au sein du groupe demandeur doivent faire l’objet de discussions entre ses différents membres et responsables pour favoriser la transparence, la prise de parole, le consensus et la démocratie par la base – le partenariat : le groupe doit avoir le souci de collaborer avec d’autres organisations et acteurs évoluant dans le même secteur que lui et au-delà pour pouvoir confronter les idées et créer des synergies possibles – l’intérêt général : le projet ne doit pas se développer au profit exclusif d’une personne et d’un petit groupe, mais doit viser l’intérêt général avec des retombées sur le plan local, mais aussi, si possible, sur le plan régional et national.

C’est ainsi que depuis 1998, en lien avec de nombreux partenaires dont le CCFD, la SIDI, la société Perche Activités, l’Institut Panos, CORDIAD et d’autres, le Collectif appuie le MPGM (le Mouvement Paysan de Gros-Morne) dans un projet de valorisation de mangues et dans le renforcement des capacités du mouvement.

Le nouveau millénaire (2002 – 2005)

Après plus de 10 ans d’existence officielle, l’heure du bilan était arrivée. En 2003, le Collectif Haïti de France a initié un travail de consultation des associations travaillant avec Haïti, dans plusieurs régions françaises. Ce travail a coïncidé avec l’embauche d’une coordinatrice salariée à plein temps, afin de développer les activités de l’association. Le Collectif Haïti de France s’implique activement dans la Coordination Europe Haïti, qui regroupe les ONG européennes ayant des partenariats en Haïti. Le rôle de la COEH est de faire un suivi de la politique européenne envers Haïti.

Le travail de consultation a abouti à l’AG 2004 avec l’adoption d’un projet associatif pour 3 ans. Ce projet est dans la continuité des activités du Collectif. Ainsi, il présente les trois axes de travail du Collectif : – L’information, dans le prolongement de son activité historique – Le plaidoyer, au niveau français et européen, sur la politique actuelle comme sur l’Histoire d’Haïti – Le renforcement de la société civile, par un travail de relais des ONG en Haïti et de mise en réseau des ONG en France.

Dans le cadre de sa campagne de plaidoyer, la Coordination Europe-Haïti a accueilli en Europe du 25 novembre au 10 décembre une délégation d’ONG partenaires haïtiennes représentative des 50 organisations et mouvements de bases. Ensemble, nous avons élaboré un document intitulé «Une autre Haïti est possible ». Ce document constitue la base des revendications de ces organisations en ce qui concerne les droits humains, les droits socio-économiques et la souveraineté alimentaire. 6 représentants d’ONG (KNFP, Veterimed, Justice et Paix, GADR, ICKL, SAKS) ont porté la voix des acteurs sociaux auprès du public et des décideurs européens.

A peine remise des pluies torrentielles et meurtrières qui se sont abattues sur l’île en juin, Haïti a de nouveau subi le passage du cyclone Jeanne en septembre. Les averses diluviennes ont déversé des torrents d’eau et de boue dans les villes. Aux Gonaïves et dans les communes de Chanfolme et de Port-de-Paix, gravement sinistrées, les inondations ont atteint 3 mètres de hauteur d’eau. Jeanne a causé plus de 1400 décès, la plupart par noyade. Des milliers de gens se sont retrouvés sans abri et 170.000 personnes n’ont plus eu ni nourriture, ni eau potable, ni électricité.

Emmanuel : « L’année 2004 a été très marquante pour le Collectif Haïti. D’une part, parce que le bicentenaire de l’indépendance a mobilisé beaucoup d’associations et d’institutions organisatrices d’événements faisant connaître à un plus large public ce pays largement méconnu en France. Le Collectif, en diffusant ces informations et en renseignant des personnes organisatrices, a gagné en reconnaissance.
L’autre fait plus marquant encore a été le renversement d’Aristide. Si les médias ont beaucoup parlé des rebelles du nord à l’assaut de Port au Prince, il faut rappeler que le mouvement pour dire non à tous les débordements du régime d’Aristide est parti des étudiants Haïtiens suivis ensuite par d’énormes marches populaires dans les rues de Port au Prince. Tous cela s’est passé très vite, nous recevions des dizaines de mails par jour, parfois contradictoires, sur la situation. En décembre 2003, nous avons écrit à l’ambassade d’Afrique du Sud pour dénoncer le soutien militaire et amical de Tabo Mbéki à Aristide. Nous avons ensuite commencé à rassembler des organisations françaises pour lancer un appel de soutien et de reconnaissance envers les Haïtiens qui en 2004 comme il y a deux cents ans, ont lutté pour leur liberté. A notre assemblée générale de février 2004, certains parmi nous ont participé à une manifestation de soutien aux démocrates Haïtiens avec des pancartes : « Ni chimères, ni militaires !», « Pour un Etat de droit en Haïti
».

