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Aide et Sécurité alimentaire en Haïti : les défis de l’après le 12 janvier 2010.

05/07/2010

Aide et Sécurité alimentaire en Haïti : les défis de l’après le 12 janvier 2010.

 

Haïti, Membre du Conseil d’Administration du Programme Alimentaire Mondial (PAM) fixe ses priorités.

 

 

En novembre dernier, avant même la catastrophe du 12 janvier 2010, le Gouvernement haïtien avait défini, de concert avec le Programme Alimentaire Mondial (PAM), un programme d’intervention pour l’amélioration de la sécurité alimentaire. A cette époque, le Gouvernement était fier d’expliquer la nette amélioration de la situation de la sécurité alimentaire obtenue dans le pays grâce aux efforts soutenus matérialisés à travers d’importants investissements dans le secteur agricole, après le passage dévastateur des quatre cyclones de l’année 2008.

 

Le 12 janvier 2010 a tout changé …

 

Comment se pose le problème de la sécurité alimentaire en Haïti ?

Les statistiques des dernières années montrent qu’en Haïti, l’offre alimentaire est d’une part constituée, par la production agricole nationale (42 à 45 %) et d’autre part d’importations commerciales (45 à 50%) et de l’aide alimentaire (6 à 7%). Au début des années 80, ces importations ne représentaient que 19% de l’offre alimentaire.

La majorité de la population fait face depuis longtemps à un grave problème d’insécurité alimentaire chronique. La phase critique a déjà été atteinte depuis plus d’une quinzaine d’années. Avant le tremblement de terre on notait déjà qu’un Haïtien sur deux vivait dans l’extrême pauvreté (avec moins de US$1.00 par jour) tandis que la moitié de la population n’avait pas accès à la ration alimentaire minimale établie par la FAO et 80% des ménages déclaraient ne pas satisfaire adéquatement leurs besoins alimentaires.

Comment a évolué la situation avec le séisme du 12 janvier 2010 ?

A la fin 2009, juste avant le séisme, des prévisions encourageantes permettaient d’espérer que l’offre alimentaire assurée par la production nationale allait prendre le dessus sur les importations et dépasser la barre des 50%, ce qui représenterait un bond hautement significatif. Ce progrès enregistré dans la production nationale jumelé aux interventions soutenues du PAM, avait contribué à l’amélioration globale de la situation de la sécurité alimentaire. Le nombre de personnes se trouvant en situation d’insécurité alimentaire avait chuté de 3 millions de personnes en avril 2008 à 1.9 millions en septembre 2009.

 

Le 12 janvier 2010, en 35 secondes tout a basculé. Les chiffres sont dramatiques :

- plus de 230 mille personnes ont perdu la vie, soit environ 10% de la population de la région métropolitaine de Port-au-Prince;

- Plus de 600 mille déplacés;

- 1.3 millions de sans abris;

- Plus de 2.5 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire

 

De plus, le tremblement de terre a provoqué :

- un accroissement soudain et très significatif du nombre de personnes par foyer en zone rurale ;

- un déficit de produits alimentaires de base en zone rurale;

- une hausse substantielle des prix des denrées alimentaires de base en zone rurale ;

- une certaine utilisation des stocks de semences pour la consommation humaine.

 

Quelle a été la réponse du Gouvernement ?

 

La population des zones dévastées vivait déjà dans des conditions très précaires. Avec un taux de chômage avoisinant les 70%, cette population assurait ses besoins au jour le jour à partir d’activités informelles. Brusquement elle s’est vue privée de tout revenu à cause de la paralysie de l’ensemble des activités. Grâce à la solidarité venant de toute part, d’importants transferts d’argent des familles haïtiennes vivant à l’étranger et des opérations de distribution massive de nourriture coordonnées par le Gouvernement, avec entre autres, la collaboration et l’appui efficace du PAM, la crise alimentaire majeure qui menaçait l’ensemble du pays a pu être évitée.

 

Haïti, qui est d’ailleurs membre du Conseil d’Administration du PAM, a exprimé sa reconnaissance envers toute la communauté internationale et spécialement envers les pays donateurs du PAM qui ont permis à cette Agence d’être le principal outil pour ces interventions.

