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02/06 Retour sur les expériences de volontariat : l'article d'Inès

 Ayiti cheri

Je reviens tout juste d’une expérience incroyable de 5 mois en Haïti. Recrutée en service civique par le Collectif Haïti de France (CHF), ma mission consistait à, avec l'appui technique du partenaire historique du CHF, le Groupe Medialternatif, capitaliser l’expérience à travers des séquences vidéo, de 3 projets mis en place par des associations haïtiennes en partenariat avec des associations françaises, membres du réseau du CHF. Le processus de capitalisation consiste à identifier, analyser, expliciter et modéliser le savoir acquis lors d’une expérience de projet ou de programme pour que d’autres puissent se l’approprier, l’utiliser et l’adapter, ou ne reproduisent pas les mêmes erreurs . Les trois projets, qui sont plus passionnants les uns que les autres, traitent des thèmes clés et particulièrement problématiques en Haïti : l’éducation et l’environnement.


Le premier projet dont j’ai capitalisé l’expérience était celui du Foyer Notre Dame de Lourdes à Croix-des-Bouquets, non loin de la capitale Port-au-Prince. Ce projet, soutenu par le partenariat avec l’association française Grandir en Haïti, a pour but de contribuer à l’amélioration de la scolarisation des enfants.Aujourd’hui en Haïti, des milliers d’enfants ne sont pas scolarisés et le taux d’analphabétisme de la population de plus de 15 ans dépassait difficilement les 60% en 2015, selon les données de Banque Mondiale. De plus, moins de la moitié des haïtiens vivant en milieu rural sont alphabètes, ce qui s’explique par leur marginalisation et le manque d’écoles dans leurs zones. De plus, certains enfants n’ont pas la possibilité d’aller à l’école car ils doivent contribuer d’une manière ou d’une autre à la survie de la famille et donc trouver des activités génératrices de revenus. Si certains réussissent cependant à aller à l’école, la durée de scolarisation n’est pas certaine, notamment à cause du coût de l’accès à l’éducation. Au cours de ma mission, j’ai d’ailleurs rencontré plusieurs adolescents de 15/16 ans qui étaient en classe de 6ème, 5ème ou 4ème parce qu’ils ne pouvaient pas aller à l’école plus tôt à cause de l’aspect financier. Il faut savoir qu’en Haïti, l’offre scolaire est fortement dominée par le secteur privé, ce qui implique des frais ridiculement élevés pour le niveau de vie de la population et donc une marginalisation des plus en difficulté. Toutefois, il existe aussi des écoles publiques, appelées écoles nationales, où seuls des frais d’inscription d’environ 1000 gourdes haïtiennes sont à payer – ce qui équivaut à un peu moins de 20USD. Mais les écoles publiques ne représentent que 12% de l’offre d’enseignement. Bien évidemment, la qualité d’enseignement est nettement inférieure à celle des écoles privées et elles ne disposent que d’un nombre de places très limitées. Par ailleurs, beaucoup de personnes en Haïti exercent le métier d’enseignant sans pour autant avoir la formation universitaire adéquate.

C’est dans ce contexte très compliqué que sont nés le foyer Notre Dame de Lourdes et le projet de scolarisation des enfants. Compte tenu de la situation difficile de l’accès à l’éducation en Haïti qui dure d’ailleurs depuis de très nombreuses années, Maud Laurent, la fondatrice du Foyer, a considéré comme une nécessité première de créer une école primaire gratuite pour tous les enfants du foyer et de la zone. Avant la construction de l’école, Maud recueillait des enfants de rue et orphelins. Le nombre ne cessant pas d’augmenter, elle a pensé nécessaire de créer un foyer pour accueillir tous ces enfants. Maud me disait souvent « il ne faut jamais sous-estimer un enfant, même le plus limité à première vue car il peut apporter beaucoup. L’enfant qui est venu en grande difficulté par son histoire peut évoluer, changer et il faut garder l’espoir dans l’enfant ». Les enfants du foyer ont donc accès à l’école primaire directement sur place, puis Maud et les partenaires du projet s’assurent de la continuité des études des enfants du foyer. Dans un pays où moins de 10% des femmes se rendent à l’université et 11% des filles entre 12 et 19 ans ont déjà un enfant au moins, Maud cherche à donner à ces filles, mais aussi aux jeunes du foyer en général, la possibilité de choisir leur destin. Grâce à cela, les enfants acquièrent les connaissances et capacités nécessaires pour devenir maitre de leur futur et choisir ce qu’ils veulent faire.

   

    

J’ai eu l’occasion de passer du temps à plusieurs reprises avec les enfants et j’ai pu voir que ce projet était important, non seulement pour les enfants du foyer, mais également pour certaines familles de la communauté qui ont maintenant la possibilité d’envoyer leurs enfants à l’école primaire gratuitement. La plupart des enfants étaient très épanouis et voyaient ce projet ainsi que le foyer comme une opportunité et une chance pour eux de construire le futur qu’ils souhaitent et non celui qu’on leur impose. Maud Laurent a si bien dit « Il faut que l’enfant soit construit pour qu’il réussisse. La pauvreté est un état et il faut travailler pour le transformer. »

