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Lettre à M. Douste Blazi

03/01/2006

Port-au-Prince, le 14 Décembre 2005
S.E.M. Philippe Douste-Blazy Ministre des Affaires Etrangères de la République Française

Monsieur le Ministre,

Nous avons appris le choix, par le gouvernement français, de M. Claude Ribbe comme membre du Conseil Consultatif des Droits de la personne.
On pourra dire que Monsieur Ribbe a sans doute contribué à faire connaître, en tant qu’historien, la responsabilité de Napoléon Bonaparte, qui, contrairement aux idéaux de 1789, a ordonné, en 1802, le rétablissement de l’esclavage dans les colonies.
Mais ici, en Haiti, c’est avec consternation qu’une telle nomination a été accueillie. En effet, M. Ribbe s’est fait connaître dans notre pays dans le contexte de la célébration du deuxième centenaire de l’Indépendance. A ce moment, la dérive de l’ex-président Aristide et de son groupe devenait de plus en plus claire et de plus en plus violente.
Pourtant, Monsieur Claude Ribbe n’a jamais ménagé son appui et ses éloges au gouvernement en place alors que, depuis des années, spécialement à partir d’assassinats retentissants et des élections de l’an 2000, cette dérive totalitaire transformait les institutions de l’Etat en instruments de terrorisme et de destruction, en même temps que la corruption et les détournements de fonds atteignaient des niveaux encore inédits.
Cet appui a été constant et public, alors que, pendant cette période, citoyennes et citoyens s’organisaient et se mobilisaient dans des marches pacifiques, pour faire front à ce nouveau péril, la reproduction de la tyrannie, qui .s’appuyait cette fois-ci sur la violence de groupes armés venant du Palais National ou installés au coeur des quartiers populaires pris en otage.
Les exécutions sommaires, le viol, la torture, les enlèvements étaient soutenus grâce à la mise en place d’un vaste réseau de détournement des fonds de l’Etat et aux subsides venant de réseaux liés au trafic de la drogue. C’est dans un tel contexte que s’effectuaient les déclarations élogieuses de Monsieur Claude Ribbe et que se négociaient faveurs et contrats de services.
Vous comprendrez donc, Monsieur le Ministre, notre consternation. Nous la manifestons publiquement
et officiellement, en tant que militantes et militants des droits humains, en tant que citoyennes et citoyens d’un pays, qui ayant mis fin au système de l’esclavage a su donner la main à d’autres peuples, sans monnayer ni son hospitalité, ni son aide.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de notre très vive considération.

* Jean-Claude Bajeux, Centre Œcuménique des Droits Humains ( CEDH )
* Jean Lhérisson, Haïti Solidarité Internationale ( HSI )
* Elifaite Saint-Pierre , Plateforme des Organisations Haïtiennes des Droits Humains ( POHDH )
* Myriam Merlet, Organisation de Défense des Droits des Femmes ( INFOFANM )
* Pierre Espérance, Réseau National de Défense des Droits Humains ( RNDDH )
* Joseph Maxime Rony, Programme pour une Alternative de Justice ( PAJ )
* Jessie Ewald Benoit, Mouvement des Femmes Haïtiennes pour l’Educatio et le Développement ( MOUFHED )


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