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Quoi de neuf dans les relations franco-haïtiennes avec le nouvel ambassadeur français ?

03/07/2013

Article de Alterpresse - 2 juillet 2013


« Il n’y a pas de changement, ni de volonté de rupture » dans la coopération haïtiano-française, affirme, d’entrée, le nouvel ambassadeur de la France accrédité en Haïti, Patrick Nicoloso, dans sa première rencontre avec la presse, ce mardi 2 juillet 2013, à laquelle a assisté l’agence en ligne AlterPresse.

Nicoloso envisagerait, malgré tout, de dynamiser les relations d’affaires bilatérales, aujourd’hui peu intenses entre les deux pays.

« Je vais mettre en œuvre le plan d’action, agréé en octobre dernier. Je vais redonner du souffle à une relation économique, une relation d’affaires un peu basse actuellement (…) On est dans une phase de coopération, plus tournée vers des sujets de fond et vers des projets de construction …de l’avenir », avance t-il.

La voie, que compte suivre, dans la république caribéenne, le « diplomate de carrière », revendiqué par Nicoloso, est tracée dans le plan d’action, signé, en octobre 2012, entre la France et Haïti. [1]

Renforcement de l’éducation, renforcement des capacités haïtiennes et de l’État haïtien, consolidation de la gouvernance démocratique, déploiement de grands projets d’infrastructures, soutien à un développement durable et à une plus grande cohésion sociale en Haïti, sont les axes prioritaires, retenus dans le document de coopération d’octobre 2012 entre les deux pays.

Ingérence française dans les affaires haïtiennes ?

« Pour nous, les (Haïtiennes et) Haïtiens doivent déterminer leur avenir. Quand nous disons que les élections sont importantes …, qu’elles puissent se dérouler bien, c’est pour que les (Haïtiennes et) Haïtiens puissent choisir leur avenir et leurs dirigeants. Ce n’est pas pour dicter ce que les (Haïtiennes et) Haïtiens feront. C’est à eux de choisir », avance prudemment Nicoloso.

Son prédécesseur, Didier Lebret (2009 – 2013), a été souvent dénoncé dans la presse pour son immixtion dans les questions politiques internes d’Haïti.

Lebret a été taxé « d’ambassadeur rose », en raison du port d’un bracelet rose (symbole du président Joseph Michel Martelly). Son geste a été interprété, dans l’opinion publique en Haïti, comme un signe d’allégeance à l’actuelle administration politique (investie depuis 2011).

A une question d’un journaliste, sur le comportement décrié de l’ex-ambassadeur Lebret, Patrick Nicoloso s’est contenté de rappeler la mission d’une ambassade.

« Le rôle d’une ambassade est d’entretenir les relations d’État à État, de travailler avec les autorités de l’ État, quelles qu’elles soient. (…) Naturellement, une ambassade travaille avec des services publics, étatiques, gouvernementaux. Elle est là pour observer ce qui se passe, connaître les différents acteurs sans exclusive, ne pas s’ingérer dans les affaires du pays », argumente Nicoloso.

En général, l’histoire des relations diplomatiques, entre Haïti et des pays dits puissants, sont empreints de cas, où les ambassadeurs accrédités s’invitent dans les questions internes du pays et dictent des choix.

« Donc, mes relations pourront s’établir également avec des (Haïtiennes et) Haïtiens qui ne sont pas de l’administration, parce qu’il y a des gens intéressants et importants dans tous les milieux, dans tous les secteurs. J’espère aussi les connaître », entend rassurer l’ambassadeur qui reconnaît « l’histoire compliquée entre les deux pays ».

Patrick Nicoloso a remis ses lettres de créances, à Martelly, le vendredi 28 juin 2013.

Se présentant comme « un diplomate de carrière », il évoque, avec une pointe de fierté, combien il a « fait toute sa carrière professionnelle au ministère des affaires étrangères français ».

Haïti est le troisième pays, où il est nommé au poste d’ambassadeur, et le deuxième pays des Amériques, où il vient travailler, après le Brésil.

Nicoloso s’est occupé du « partenariat » entre l’Afrique et l’Europe au ministère des affaires étrangères et européennes, entre ses deux postes d’ambassadeur en Mauritanie et au Soudan.

Entre Haïti, qu’il veut connaitre avec « ses régions, ses habitants, ses difficultés et aussi ses richesses culturelles, diverses et variées » et le Soudan, le diplomate met un nom : Félix Darfour.

Originaire du Soudan occidental, fasciné par l’indépendance d’Haïti, Félix Darfour a immigré, avec sa femme (Française), en 1818 en Haïti. Entre 1818 et 1822, la teneur des écrits de Félix Darfour aurait fortement déplu à l’administration du président Jean-Pierre Boyer (1818-1843). Aussi, sera-t-il jugé, condamné à mort et exécuté pour ses écrits, le 2 septembre 1822.

C’est sous l’administration de Jean-Pierre Boyer que la France imposa à Haïti le versement d’un montant de 150 millions de francs or, à titre de « dette de l’indépendance de 1804 ».

Ce montant a été retiré des fonds d’Haïti pour être versé à la France, pendant plusieurs années, par différentes gouvernements qui se sont succédé à la tête du nouvel État indépendant.

Des paiements successifs, considérés comme une lourde hypothèque, depuis 1825, sur le développement d’Haïti.


[1] Le plan d’action France / Haïti a été conclu, en octobre 2012, à l’occasion de la visite du ministre délégué auprès du ministre des affaires étrangères et européennes (Maee), et chargé du développement, Pascal Canfin.



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