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Violence dans la capitale

18/04/2012

Analyse et commentaire du 42ième rapport
sur la violence à travers la zone métropolitaine

Y a-t-il de la volonté politique en matière de sécurité ?

 

Extrait de la publication de Justice et Paix

Peut-on parler de la volonté ou de l’incapacité des autorités étatiques pour prévenir et maintenir la sécurité publique et la lutte contre la criminalité de manière permanente dans le pays et particulièrement dans la zone métropolitaine ? C’est la question qui nous préoccupe dans ce rapport. 

 

Voici les faits et constats saillant du trimestre : 

 

Quelques considérations pour ce trimestre :

 On ne saurait jamais perdre de vue les dimensions et les formes multiples que prennent  l’insécurité et de la violence. Les exemples cités en sont des illustrations. Les chiffres de mort violente ne sont qu’un indicateur parmi d’autres indicateurs possibles. L’indicateur n’est la cause. En outre, la perception ou sentiment d’insécurité ne dépend pas toujours des faits, mais également des personnes qui sont victimes et de la façon dont les faits sont relayés par les médias, par les commentaires politiques et la façon dont tout cela est perçu et vécu par la population.

 Les déclarations et promesses des autorités sur la situation d’insécurité qui prévaut dans  la zone métropolitaine n’aboutissent pas à un redressement de la situation.

 Définir une politique de sécurité est et demeure l’œuvre de l’Etat qui doit s’articuler à travers une volonté d’agir pour le bien être de la population. Les citoyens et citoyennes ont le droit à des interventions réelles de l’Etat ; les citoyens paient les taxes qui permettent la pérennisation de l’Etat. Aux autorités de veiller à ce que ces taxes, un devoir pour les citoyens, soient équitablement redistribuées parmi la population en fonction de leur revenu et capacité réels.

 

La prévention en matière de sécurité ne se réalise pas de façon permanente, tout comme les poursuites en justice des bandits et les enquêtes qui restent sans résultat aucun et donc démontrent le degré d’impunité dont jouissent des malfaiteurs. Tout cela laisse le champ libre à n’importe quelle initiative criminelle qui peut être perpétrée en toute quiétude.

 Certains faits illustrent l’insécurité et contribuent fortement à l’augmentation du sentiment de l’insécurité au cours du trimestre :

** Le 16 janvier 2012 vers 10 heures du soir, un terrible accident s’est produit au niveau de Delmas 33 par devant le local de la Télévision Nationale D’Haïti, 38 personnes ont péri dans cette tragédie. Aucune institution de l’Etat n’a présenté un bilan final.

* * Le 13 mars 2012 au cours de la nuit, des hommes armés non identifiés ont pénétrés la maison de la famille Antoine et ont sommairement exécuté 5 personnes dont deux enfants respectivement âgés de 2 et 10 ans, puis ont mis le feu dans la maison

* * Le 6 mars 2012 des motards armés non identifiés ont exécuté à l’entrée de sa maison monsieur Venel Joseph, l’ex Gouverneur de la Banque centrale, une personnalité connue dans la société.

* * Le 4 février 2012, à l’aube du matin, des hommes armés non identifiés à moto ont exécutés trois (3) jeunes garçons à la Rue 6.

* * L’assassinat du Directeur de radio Boukman, monsieur Nelson Jean Liphaite et son chauffeur serait, selon certains, perpétré par des membres de Baz Timoun à Bois Neuf ; cette information est démentie par d’autres sources. Cette banlieue connaît un niveau de violence inquiétant et des enfants seraient utilisés dans les vols à main armée, le kidnapping et autres forfaits.

* * La nuit du 20 mars 2012 des bandits sont entrés chez le citoyen Burton Chenet, à la Rue Montjoli, à Turgeau, et son exécution s’est suivie.

* * Les policiers suivants ont trouvé la mort au cours du trimestre : Wilhem Philippe, un agent de Cat team, Patrick Célestin, un agent de la BIM, Angelo Pierre-Louis, un agent de Swat team et Serge Casseus.

La mort de ces personnalités et les circonstances augmente automatiquement le sentiment de l’insécurité dans la capitale et laisse croire à une augmentation spectaculaire au cours des derniers mois, tandis que l’insécurité, fruit des actes de violence, sévit depuis au moins le mois d’octobre 2011, avec 3 morts violents chaque jour.

