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L'abandon des poursuites contre Jean-Claude Duvalier est une honte

02/02/2012

Communiqué d'Amnesty International du 01/02/2012

Un juge d’instruction de Port-au-Prince a annoncé le 30 janvier que Jean-Claude Duvalier (surnommé "Bébé Doc") ne serait pas jugé pour les crimes contre l’humanité qui lui sont reprochés, parmi lesquels des cas de torture, des disparitions et des exécutions extrajudiciaires.Il sera simplement poursuivi pour des détournements de fonds publics commis lorsqu’il était au pouvoir, entre 1971 et 1986. Le texte de la décision du juge n’a pas été rendu public.

La justice haïtienne a abandonné les poursuites pénales pour de graves violations des droits humains, engagées à l’encontre de l’ancien président Jean-Claude Duvalier. Seuls les détournements de fonds publics ont été retenus à son encontre. Haïti ne respecte pas ses obligations d’enquêter sur les allégations de crimes contre l’humanité et de traduire en justice les responsables présumés. Amnesty International continuera à soutenir les victimes en appel et devant les instances internationales si nécessaire.

La conclusion de la parodie d’enquête menée sur Jean-Claude Duvalier est une honte et ne fait que renforcer l’impunité en Haïti. Aucun effort sérieux n’a été fourni pour établir la vérité, malgré les multiples plaintes et les nombreux éléments relatifs aux crimes commis et aux victimes.

Les rares victimes entendues ont été soumises à des manœuvres d’intimidation de la part des partisans de Jean-Claude Duvalier et de ses avocats. Il est évident que le juge d’instruction a laissé de côté des éléments inestimables et décidé de ne pas interroger toutes les victimes qui ont porté plainte.
En janvier 2011, Amnesty International a présenté de nombreux documents concernant des graves violations des droits humains commises sous le régime de Jean-Claude Duvalier, mais le magistrat n’en a examiné aucun.

Les récentes déclarations publiques du président Martelly laissaient entendre que Jean-Claude Duvalier pourrait être gracié. Ceci peut s’apparenter à une pression et une ingérence inacceptables à l’encontre de l’enquête.
Le fait d’inviter Jean-Claude Duvalier à participer à des cérémonies officielles montrait déjà clairement que le gouvernement voulait réhabiliter Duvalier au lieu de l’amener à rendre compte de ses actes.

Les victimes peuvent faire appel de la décision du juge et Amnesty International a promis de continuer à les soutenir dans leur quête de justice.


Aux termes du droit international, la torture, les disparitions forcées, les exécutions extrajudiciaires et les arrestations arbitraires sont considérées comme des crimes contre l’humanité lorsqu’elles sont commises de manière systématique ou généralisée à l’encontre de la population civile.
Aucun délai de prescription ne peut être appliqué aux crimes contre l’humanité et leurs auteurs présumés ne peuvent pas bénéficier de mesures de grâce, même lorsqu’il s’agit d’anciens chefs d’État.

Le combat n’est pas fini.


LIRE le rapport :  « On ne peut pas tuer la vérité ». Le dossier Jean-Claude Duvalier

VOIR la vidéo  Les victimes de Duvalier attendent la justice



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