 

La coordination des opérations d’aide humanitaire a demandé beaucoup d’efforts. Pendant plus de 12 semaines, chaque matin, à 7 heures, le Ministre de l’Intérieur, responsable de la protection civile tenait une réunion préparatoire avec l’ensemble des agences des Nations Unies et d’aide humanitaire. Également à 8 heures, une autre réunion présidée par le premier Ministre en personne réunissait ces mêmes agences, les responsables gouvernementaux et les chefs des Missions et des Ambassades accréditées en Haïti. A cela, on doit ajouter les réunions des clusters (groupe de travail) animées par les agences des Nations Unies et les commissions de coordination spéciales mises en place par le gouvernement pour l’énergie, la santé, les abris provisoires, et la distribution de l’eau et de la nourriture.

 

Ces quatre commissions ont été pour la plupart dirigées par des personnalités de la société civile haïtienne, mobilisant des dizaines de bénévoles. Un exemple éloquent est le leadership dans la distribution de l’eau qui a été assuré par une entité gouvernementale, la DINEPA, qui a su, de manière originale, mettre à contribution l’expertise d’agences comme l’UNICEF et la Croix Rouge aux côtés de celle d’ONG nationales et internationales et du secteur privé haïtien. En ce qui concerne la question de l’aide alimentaire, grâce à la coordination assurée par le gouvernement avec les divers intervenants regroupés au sein du cluster food et l’expertise du PAM, des opérations massives de distribution d’aliments ont été organisées tout en responsabilisant les collectivités territoriales, tant à la capitale que dans d’autres régions du pays où s’étaient réfugiés des centaines de milliers de déplacés.

 

Quelle sont les perspectives ?

 

Après avoir finalisé le PDNA, le Gouvernement a rapidement, élaboré le Plan d’Action pour le Relèvement et le Développement d’Haïti en concertation avec un ensemble d’acteurs nationaux et internationaux concernés. Dans le cadre de ce Plan, le Ministère de l’Agriculture a défini le Plan National d’Investissement Agricole, évalué à environ 800 millions de dollars sur 5 ans et le Plan National de Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle. Ces deux plans s’insèrent dans une proposition de politique agricole bâtie selon une vision nationale d’une agriculture ayant les caractéristiques suivantes:

 

· moderne, fondée sur l’efficacité et l’efficience des exploitations familiales et la promotion des entreprises agricoles grâce à l’implication du secteur privé ;

· productive et compétitive sur le marché local et sur le marché international, permettant d’assurer la sécurité alimentaire de la population ;

· génératrice des revenus décents;

· respectueuse de l’environnement ;

· génératrice d’excédents pour le fonctionnement des entreprises agro-alimentaires

Concrètement, il s’agit de :
· Réaliser des investissements dans des infrastructures publiques (systèmes d’irrigation, routes agricoles, structures de stockage et de transformation…) ;
· Fournir les appuis destinés à augmenter la compétitivité des filières sélectionnées (vivres et tubercules, fruits, élevage, riz, etc.) et corriger les imperfections du marché, y compris des subventions (semences, engrais), tout en mettant en place des mécanismes de diminution progressive du niveau de ces subventions ;
· Réorganiser les services agricoles publics de base (crédit, sécurité foncière, formation, recherche…) ;

 

 

Les problèmes d’Haïti n’ont pas commencé le 12 janvier. Par contre, la catastrophe a mis en évidence une nouvelle fois nos problèmes de mal développement. Sans vouloir s’étendre sur les causes historiques de l’insécurité alimentaire, il ne faut jamais oublier le poids de la politique économique de ces 25 dernières années, qui a engendré l’exode rural et qui explique l’urbanisation anarchique de Port au Prince, ce qui a rendu cette ville si vulnérable.

 

Aujourd’hui, les propositions qui sont faites dans les Plans d’investissement agricole et de sécurité alimentaire tiennent compte des erreurs du passé. Il convient peut être de souligner que la reconstruction du pays ne se pose pas seulement en terme physique, car il s’agit aussi de reconstruire nos institutions, notre capital humain, notre système éducatif et les rapports sociaux.