 Plusieurs marchés publiques de la zone métropolitaine ont été touchées par le feu : le marché de Tabarre, de la Croix des Missions, et celui de Carton font penser à des actes criminelles et augmentent l’insécurité socio-économique de la population. Depuis plusieurs années, la pratique méchante de mettre le feu dans des marchés publics à des fins d’intérêt personnel ou à des fins politiques, appauvrit les petits marchands. Aucune enquête ou sanction judiciaire n’ont jamais été prise pour punir les coupables ou dédommager les victimes hors de tout cadre démagogique.

Dans les camps de fortune également des actes criminels sont perpétrés et des incendies ont lieu, comme dans le camp situé au lycée Toussaint Louverture, où trois personnes ont péri, dans le feu et quarte vingt dix huit tentes sont détruites le lundi 12 mars 2012 à 2 heures du matin.  Une partie du camp du Mausolée a été incendiée dans la même période. Le feu qui a ravagé le camp (Carrefour Péan), où un enfant a perdu la vie, serait d’origine accidentelle. Des violences à la Place Jérémie au mois de décembre ont suivi l’ordre de l’autorité de vider les lieux.

Le 29 mars 2012 en soirée, suite à une pluie qui s’est abattue sur la capitale en un laps de temps, 6 personnes d’une même famille ont trouvé la mort dans un éboulement de terre au Morne Calvaire.

Des faits qui mènent à la banalisation de l’insécurité : 

  1. Le Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN) est la table de planification du plan de sécurité pour la Ville et le pays, ainsi que des mesures à mettre en pratique. Des informations font état des mésententes qui existeraient entre les autorités qui constituent ce dit Conseil, ce qui saperaient les dispositions à prendre pour assurer l’ordre sécuritaire.
  1. La collaboration entre la MINUSTAH et les autorités haïtiennes ne rassure pas. Au mois de février, le Président de la République, suite à une rencontre avec le chef de la MINUSTAH sur l’insécurité dans la capitale, a fait savoir que la Mission Onusienne dispose d’un service secret. Comment une force étrangère peut-elle créer un service secret sans que les autorités de l’Etat n’exercent aucun contrôle sur cette structure ? Pourquoi le Ministère de l’Intérieur ne se charge pas de telle initiative ? Qui est le chef de ce service de la MINUSTAH ? Est-ce que se service secret ne pourrait pas devenir un facteur de plus grande déstabilisation dans un pays où la politique politicienne est si importante ?
  1. Chaque assassinat perpétré dans le pays devrait urgenter les Commissaires du Gouvernement à déclencher une enquête criminelle pour tâches la source du crime et ses coupables et pour protéger la société. Une enquête seulement peut révéler la source de la criminalité : des bandes constituées ? Des évadés ou déportés qui sont à l’œuvre ? Le monde de la drogue et des règlements de compte ? Seul une enquête qui aboutisse peut clarifier les sources de l’insécurité. Sans ces enquêtes, les malfaiteurs auront la prétention qu’ils détiennent la licence de l’impunité !
  1. Une bonne enquête débute toute de suite après le forfait et exige une bonne coordination et collaboration de plusieurs acteurs : sécuriser le lieu du crime ou de l’accident, constat des conditions de la mort des victimes s’il y en a, collecte des indices susceptible à initier et faire avancer l’enquête. La police, le médecin, le juge de paix, tous doivent faire preuve de compétence en matière criminelle.
  1. L’enquête et le jugement seulement peuvent aboutir à des sanctions justes contre les criminels et permettre aux victimes d’obtenir réparation pour les dommages subis. Faute de quoi, le pays reste sous le règne de l’impunité et de l’irresponsabilité ; il reste sous la suspicion de la corruption et de l’enrichissement illicite de ceux qui refusent de faire ce qu’ils doivent faire dans les circonstances.

En ce qui concerne la police

  1. Le pays compte 10.000.000 d’habitants, pour 10.000 policiers. Un nombre important (20 % ?) sont affectés à des tâches administratives et à la protection des officiels et autres personnes proches du Gouvernement. Ceci diminue fortement l’effectif de policiers disponibles pour assurer la sécurité dans les rues.
  1. L’absence d’encadrement et des équipements élémentaires pour les policiers profite aux bandits. Le policier victime à La Salines ne portait pas de gilet par balles.
  1. Il faut noter que la création d’une armée nationale ne résoudrait en rien la question de la sécurité et des carences de personnel au niveau de la police. La tâche ou mission de la police est différente de celle de l’armée. S’il y existerait le besoin de faire revivre l’armée, cela ne devrait être en aucun cas pour répondre aux faiblesses de la police nationale.

