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26/03 GARR : Relations haïtiano-dominicaines : Urgence de lutter contre l’impunité et les discours haineux pour faire cesser les crimes et les actes de vengeance populaire

Relations haïtiano-dominicaines : Urgence de lutter contre l’impunité et les discours haineux pour faire cesser les crimes et les actes de vengeance populaire


L’assassinat à coups de machette, à  Pedernales,  du couple dominicain, Julio Reyes Perez, 68 ans et de Neida Felix Urbaez, 55 ans, a occasionné des actes de persécutions à l’encontre des migrantes et migrants haïtiens. Tout en condamnant fermement ce double meurtre, le GARR exhorte les autorités des deux pays, au-delà des éléments factuels, à accorder une attention soutenue à d’autres paramètres qui contribuent à détériorer les relations entre Haïtiens et Dominicains.

Ces deux assassinats enregistrés au mois de février 2018  avec des rebondissements au début de mars 2018, ont eu des incidences fâcheuses, sur la communauté haïtienne vivant à Pedernales. Il affecte également, par effet de boule de neige,  les relations dans plusieurs points frontaliers.  En effet, des dizaines de familles affolées par les menaces et représailles déclenchées contre la communauté haïtienne suite à ces assassinats  ont été obligées de regagner Haïti, laissant derrière elles tous leurs avoirs. D’autres déclarent avoir vécu des scènes de violences terribles ciblant les ressortissantes et ressortissants haïtiens. Dans cette furie aveugle, même M. Will Vital, l’antenne du Consulat haïtien à Pedernales, n’a pas été épargné. Il a eu la vie sauve grâce au renfort de militaires dominicains qui ont dû l’escorter vers la frontière haïtienne. 

Même si le calme semble être revenu au niveau de la frontière d’Anse-a-Pitres/Pedernales, la situation demeure tendue. Et si rien n’est fait, ces genres de situations risquent de se reproduire comme ce fut le cas déjà à plusieurs reprises.  On n’a qu’à se rappeler Hatillo Palma en 2005, Higuey en 2009,  Neiba en 2013, Moca en 2015, etc. 

A chaque fois, suite à un meurtre, le plus souvent non encore élucidé,  des groupes d’intérêts dominicains, ouvertement hostiles à la population haïtienne, déclenchent ouvertement et en toute impunité des actes de représailles contre toute personne suspectée d’être haïtienne en portant atteinte à leurs droits  à la vie, à la sécurité, à la propriété privée et au respect de leur intégrité physique et morale.

Pour éviter la répétition de tels faits, les autorités haïtiennes et dominicaines doivent agir pour rendre justice à qui elle est due, pour créer des canaux de gestion de conflits, notamment en matière de travail et éviter qu’ils se dégénèrent en violence.

De leur côté, les autorités dominicaines doivent prendre leurs responsabilités pour sanctionner avec fermeté ceux et celles qui prêchent continuellement la haine contre les Haïtiens et qui appellent ouvertement à la violence contre cette communauté.  Les autorités dominicaines ont la responsabilité de la sécurité de tout être humain qui vit sur son territoire qu’il soit ou non en situation régulière.  Elles ne peuvent donc laisser à des groupes d’intérêts politiques ou autres de prendre leurs places en développant, à travers différents médias, un discours haineux contre toute une population et en organisant leur propre justice contre cette communauté.

Depuis le début de l’année 2018, le GARR n’a cessé d’alerter l’opinion publique et les dirigeants haïtiens sur une série de cas de meurtres enregistrés à l’encontre de migrants haïtiens en République Dominicaine. Deux de ces cas ont eu lieu suite à des altercations entre des travailleurs migrants et des patrons dominicains pour refus de versement de salaires convenus pour un travail donné.  Citons en exemple :
 

  • Le 20 janvier 2018, Jean Edmond Dorélus, 20 ans,  et Jean Louis Dorélus, 22 ans, deux frères, originaires de Laschobas, ont été assassinés dans une plantation à Las Matas de Farfán suite à une altercation avec leur patron dominicain. Un  autre migrant qui accompagnait les victimes était grièvement blessé. Selon les témoignages de leurs proches, le présumé coupable qui serait le fils du patron, est en cavale.


Les trois  (3) autres cas d’assassinats se réfèrent  àd’autres faits non élucidés.
 

  •  Le 26 janvier 2018, Obed Félix, un migrant haïtien de 25 ans avait été cambriolé et tué à Santiago par un voleur qui serait un Dominicain. Selon les témoignages de sa femme qui dit n’avoir pas trouvé une assistance légale pour suivre le dossier,  le présumé coupable a été arrêté et le jugement est fixé au mois de mai 2018.
  • Le 2 février 2018, deux frères haïtiens identifiés sous les noms de Sonel et Raoul Oslin, respectivement âgés de 23  et 29 ans, ont été tués à l’arme blanche par des civils dominicains à San Juan, une province du Sud de la République Dominicaine. Selon les informations obtenues, aucune arrestation n’a été réalisée par la police dominicaine dans le cadre de ce double meurtre.  Originaires de Lascahobas,  les deux victimes cherchaient du travail avec le support d’un passeur, nomme « Ti Bwa », ainsi connu.


Le GARR invite les autorités haïtiennes à prendre leurs responsabilités et à s’entendre avec leurs homologues dominicains pour clarifier ce qui s’est passé à Pedernales et sanctionner les coupables.  Il exhorte ces autorités à demander à la République Dominicaine des comptes en ce qui concerne les assassinats de plusieurs haïtiens survenus depuis le début de l’année 2018 dans des circonstances troublantes.  Il les invite aussi à dénoncer auprès des autorités dominicaines les discours haineux qui sont prêchés contre les Haïtiens et qui encouragent des actes de représailles à chaque fois contre cette communauté.

Haïti et la République Dominicaine sont deux pays qui se partagent une seule île et qui sont obligés de cohabiter ensemble.  Ils ont la responsabilité de rechercher continuellement des stratégies pour rendre possible cette cohabitation.

 

Fait à Port-au-Prince, le 26 mars 2018.

Me Saint-Pierre Beaubrun