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Problèmes majeurs à l'Hôpital Général de Port-au-Prince

31/08/2011

Port-au-Prince, 29 août 2011

 


Lettre ouverte au Docteur Alex Larsen
Ministre de la Santé Publique et de la Population


Copie : Monsieur Michel Joseph Martelly, Président de la République
Copie : Monsieur Jean Max Bellerive, Premier Ministre
Copie : Président de la Commission Santé du Sénat

 


Monsieur le Ministre,


La Commission Episcopale Nationale Justice et Paix Vous salue respectueusement. Depuis un certain temps, la Commission suit avec une profonde préoccupation ce qui se passe à l’intérieur de l’Hôpital Général (HUEH), qui est le plus grand centre hospitalier du pays ; c’est là que de nombreux pauvres et démunis viennent pour recevoir des soins médicaux ; en plus, dans ce centre hospitalier de nombreux jeunes, étudiants en médecine à l’Université de l’Etat viennent recevoir une formation pratique auprès des malades. Pour toutes ces raisons ce centre hospitalier devrait être une structure solide qui fonctionne correctement et qui assure de bons services. Aujourd’hui ce n’est pas cela que nous observons. Plus toujours, quand nous repassons en revue les dix dernières années, c’est le même constat qui s’impose. Presque chaque année il y a un mouvement de grève dans cette Institution ; et chaque fois, ce sont les pauvres et nécessiteux qui en sortent comme les plus grandes victimes, parce qu’ils ne savent où aller pour se procurer des soins.

En repassant nos propres archives, nous constatons que la Commission a écrit à plusieurs reprises aux différents Ministres qui vous ont précédés pour attirer leur attention sur la situation dramatique qui règne dans l’Hôpital Général. Vous croiriez donc que tous sont à la hauteur de la situation, seulement la volonté n’y est pas pour prendre les mesures qui s’imposent, des mesures correctes et équitables, qui fassent justice aux travailleurs, au personnel médical et surtout aux malades.

Une plainte récurrente est celle de l’absence de matériel, le matériel qui disparaît, les services qui ne peuvent fonctionner parce que le nécessaire n’y est pas, et les malades qui ne peuvent se procurer les médicaments prescrits par les médecins à l’intérieur de l’Hôpital même. Parfois il s’agit de choses bien simples comme savon pour se laver les mains, coton et bandage qui n’est disponible pour les infirmières. Parfois il s’agit de matériel plus important, comme des machines qui sont et restent en panne, ou bien des appareils qui ont tout simplement été enlevés.

Depuis bien longtemps, le personnel de l’hôpital fait valoir des exigences qui concernent les conditions de travail : soit qu’après de nombreuses années de travail on est toujours contractuel, soit que les salaires ne répondent même pas aux prescrits légaux - même s’il revient à l’Etat de respecter les lois du pays en premier -, soit que le personnel mérite d’être remplacé par des forces jeunes.
Depuis plusieurs années des grèves éclatent régulièrement, mais sans aucun souci par l’Institution d’organiser un service d’urgence efficace, ce qui viole les droits des plus démunis qui se voient obligés de se rendre dans des centres qui dépassent leurs moyens et qui coûtent chers.

Aujourd’hui, même une analyse médicale élémentaire doit être réalisé hors de l’Hôpital, pendant que le staff de personnel se trouve sur place, simplement parce que certains produits ne sont pas disponibles pour effectuer les analyses. L’Hôpital préfère payer des services ailleurs, au lieu de se procurer le nécessaire pour permettre aux techniciens de faire le travail sur place. La question s’impose : n’y a t il pas une main cachée à l’oeuvre, qui a un autre projet avec ce service public qui devrait rendre services aux plus démunis ?


Aujourd’hui encore des voix s’élèvent pour dénoncer la corruption à l’intérieur de l’Hôpital. On mentionne des dons financiers remis pour améliorer les conditions de travail du personnel, mais cet argent – selon ce qui nous a été communiqué – n’est pas allé les rejoindre, pour la simple raison que tous les dons doivent passer par l’administration ; ce qui semble correct. Seulement, tout don avec destination doit servir selon son objectif, si non il faut refuser de l’accepter.


Monsieur le Ministre, dans vos déclarations publiques, nous ne sentons pas que vous considérez la crise à l’Hôpital avec toute sa gravité. C’est une crise latente qui perdure. Une solution rapide est exclue, si on refuserait d’entrer fond dans ses causes profondes.
Monsieur le Ministre, depuis bien des années on parle des influences politiques et intérêts économiques qui veulent s’imposer au niveau de l’Hôpital. En effet, l’Hôpital Général représente des intérêts certains pour différentes forces politiques et économiques. Seulement, on ne peut accepter que les pauvres et démunis deviennent les victimes des jeux d’influence des puissants et de leurs alliés. Un Etat responsable doit être au service du bien commun. Ce que nous attendons du Ministre est qu’il défende l’intérêt des malades et la population nécessiteuse.

Monsieur le Ministre, dans vos déclarations publiques vous faites état d’un nouveau centre hospitalier à construire avant longtemps, comme réponse aux besoins des malades. Nous applaudissons tout ce qui serait en mesure d’améliorer les conditions des malades. Seulement, une nouvelle politique de la santé ne se réalise pas en premier lieu par des constructions. Ce sont les personnes qui réalisent une nouvelle politique ; et elle se réalise seulement avec des personnes dévouées. Dans ce sens, il serait important que le Ministère que vous dirigez fait savoir clairement la politique publique qu’il met en œuvre dans le domaine de la santé.


Monsieur le Ministre, la Commission Justice et Paix Vous demande pour que votre Ministère prenne des initiatives pour réunir les différents acteurs de la crise, afin d’arriver à`une solution correcte et juste qui garantisse de meilleurs soins pour les malades, surtout les démunis et qui dépendent des services offerts par l’Hôpital Général.
Selon nos convictions, toute solution doit tenir compte de :
L’intérêt des malades dans l’organisation de l’Hôpital, dans l’organisation des services d’urgence en cas de problèmes, et dans le fonctionnement général ;
La justice envers les différentes catégories d’employés à l’intérieur de l’Institution ;
Des mesures sérieuses et non partisanes pour sévir contre le gaspillage, la corruption et le vol dans les différents services.

Un Hôpital ne devrait pas être un champ de bataille pour les intérêts de quelques uns. En 2002, la Commission avait écrit au Ministre Voltaire : « Nous avons appris qu’un problème majeur de l’Hôpital serait la politique qui est venue s’y mêler, parce des groupes veulent accroître leur contrôle et influence à l’intérieur de l’Institution. Serait-ce vraiment par envi de servir la population qu’ils manifestent cet engouement ? » 
Un service public ne peut pas être un outil pour les intérêts politiques ou économiques, parce qu’il s’agit d’un intérêt citoyen et civil. L’Etat a comme devoir de garantir la vie et les intérêts de chaque personne dans le pays. Ceci est l’intérêt public réel à défendre par l’Hôpital Général.
Nous comptons sur votre compétence et bonne volonté pour arriver à une solution qui respecte les droits de tous et de toutes, et qui contribue à l’honneur du pays.

 

 

P. Jan Hanssens, Directeur de la Commission Justice et Paix

Cc Mgr Joseph Lafontant, Vice président de la Commission



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