Adhérents
devenez adhérent
Recherche

40ième rapport portant sur la violence dans la zone métropolitaine

26/10/2011

40ième  rapport portant sur la violence dans la zone métropolitaine

Analyse et commentaires

 Dire, parler et comprendre le phénomène de l’insécurité dans la capitale
suscite et renvoie à quoi chez les citoyens Haïtiens ?

=> LIRE LE RAPPORT COMPLET

Constats du 40ième rapport d’observation de la violence dans la zone métropolitaine


Voici les observations comparées à la période précédente 

 

 

Avril – juin 2011

Rapport 39

Juillet – septembre 2011

Rapport 40

Victimes de violence

341

222

Victimes par balle

216

159

Victimes d’armes blanches

35

5

Victimes d’accident

21

31

Policiers et sécurités victimes

3

6

 

Les faits saillants :

·         Au cours des trois derniers mois, il semble y avoir moins de victimes de la violence armée ; le nombre de victimes de la justice populaire (lynchages par arme blanche) a également diminué. Est-ce que cela signifierait une diminution de l’insécurité physique même ?

·         Est-ce que la population peut se sentir en sécurité si on prendrait en considération d’autres indicateurs comme le vol, les personnes blessées, le nombre de bracages, etc. ?

·         Le nombre des victimes suite aux accidents (l’insécurité routière dans la capitale) par contre a augmenté.

 

(...)

Nos considérations après 9 ans, depuis le début des observations 

Après neuf ans, notre 40ième  rapport d’observation de violence nous pousse à faire plusieurs constats, et de chercher à mieux comprendre la problématique de la violence dans la zone métropolitaine.

La violence est une réalité à analyser sur plusieurs angles. Nous traiterons les questions suivantes.

 

C’est quoi l’insécurité ?

Ensuite on verra :

o   Insécurité et les faits observés ;

o   Le sentiment d’insécurité ;

o   L’usage politique et social de l’insécurité ;

o   La lutte pour la paix, contre l’insécurité.

Nous espérons que cette approche permettra de mieux comprendre la nature propre de l’insécurité dans notre pays.

 

C’est quoi l’insécurité ?

 

Le phénomène de l’insécurité peut se référer à des situations très diverses comme :

 

L’insécurité physique se réfère aux actes perpétrés sur des personnes, comme les agressions, les braquages, les meurtres, les viols, les vols, etc.

Dans la zone métropolitaine, les cas d’agressions et de braquages sont récurrents, de nombreuses personnes en sont victimes.

L’observation de Justice et Paix a choisi comme indicateur principal de l’insécurité physique : les victimes mortelles de cette forme d’insécurité.

 

Voici la synthèse des constats après 40 rapports qui couvrent 112 mois, ou 3409 jours entre juin 2002 et septembre 2011 :

 

Nombre de personnes victimes

6.640

Nombre de personnes victimes de balles 

5.069

Moyenne de victimes mortelles par jour

Près de 2 (ou 1,9) par jour

Victimes mortelles par balles par jour

Eentre 1 et 2 (ou 1,5) par jour

 

(Les victimes du tremblement de terre et du choléra ne sont pas incluses dans ces chiffres)

 

L’insécurité n’a pas toujours la même intensité.

Les périodes les plus violentes sont :

·         Octobre et novembre 2003, puis mars 2004, le mois avant et surtout après le départ du Président Aristide.

·         La période allant de septembre 2004 à janvier 2007 ; la période de l’Opération Bagdad.

·         Dans ces derniers mois, depuis aout-décembre 2010 à juin 2011, on constate une montée de la violence. A ce moment on comptait autour de 2 à 3 victimes par balles par jour ; on constate une légère diminution au cours des 3 derniers mois.

·         Si on compare 2009 et 2010, il y a une augmentation certaine de 2 victimes en moyenne par jour à 3 victimes de mort violente par balles.

·         Les moments d’une plus haute violence sont clairement liés à des crises politiques.

 

L’insécurité sociale porte sur l’accroissement des besoins sociaux qui ne sont pas garantis : comme le besoin de santé, d’eau potable, d’éducation, de logement, de justice et de l’emploi.

En exemple : le pays connait de graves problèmes sociaux qui sont dû à la mauvaise gouvernance, avec une absence de leadership.

L’absence de services publics, les mauvaises conditions de vie des gens surtout en milieu défavorisé témoignent du niveau d’insécurité sociale que vivent les Haïtiens.

Des actes de vol, de viol, de vol à main armé, de bracages sont directement liés à ou favorisés par les conditions de vie dans les camps.

 

L’insécurité alimentaire renvoie au fait que les gens n’arrivent pas à se nourrir convenablement. Elle renvoie également à l’absence de production nationale qui doit assurer la « nourriture dans la dignité ».

En exemple : L’Etat haïtien, n’a pas une politique agricole pouvant permettre aux gens de se nourrir eux mêmes, ce qui a entrainé le peuple dans une dépendance totale des autres pays étrangers.

Nous ne pouvons oublier les « émeutes de la faim » de mars 2008, qui à part des morts et blessés, ont causés des dommages matériels énormes.

