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05/09 GARR - L’émigration haïtienne : Des panélistes haïtiens opinent sur le phénomène au vendredi de la plateforme Spécial

L’émigration haïtienne : Des panélistes haïtiens opinent sur le phénomène au vendredi de la plateforme Spécial

“Migration massive des jeunes haïtiens: causes et conséquences pour le pays” c’est autour de ce thème que la Plateforme des Organisations Haïtiennes de Droits Humains (POHDH) a tenu à Port-au-Prince, le 25 août 2017, une conférence-débat. Cette activité à laquelle ont participé 3 panélistes dont Géralda Sainville, responsable de communication et Plaidoyer au Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR), a réuni des représentantes et représentants d’organisations et des étudiants de diverses universités de la capitale.

Lors de son intervention, la représentante du GARR a dressé un tableau sombre de l’émigration haïtienne. Même s’il existe de sérieuses lacunes dans la collecte de données migratoires en Haïti, les chiffres avancés par les autorités migratoires des pays d’accueil montrent clairement que le phénomène prend de l’ampleur.

Mme Sainville qui s’est entretenue avec le public sur la politique actuelle de l’Etat en matière de migration et du cadre légal existant, estime que cette question devrait préoccuper tous les secteurs du pays. Car il faut une approche multidimensionnelle pour mieux comprendre ce phénomène dans toute sa complexité.

« La question migratoire ne doit pas être seulement l’affaire des démographes, des sociologues, mais surtout celle des décideurs politiques haïtiens. Car, l’émigration que connait actuellement le pays a une dimension non seulement socio-économique mais aussi politique», a-t-elle déclaré.

La militante de droits humains a par ailleurs indiqué qu’une bonne gestion de la migration devrait tenir compte de la réalité des faits, c’est-à dire en se basant sur des études pour identifier les causes. Car, selon elle, les actions déjà posées par le gouvernement haïtien ne sont pas coordonnées pour réguler le phénomène migratoire. Cela est dû au fait que les autorités haïtiennes n’ont pas une politique qui prend en compte le respect des droits humains et qui arrive non plus à freiner le flux migratoire des ressortissants haïtiens vers l’étranger.

Faisant partie des panélistes, l’Historien-sociologue, André-Yves PIERRE a mis l’accent sur l’historicité du phénomène.

M. Pierre a rappelé qu’Haïti était une terre d’accueil tout le long du 19ème siècle, si bien que cette ouverture s’est manifestée à travers plusieurs constitutions. En effet, la constitution de 1816, stipulait en son article 44: «Tout Africain, Indien et ceux issus de leur sang, nés dans les colonies ou en pays étrangers, qui viendraient résider dans la République seront reconnus Haïtiens…». Ce qui a permis, selon lui, à bon nombre de noirs américains de venir s’installer en Haïti au cours de cette période historique.

Par ailleurs, au tournant du 20e siècle, le pays allait s’ouvrir aux capitaux étrangers. Avec l’occupation américaine qui a bouleversé la structure de la société haïtienne où bon nombre de la population commence à aller s’émigrer à Cuba, en République Dominicaine notamment pour des raisons économiques, a souligné l’Historien-sociologue.

Il a également fait mention d’un mouvement migratoire qui avait été constaté durant la période de la dictature sous le régime de François Duvalier. Ce qui a contraint à beaucoup d’Haïtiens d’aller s’installer aux Etats-Unis, au Canada et dans certains pays d’Afrique pour des raisons politiques.

Pour sa part, le sociologue Ferguenson Hermogène, a mis l’accent sur les enjeux de la migration des jeunes haïtiens. Selon lui, cette situation n’est pas vraiment une préoccupation pour les autorités haïtiennes. D’ailleurs, elles sont responsables de ces déplacements massifs de ces jeunes.

« Comment un pays peut accepter une catégorie de sa population, surtout celle qui représente la force de travail se déplace aussi facilement ? », s’est inquiété le sociologue ajoutant que le pays est en train de perdre son capital humain.

L’on peut s’attendre à une déstructuration ou à toute autre modification en profondeur de la population haïtienne, a-t-il complété.

Soulignons que cette conférence-débat avait été organisée dans le cadre du vendredi de la plateforme de la POHDH.