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09/05 Ayi'ti koze sou...! Retour sur le débat du 21 avril autour du thème « La femme haïtienne entre tradition et modernité »

Ayi'ti koze sou...!

Retour sur le débat du 21 avril autour du thème « La femme haïtienne entre tradition et modernité »

Le Collectif Haïti de France, en partenariat avec le Centre de Documentation Internationale pour le Développement, les Libertés et la Paix, a organisé un débat le 21 avril un événement autour du thème « La femme haïtienne entre tradition et modernité ». Les échanges ont eu lieu en présence d'un groupe de femmes qui ont témoigné de leurs expériences. En voici les temps forts :


Pour commencer les discussions, une remise en contexte a permis de retracer les mouvements militantismes féminins, qui apparurent à la suite de l'occupation américaine au début du XXe siècle. Dès la première Guerre Mondiale, il était possible de constater l'apparition de groupes concrets, en l'exemple « la ligue des femmes pour la paix et la liberté mondiale ». D'autres organisations notoires suivirent a posteriori, dont notamment « la ligue féminine d'action sociale ». Les femmes haïtiennes ont été à cette période les pionnières à la mise en place de telles coalitions dans le but d’acquérir un ensemble de droits à leur égard.
Fut ensuite abordé l'aspect du mythe assimilé à la femme haïtienne. Cette facette est un facteur de contraintes à l'émancipation de la femme haïtienne. Afin de comprendre ce phénomène, il a été nécessaire d'appréhender les différentes classes sociales de cette « perle des Antilles » :


Durant le XXe siècle, le monde rural représentait 80 à 85 % de la population. La répartition des tâches était à l'égard des hommes et des femmes complémentaire : l'un travaillait dans les champs tandis que la seconde ouvrageait dans le marché. Force est de constater que la tâche de la vente au marché n'était pas autant valorisée que celle du travail au champ. Aussi, il incombait à la femme haïtienne d'autres activités telles que le ménage ou l'éducation des enfants. La fin du Xxe siècle fut marqué par un processus d'urbanisation. Les différentes conséquences de ce phénomène se sont effectuées de manière hétérogène entre les femmes et les hommes, mais aussi entre les femmes elles-mêmes. A ce titre, il est important de mettre en lumière trois types de classes sociales concernant les femmes haïtiennes :

  • une première classe « défavorisée » : la femme s'occupe seule du foyer où elle est la seule actrice d'activité génératrice de revenu. Elle travaille généralement dans le secteur informel et subit d'une manière générale la domination masculine,
  • Une seconde classe qualifiée de « moyenne » : elle s'articule en trois axes. Elle concerne en premier lieu les femmes peu diplômées qui œuvrent dans le secteur informel mais ici plus ou moins conventionnel. Dans un second lieu, elle compte les femmes ayant un niveau d'étude secondaire. Enfin elle se caractérise aussi par les femmes au foyer et qui vivent de l'injonction du partenaire. Cette catégorisation reste intrinsèquement non homogène,
  • Une troisième classe désignant les femmes assez « aisées » : gérantes de commerce, qui sont épouses d'un conjoint aux moyens financiers prospères, etc. Elles aspirent à l'émancipation des femmes d'autant plus amplement.


Après avoir peint le paysage dans lequel évolue la femme haïtienne, le débat souligna ensuite le lien entre le statut de la femme haïtienne et les instances de socialisation. Ces institutions se formalisent en trois catégories distinctes :

  • La famille : elle est le vecteur d'une séparation des rôles démontré notamment par celui du père et de la mère. Le premier a pour fonction la recherche des fonds d'ordre financier, la seconde est chargée de la gestion des biens. Dans le cadre des enfants, le garçon jouit de la possibilité d'avoir des activités à l’extérieur de la sphère domestique d'autant plus facilement que la fille. Cette dernière est sujette à devenir une « servante » en faveur de l'ensemble de son entourage. Il est notable de mettre en avant que seules les femmes diplômées sont à même de pouvoir par la suite remettre en cause ces valeurs,
  • L'école : s'inscrit dans la continuité de ce qui a été commencé par la famille. Dans les années 1980 et sur 100 élèves, 45% étaient des femmes. Toutefois, leur orientation était dirigé vers des formations à caractère « féminin » tels que la psychologie ou encore le secteur médical mais de manière spécifique (infirmière en l'exemple), les hommes se tournant eux vers des activités plus intellectuelles. Cette institution, qui pouvait être un facteur essentiel permettant leur émancipation, en était tout aussi implicitement un frein,
  • L’église : qui promeut des valeurs fondamentales à de nombreux croyants, parmi eux, celles relatives au respect d’obéissance. Pour une certaine interprétation de la bible, la femme, à l'image d'Eve, doit une obéissance aveugle à l'homme, à l'image d'Adam. Cela est d'autant plus important dans les comportements à adopter à la suite du mariage.
    En somme, pour que le changement s'opère présentement, il est nécessaire que celui-ci s'effectue à la base, au cœur même de la vie sociale dans son intégralité.


Prochain Ayi'ti koze sou.. ! Le 19 mai : une conférence/débat « de la société de plantation à la société paysanne » proposée par Marcel Dorigny, spécialiste de l’histoire de l’esclavage, de la colonisation et des mouvements indépendantistes et abolitionnistes


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