 

L’insécurité économique se manifeste dans le fait de n’avoir pas de quoi pour organiser sa vie. En Haïti, nombreux sont les citoyens qui vivent avec moins d’un dollar par jour. Plus de 70% des personnes sont au chômage, ce qui est source d’une misère atroce. La vie économique n’est pas en mesure d’assurer un meilleur avenir pour les citoyens.

 

L’insécurité politique renvoie à l’instabilité institutionnelle et gouvernementale. Les crises politiques haïtiennes sont légions ; généralement les politiciens ne se montraient pas à la hauteur de leur tâche dans le sens qu’ils ne se mettent pas à architecturer une pensée de développement et d’assurer le bien être des citoyens.

 

L’insécurité sanitaire explique les problèmes au niveau de la santé publique et de l’hygiène. Le pays connait un problème d’hygiène publique très sérieux. Les détritus sont partout, et il n’y a pas une politique étatique pour traiter le problème qui constitue une menace pour la sécurité publique.

La maladie de cholera, introduite par des porteurs étrangers de la Minustah, trouve un terrain fertile là où il n’y a pas de sécurité sanitaire ; elle vient encore augmenter les risques en matière de santé ; elle montre clairement notre niveau de vulnérabilité.

 

Les faits qui manifestent les différentes formes d’insécurité sont réels. Il y a des liens significatifs entre les différentes formes d’insécurité.

·         L’insécurité physique est fonction des crises ou de l’insécurité politique, comme est clairement démontré par notre observation.

·         L’insécurité sociale crée les conditions dans lequel se développe le banditisme, source d’insécurité physique et de violence.

·         L’insécurité alimentaire a conduit en 2008 à des émeutes à forte signification sociale et politique, qui ont fait des victimes mortelles, des blessés et dommages matériels importants.

 

Parler de l’insécurité signifie parler de tout cela. Limiter l’insécurité à la seule insécurité physique et organiser comme réponse exclusive un appareil de répression, serait méconnaître la vraie portée du phénomène.

 

Les faits de l’insécurité

 Nous suivons une perspective historique pour regarder l'évolution de l’insécurité dans le pays durant ces 9 dernières années, particulièrement dans la capitale haïtienne.

La crise née des élections de 2000. Suite aux élections de l’an 2000 (qui ont porté le Président Aristide au pouvoir), une importante crise politique a vu le jour. Plusieurs partis et regroupements de partis politiques réclamaient l’annulation des joutes électorales entachées de fraude et d’irrégularité. Le régime d’alors s’y opposait et les bases populaires armées proches du pouvoir ont cherché à réprimer dans la violence toute tentative visant à  dénoncer  le statu quo imposé par le régime. Une opposition très disparate disposait de ses propres bases armées ; organisait des manifestations pacifiques (du Groupe des 184) dans la capitale et s’appuyait sur des groupes armées qui finalement ont contrôlé d’abord le Bas Plateau, et ensuite tout le Nord du pays. Les rebelles du Nord avec Guy Philippe comme commandant en chef, soutenus par l’internationale, disposait d’une capacité de force assez imposante. Quotidiennement les affrontements s’échauffaient dans les rues de la capitale entre les gangs des quartiers populaires et d’autres groupes paramilitaires.

La chute du président Aristide. Le 29 février 2004, a eu lieu le départ du président Aristide dans ce contexte très agité. La jeune institution policière (existante depuis 1995) vassalisée et soumise au régime par l’intégration de personnes douteuses (la fameuse 14ième promotion), était devenue une police politique.

Après la chute du Gouvernement, les véritables agents de la Police nationale se sentaient fortement démoralisés par la force des choses. On pourrait même craindre pour l’existence même de l’institution. 

La période de transition. Dans ce contexte le régime de transition fait appel à d’autres pays et finalement aux Nations Unies pour assurer le maintien de l’ordre. L’Opération Bagdad, lancé pour faire échouer la transition, allait mettre la PNH et ces forces face à des situations compliquées et exceptionnelles. De nouveaux phénomènes se manifestent avec force: le kidnapping, des assassinats, des cambriolages, des incendies, des braquages à répétition, des cas de viols.

 Un désarmement ou un effort de contrôle réel des armes n’a jamais eu lieu. L’armée (FAdH) était démobilisée depuis 1994. Le nombre d’armes illégales ne faisait que s’accroître, comme quoi ce seraient les armes entre les mains des citoyens et citoyennes qui devraient garantir le changement. Une étude menée en 2009-10 montre la présence dans le pays de 268.000 armes à feu, dont seulement 33.000 sont des armes légales.

Le mouvement armé baptisé Opération Bagdad, a démontré la force des gangs armées du régime déchu. On a constaté à travers les rues de la capitale et dans les quartiers populaires un regain de la violence. Ce moment était un des plus sanglants et plus compliqués de la période de transition. On dénombrait beaucoup de morts, les policiers également tombaient comme victimes de la fureur des gangs. 

·         Cité Soleil et les 34 quartiers qui le constituent, étaient contrôlés par des gangs. Les nommés Amaral Duclona, Evens alias Tikouto, et Dread Wilmé étaient des figures de référence de la violence, du kidnapping, des vols de véhicule, des vols à main armée, et le cambriolage.    

·         Grande Ravine, La Saline, Fort Touron, Delmas 2, Fort Saint Clair, Fort Mercredi, pour ne citer que ces quartiers là, se trouvaient également sous l’influence des gangs armés.



 



Partager