En ce qui concerne le trafic routier en particulier

  1. Le désordre dans la circulation à travers la capitale se manifeste de plusieurs façons.

a.       L’accident de Delmas 33 déjà révèle l’état inacceptable des inspections effectuées qui se limitent à contrôler le numéro du moteur et non pas l’état général des machines et poids lourds qui prennent la rue. Le service de la circulation n’est plus un service public, qui cherche à offrir de sécurité aux gens sur la route. Selon des informations, il paraîtrait que le camion qui a provoqué l’accident n’avait jamais été inspecté, d’ailleurs l’inspection technique est inexistante.

b.      Des voitures munies de gyrophares, sirènes, klaxons qui imitent ceux de la police, avec vitres fumées qui rendent invisibles leurs occupants, circulent à travers les rues avec plaques privées, sans s’occuper de personne. Leur comportement pose de sérieux problème, tout comme d’ailleurs bon nombre de voitures avec plaque OF et SE qui ne s’occupent d’aucun principe de la circulation.

c.       Nombreux chauffeurs pilotent leur voiture, une main au volant et l’autre occupée par leur cellulaire.

En ce qui concerne l’environnement

  1. L’état environnemental de la zone métropolitaine est tellement dégradé, les constructions anarchiques envahissent la zone métropolitaine. Impossible de mesurer le degré de danger qui menace la population. Tout cela à cause l’irresponsabilité des dirigeants, leur laisser faire et leur manque de courage et de vision. Les canaux et ravines ne sont pas curés en permanence. Pas de prise en charge systématique des immondices et des matières plastiques.  Les égouts à ciel ouvert, des poteaux électriques en mauvais état et des niches de poule dans les routes constituent des dangers permanents pour la population. Où est l’autorité qui se soucie sérieusement du sort de la population ?

Autres facteurs

  1. Les gens victimes des actes criminels, comme des négligences manifestes de la part de l’autorité, doivent pouvoir compter sur une réparation équitable pour les dommages subis. Le Ministère des Affaires sociales et le système judicaire ont un rôle primordial à jouer pour réaliser cette justice restauratrice. 
  1. Nous répétons l’importance de la justice sociale et la satisfaction de tous les droits pour tous contribuent largement à la réalisation d’une politique sécuritaire. Le climat politique actuel ne porte pas de perspective de changement, les questions sociales ne sont pas adressées avec compétence et humanité par les autorités publiques.
  1. La volonté politique semble se limiter aux discours et déclarations d’intention. Qui a vraiment un intérêt dans la sécurité ?

 

Les recommandations de la Commission Episcopale Nationale Justice et Paix :

 

  1. Nécessité pour les membres du CSPN d’harmoniser leurs rapports de travail et interventions. 
  1. La police judiciaire et le système judiciaire doivent arriver à des enquêtes et jugements qui permettent justice et réparation pour les victimes des violences, des actes de criminalité et des négligences manifestes. 
  1. Création d’un cadre sécuritaire pour les petits marchands, leur permettant d’avoir une assurance sociale leur protégeant contre des actes de banditisme et des accidents comme des incendies. 
  1. La réalisation d’un nombre de mesures simples pourrait aider à assurer plus de sécurité
    1. Des travaux d’entretien, une nécessité de toute façon, aux canaux et certains tronçons de route.
    2. La mise en application stricte de certains règlements du trafic routier.
    3. Un contrôle plus strict sur la vente des cartes SIM, qui dans l’état actuel peuvent servir sans problème pour couvrir des actes de banditisme.
    4. Exiger des services de l’Etat comme de l’EDH de réparer les poteaux électriques en mauvais état qui constituent un danger permanent pour la population. 
  1. Les parlementaires doivent développer une politique législative pour corriger les vides légaux existant dans plusieurs sphères d’activité du pays. 
  1. Face au grand nombre des morts par balles, la Commission continue à insister sur un contrôle effectif et efficace de la circulation et du port d’armes à feu dans le pays. 

 

 

                                                                                          

 

 



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