Le deuxième projet capitalisé entre dans cette même dynamique d’amélioration de l’éducation en Haïti. La Fondation Claire Heureuse, qui se situe au Cap Haïtien dans le nord du pays, travaille sur un projet de formation des enseignants, en partenariat avec le Collectif Saint Cado Haïti, membre du réseau du CHF. Nicole Etienne a suivi elle-même plusieurs formations en France et elle a effectué de nombreux stages pratiques dans les écoles françaises grâce notamment au partenariat avec le Collectif Saint Cado Haïti. Cette expérience lui a permis d’être compétente en matière d’enseignement et de prendre du système français des méthodes d’enseignements pour de les adapter au système haïtien. Il y a dans un premier temps des formations pour les futurs formateurs. Puis ces formateurs forment directement sur place les enseignants. Un des aspects très positif du projet est que, après ces formations qui durent entre 2 et 4 mois, il y a un suivi pendant 3 ans afin de s’assurer que ce qui a été appris est réellement appliqué.
Nicole Etienne a créé la Fondation afin de réaliser ce projet et rompre avec la méthode traditionnelle d’enseignements en Haïti, qui consiste à faire répéter tous les enfants en même temps sans qu’ils réfléchissent ou comprennent forcément. Le professeur dit et les enfants répètent. Nicole Etienne a réussi à implanter ce qu’elle appelle la méthode active d’enseignement, qui est celle que nous connaissons en France, dans de nombreuses écoles en Haïti, que ce soit dans des villes ou des villages marginalisés.

              

Compte tenu des résultats très positifs des formations notamment sur l’enfant et sa capacité d’apprentissage, de plus en plus d’écoles font appel à Nicole Etienne afin qu’elle intervienne dans leur école. Je tiens à préciser que toutes les formations données par la Fondation Claire Heureuse sont intégralement gratuites. Ayant vu comment se déroulait une classe selon la méthode traditionnelle et une classe dans une école où les professeurs ont suivi la formation un an auparavant, je peux témoigner de la différence en ce qui concerne l’attitude de l’enfant et les méthodes d’enseignements du professeur. C’était la première fois que je voyais en Haïti un enfant prendre son temps pour réfléchir, oser se tromper et surtout donner son avis. D’autre part l’enseignant était beaucoup plus à l’écoute de l’enfant et lui posait des questions afin de le pousser à réfléchir et donner une réponse de lui-même.

Enfin, la dernière vidéo de capitalisation d’expériences porte sur le thème du reboisement, à travers un projet mis en place par l’Association des Originaires de Grand Plaine (AOG). Cette association travaille depuis quelques années avec le CEFREPADE, Centre Francophone de Recherche Partenariale sur l’Assainissement, les Déchets et l’Environnement membre du réseau du CHF, sur différents projets, liés à la protection de l’environnement, dont le projet capitalisé fait partie.
L’environnement en Haïti n’est pas une priorité compte tenu des autres problèmes socio-économiques dont souffre la population haïtienne. Le manque de couverture végétal est assez marquant en Haïti et le reboisement est un aspect important pour le développement du pays. Beaucoup d’arbres disparaissent pour plusieurs raisons. D’abord, il y a les incendies très fréquents qui ont généralement tendance à se propager sur une large superficie. En effet, comme il n’existe pas de gestion efficace de traitement des déchets, on peut trouver des montagnes d’ordures un peu partout, au plus grand plaisir des porcs, chèvres et chiens. C’est pourquoi la population brûle leurs déchets. Cependant, les haïtiens le font sans forcément contrôler le feu, entrainant souvent un embrasement de ce qui se trouve autour. La coupe d’arbres est aussi beaucoup pratiquée principalement pour faire du charbon. En Haïti, la population utilise principalement du charbon pour cuisiner à défaut de pouvoir faire autrement, ce qui implique une demande toujours élevée du charbon. De plus, le déboisement contribue à l’asséchement de certaines terres et rend l’eau plus difficile à trouver. Reboiser le pays ne nécessite pas les sommes d’argent mirobolantes de certains projets pour l’environnement en Haïti. Au contraire, il n’y a pas besoin d’argent, seulement d’un fort engagement social.
C’est d’ailleurs ce que prône Gaston Jean, fondateur et responsable des relations publique à l’AOG. Un des objectifs de ce projet est de sensibiliser les haïtiens sur l’importance du reboisement et sur la facilité de reboiser s’il existe un engagement social et collectif.

  

    

Depuis 1997, date à laquelle le projet de reboisement a commencé, beaucoup de personnes du département de Gros Morne sont impliquées dans ce projet et ont déjà planté beaucoup d’arbres. Ce ne sont pas seulement les adultes qui sont impliqués, au contraire, un très gros travail de reboisement a été fait par des enfants âgés de 4 à 17 ans. Grâce à ce projet, la population de la zone a de l’eau plus abondement, une fraicheur qui avait disparu et surtout un revenu financier supplémentaire. En effet, selon les termes du projet, lorsqu’un habitant plante des arbres sur son terrain, 30% des arbres lui reviennent ce qui lui donne la possibilité de les vendre. L’association insiste à ce que 70% des arbres plantés ne soient pas touchés afin qu’au long terme, il y ait une couverture végétale sur l’ensemble du pays. Aujourd’hui la zone de Grand Plaine est d’ailleurs devenue un exemple national en terme de reboisement.

Les trois projets dont j’ai capitalisé les expériences contribuent tous au développement du pays de façon intégrée. Cependant, pour que l’impact soit plus important, il y a besoin d’une implication importante du gouvernement haïtien afin qu’il appuie et promeut ces projets portés pour l’instant par la société civile haïtienne et pour les haïtiens.


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