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Haïti, sans l’exotisme du malheur

01/10/2010



Haïti, sans l’exotisme du malheur

La Semaine de Yanick Lahens
Par YANICK LAHENS
Chroniques 02/10/2010 à 00h00
www.liberation.fr/chroniques/01012293723-haiti-sans-l-exotisme-du-malheur

 

 

Samedi

La bulle et le no man’s land

 

Toujours cette impression forte d’arriver dans un autre monde, irréel, une bulle artificielle, toutes les fois que je quitte Haïti pour une ville de l’Occident. Se réveiller le matin et savoir sans doute aucun que l’eau coulera du robinet. Qu’il y a toutes les chances que l’on ne croise pas la mort longeant les rues et qui vous regarde droit dans les yeux. Que les ampoules s’allumeront rien qu’en actionnant l’interrupteur. Il est difficile à ceux qui vivent dans la bulle de voir au-delà de la bulle. Il est plus facile pour ceux qui sont en dehors de la bulle de l’imaginer ou d’en rêver. Or la plus grande partie de la planète vit hors de la bulle. C’est le grand no man’s land du monde. Je viens du no man’s land mais je fais partie de ceux et celles qui, malgré une gestion quotidienne serrée et des acrobaties permanentes, ont tout de même accès à l’eau, à l’électricité, mangent à leur faim et au-delà et peuvent tant bien que mal s’arranger pour que cette mort ne les croise pas. Je suis à l’intérieur d’une bulle infinitésimale, sorte de satellite de la grande bulle dans l’immense no man’s land. Je ne me plains pas, décence oblige. Je mets en perspective. C’est le privilège du porte à faux qui sied bien à tout écrivain. Le no man’s land m’a rattrapée évidemment (il me rattrape toujours) puisqu’une tornade a causé hier pas mal de dégâts dans Port-au-Prince.



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