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Des violations des droits humains constatées 6 mois après le séisme

26/07/2010

Des violations des droits humains constatées 6 mois après le séisme


Le droit au logement, à l’alimentation, à l’eau potable, le droit de vivre dans un environnement sain, le Droit à la santé, à la sécurité des personnes, tels sont entre autres les principaux droits des déplacés/es ignorés par les autorités haïtiennes, a révélé Patrick Camille, responsable de programme du GARR, lors d’un bilan de la situation des droits humains des déplacés 6 mois après le séisme. Diverses observations réalisées à la frontière et dans 3 camps de la capitale: Camp KID, Tabarre Issa et Vallée de Bourdon ont permis au GARR d’arriver à cette conclusion.

« /Même s’il n’y pas de convention proprement dite qui régit le droit à l’assistance humanitaire et les droits des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, ces dernières bénéficient de tous les Droits Humains reconnus dans la déclaration Universelle des Droits de l’Homme et autres instruments internationaux de Protection/ », a rappelé M. Camille. Selon ce dernier, deux instruments importants régissent la gestion de la situation des déplacés/es : /La charte Humanitaire qui énonce les principes et les normes à respecter dans les opérations de secours par les différents acteurs et les principes directeurs des Nations Unies relatifs à la Protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur pays/.

Quant aux manquements de droits humains observés après le séisme, le juriste a déclaré que le droit au logement est la plus grande violation et la plus grande préoccupation de la population. « /Six mois après le séisme, la phase de reconstruction aurait du déjà commencer mais l’on constate avec amertume que jusqu’à date le Gouvernement n’a rien dit à la population sur son plan de logement, d’aménagement du territoire, de réforme foncier et de reconstruction des infrastructures détruites », a /déploré M. Camille.

De plus, le GARR constate que les tentes commencent à se déchirer et ne peuvent plus retenir la pluie à Port-au-Prince et à la frontière. A Tabarre Issa, la construction des abris avance lentement, seulement 2 abris ont été construits alors qu’il y a 512 familles à loger décemment. A Vallée de Bourdon, les déplacés/es vivent dans des situations difficiles. Certains passent des nuits entières sans pouvoir dormir lors des averses, a confié M. Camille.

A Lascahobas, M. Camille a déclaré que les déplacés/es vivent dans 4 camps de fortune et dans des familles d’accueil, souvent nombreuses. « /A Platanal, les gens sont logés dans une petite Eglise et certains petits abris de fortune qui ne sont pas entretenus, faute de moyens financiers. A Jumpas, le propriétaire d’une maison qui abrite 18 familles la réclame. A Decovil, des gens sont logés sous des tentes et dans des abris non securitaires/», a fait savoir le représentant du GARR.

Quant au droit à l’alimentation, Patrick Camille a critiqué la décision du gouvernement de mettre fin aux distributions sans des mesures pouvant permettre à la population de mener des activités génératrices de revenus. Il a souligné la non-disponibilité des programmes /cash for work/ dans beaucoup des camps et leur exécution passagère. Le responsable de programme a affirmé que beaucoup de personnes sont dépourvues de moyens de subsistance dans les camps et à la frontière. Il a cité notamment le cas des gens, particulièrement les personnes âgées, qui tombent malades au camp Kid, faute de nourriture ou encore l’appauvrissement de plusieurs familles d’accueil qui avaient utilisé leur semence pour donner à manger aux déplacés/es internes dans des communautés frontalières.

Pour ce qui est du droit à l’au potable, le GARR constate que dans beaucoup de camps surtout à Port-au-Prince, les déplacés ont accès à l’eau. Cependant, à Lascahobas, des déplacés/es de 3 camps – Decovil, Jumpas, Chambrun- font face à une carence en eau, a rapporté Patrick Camille.

Quant au droit de vivre dans un environnement sain, Patrick Camille a fait un constat accablant: outre les problèmes de promiscuité et de malpropreté présents généralement dans les camps, / les structures sanitaires a Lakou Seminaire, un quartier de la Vallée de Bourdon sont quasi-inexistantes. Les résidents ne disposent ni de toilettes ni de douches. En cas de besoin, ils doivent se rendre dans un coin éloigné du site. A Tabarre Issa, des latrines sont en construction pour remplacer les toilettes mobiles mais il y a de grandes Inquiétudes que ces latrines (où les gens doivent s’accroupir) ne facilitent plus l’accès aux personnes vivant avec un handicap. Au camp KID, les latrines dégagent une odeur nauséabonde dans l’environnement immédiat du camp et les membres du comité font face à de grandes difficultés pour gérer les détritus ».

C’est le même constat effectué par le GARR dans des zones frontalières : les 4 camps de Lascahobas font face aux mêmes problèmes de sanitation : « Pas de douches, une seule latrine par camp pour les déplacés et pas d’eau potable pour les besoins d’hygiène ».

Patrick Camille a fait part de nombreuses violations du droit à la santé à Port-au-Prince et à la frontière. Des déplacés/es sont atteint de maladies contagieuses et/ou infectieuses. Il a affirmé que des problèmes liés à l’absence des centres de santé ou/et à l’indisponibilité des médicaments empêchent une amélioration de la sante des personnes qui tombent malades. Il a cité comme exemple le point de santé de Tabarre Issa, où l’on soigne seulement des enfants et donne des médicaments aux adultes sans consultation. A Vallée de Bourdon, des cas de maladies infectieuses /comme la grippe, la malaria, la diarrhée, le herpès/ sont constatés chez des déplacés.

D’autres manquements aux droits humains ont été évoqués par Patrick Camille, comme l’absence des policiers haïtiens dans certains camps. Il a fait part des agressions sexuelles qui auraient été commises dans certains camps, dont 4 à Tabarre Issa par des militaires de la MINUSTAH, chargés d’y assurer la sécurité.

Patrick Camille a fait ces déclarations lors d’une journée de réflexions organisée par le GARR en son local, le 12 juillet 2010 dans le but d’analyser la situation des droits humains des déplacés/es 6 mois après le séisme. A rappeler que depuis mars 2010, le GARR a initié des activités de monitoring dans plusieurs camps de la capitale et à la frontière pour suivre le quotidien des déplacés/es afin de formuler des recommandations aux autorités nationales et à la communauté internationale.



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