Aristide est parti en février 2004, et la couverture médiatique est très vite retombée, reléguant une fois de plus le soucis de l’avenir d’Haïti à une petite poignée de personnes. Au-delà de toute cette couverture médiatique et des événements commémoratifs autour de 2004, une association comme le Collectif Haïti de France montre l’importance de se mobiliser sur le fond et dans le long terme : par solidarité, par amitié et parce qu’un Etat de droit et démocratique ne se construit pas en quelques mois. « 

En 2005, le Collectif Haïti de France sort le CD Rom « Haïti : 15 ans d’actualité », qui compile les bulletins hebdomadaires « Une Semaine en Haïti » sur la période 1990-2004. C’est une somme d’information importante, surement assez inédite. Un moteur de recherche permet de faire des recherches par mots clés.

La campagne « Solidaires des éleveurs haïtiens » démarre avec la recherche d’investisseurs solidaires pour l’achat de vaches qui seront confiés à des femmes alimentant le réseau des laiteries Veterimed. Avec ce projet, le Collectif Haïti de France souhaite renforcer les filières agricoles structurantes dans le pays.

Lancement de l’Espace de Partenariats Franco-Haïtiens, suite du groupe de suivi des commissions mixtes. L’EPFH regroupe les ONG françaises ayant des partenariats en Haïti. Son objectif est de faire un suivi de la politique française de coopération avec Haïti, et de créer un espace de lobby. Le Collectif Haïti de france en assure l’animation. Il devient le relais des ONG françaises de l’EPFH au sein de la Coordination Europe Haïti. 

La période actuelle : de 2006 à aujourd’hui

En 2006, dans la logique du travail initié en 2003/2004 autour des rencontres régionales, le Collectif Haïti de France lance l’organisation des premières rencontres nationales de la solidarité franco-haïtienne, avec la PAFHA et l’EPFH.
Ces rencontres seront l’occasion de réunir 100 personnes, toutes actrices de la solidarité franco-haitienne.

Le groupe « Caraïbe » du CCFD qui devient le Collectif Migrants Outre Mer (MOM). Son objecitf est d’alerter sur la situation des migrants dans les départements d’outre mer. Le collectif Haïti de France y participe pour mettre en évidence la situation dramatiques des haïtiens en Guadeloupe.
En parallèle, le Collectif Haïti de france organise une première mission en Guadeloupe/Martinique pour développer les contacts sur cette questions de la migration.

2007: Le Collectif s’associe à la campagne « Esclaves au paradis » sur la situation des coupeurs de canne à sucre en République Dominicaine.

De 2007-2010, des efforts importants sont entrepris afin de renforcer le réseau des Collectifs Régionaux: Rhône-Alpes, Bretagne, Midi-Pyrénées, PACA et Lille.

En 2010, suite au terrible séisme qui a frappé Haïti le 12 janvier, le CHF a reçu des sollicitations encore plus nombreuses : animation hebdomadaire de l’Espace de Partenariat Franco-Haïtien (avec l’arrivée de nombreux nouveaux membres), conseils sur les questions migratoires auprès d’Haïtiens en France (regroupement familial, obtention de visas, menaces d’expulsions…), actions de plaidoyer de la Coordination Europe Haïti (regroupement d’ONG européennes), travail en réseau avec différentes plateformes haïtiennes (POHDH, Coordination Haïti-Europe, CLIO), etc. De manière parallèle, une vingtaine d’associations et plusieurs dizaines d’individualités ont rejoint le CHF.

Le CHF avait, dans ce cadre, sollicité l’appui de la Fondation de France afin de renforcer ses moyens de fonctionnement pour assurer un nouveau poste et un local plus spacieux.

Les actions ont permis au CHF de (1) structurer et participer à des instances de coordination en France et en Europe d’une part et en Haïti d’autre part, de (2) renforcer notre volet de production et de diffusion d’informations sur l’actualité et les sujets de fonds concernant la société haïtienne dans l’ensemble de ses composantes. Enfin (3) notre plaidoyer sur la thématique de la migration haïtienne en France et dans les Départements d’Amérique a été largement renforcé.