 

Quelle sont les priorités immédiates ?

 

Dans ce contexte, en ce qui concerne la sécurité alimentaire, le Gouvernement insiste sur trois priorités :

1- Coordination des actions. En plus de coordonner les opérations des différentes institutions, il est impératif de poser la problématique de la coordination des ressources humaines. Après avoir évalué à plus de 80% le nombre de professionnels qui ont quitté le pays au cours des 30 dernières années, le renforcement des institutions publiques se voit aujourd’hui menacé en terme de disponibilité de ressources humaines par la prolifération d’ONG et d’institutions internationales sur le terrain, qui se livrent à une compétition sans merci pour le peu de ressources humaines qualifiées disponibles (environ 400 ONG interviennent actuellement en Haïti dans le domaine de l’agriculture).

 

2- Création d’emplois pour améliorer la sécurité alimentaire. Depuis plus de deux mois, le Gouvernement a réuni les principales agences ayant des ressources disponibles pour réaliser de grands chantiers « cash/food for work » et a défini avec ses partenaires des modalités pour une harmonisation de ce programme. L’objectif est d’obtenir un impact sur la production alimentaire, la diminution de la vulnérabilité des populations face aux désastres naturels, et/ou l’assainissement des zones dévastées. Aujourd’hui, ce programme se bute à certaines difficultés : au début du mois de juin 2010, sur 648 projets présentés par des groupes communautaires, des collectivités territoriales ou des ONG, 150 ont été étudiés et approuvés, mais seulement 15 ont pu réellement démarrer. A ce compte, le Gouvernement doit obtenir de ses partenaires non seulement une augmentation des ressources disponibles pour ce programme, qui est un des outils les plus efficaces pour à la fois améliorer la sécurité alimentaire et engager des actions structurantes, mais aussi la mise en place de mécanismes pour alléger les procédures de mise en œuvre.

 

3- Achats locaux et cantines scolaires. Rappelons-nous que plus de 60% de la population d’Haïti vit dans les zones rurales et 50% de la population active œuvre dans l’agriculture. Aujourd’hui ce nombre a probablement augmenté avec le déplacement des populations des zones sinistrées vers les zones rurales. Encore une fois, le Gouvernement a la ferme volonté d’utiliser les mécanismes d’achats de produits agricoles locaux pour les opérations d’aide alimentaire dans le but de protéger et renforcer la production nationale, et aider la grande majorité de la population à sortir graduellement du cercle infernal de la dépendance alimentaire tout en continuant à soutenir ceux qui sont les plus vulnérables (enfants, femmes enceintes et allaitantes, porteurs du VIH-SIDA) à l`insécurité alimentaire.

 

En ce sens, le programme des cantines scolaires, qui touche actuellement un million d’enfants (dont 300 mille avec les fonds du trésor public) constitue une des façons efficaces de toucher un des plus grands groupes vulnérables de la population. L’objectif à moyen terme est d’atteindre 2.2 million d’enfants (à un coût optimum de 40 gourdes/jour/enfants). La CNSA (Coordination Nationale de Sécurité Alimentaire) a calculé que la production nationale agricole pourrait en 2010 assurer 60% des besoins des programmes d’aide alimentaire. En utilisant des denrées provenant de la production nationale pour nourrir les enfants, on réalise non seulement un investissement dans la jeunesse mais aussi on permet à leurs parents d’avoir accès à des revenus supplémentaires.

 

Cette stratégie s’inscrit dans le cadre du Plan National d’Investissement Agricole et du Plan National de Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle qui visent à promouvoir une agriculture et une pêche productives, diversifiées et respectueuses de l’environnement et assurer la disponibilité de produits alimentaires de qualité sur une base constante afin d’arriver à satisfaire 80% des besoins de la population haïtienne d’ici l’horizon 2025.

 

Références :

 

www.agriculture.gouv.ht - Site Web du Ministère de l’Agriculture des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR),

 

www.cnsahaiti.org - Site Web de la Coordination Nationale de Sécurité Alimentaire

 

www.refondation.ht – Site web de la Plateforme pour la Refondation d’Haïti du Gouvernement de la République d’Haïti.



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