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Déclaration des paysans Haïtiens et de leurs alliés du 4 juin 2010

15/06/2010

 

Place Charlemagne Péralte, Hinche, 4 juin 2010


Déclaration des paysans Haïtiens et de leurs alliés contre le gouvernement Préval, la multinationale Monsanto et toutes les multinationales qui détruisent la vie sur la planète


Nous, membres des organisations paysannes membres de La Via Campesina, des plateformes d’organisations comme : 4G Kontre, FONDAMA, RENASSHA, PLANOPA, KABA GRANGOU, KONAFAP, et toutes les organisations populaires et politiques qui s’associent à cette marche historique ou qui sont d’accord avec la lutte des paysans ; nous sommes réunis sur la Place Charlemagne Péralte de Hinche (Plateau Central), un héros qui s’est levé contre l’occupation américaine en Haïti, pour déclarer de toute notre force, devant Charlemagne, dans l’esprit de Dessalines et de tous ceux qui ont donné leur sang pour créer le pays d’Haïti :
NOUS DEFENDRONS L’AGRICULTURE PAYSANNE, NOUS DEFENDRONS LA SOUVERAINETE ALIMENTAIRE, NOUS DEFENDRONS L’ENVIRONNEMENT D’HAITI JUSQU’AU BOUT
A travers les réflexions menées ensemble au Centre National de Formation des Cadres Paysans (Centre Lakay) à Papaye, le 3 juin 2010 et celles menées au sein de chacune de nos organisations aux quatre coins du pays,


1. NOUS CONSTATONS


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Le gouvernement Préval, qui n’a jamais rien fait pour renforcer la production agricole nationale, a décidé d’en finir avec l’agriculture paysanne, d’en finir avec la classe paysanne, le groupe social le plus important du pays
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Le président Préval est allé négocier avec le gouvernement Bush de la manière dont ils allaient pouvoir ouvrir le pays aux multinationales des agro carburants pour leur permettre de planter du Jatropha. Depuis lors, des démarches secrètes sont menées pour tenter de couvrir le pays de plantations de Jatropha, produisant du carburant pour les voitures des pays étrangers, tandis que l’agriculture nationale n’est capable de nourrir seulement que 40% de la population.
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Le gouvernement Préval n’a jamais eu de politique de production agricole nationale. Ainsi, c’est seulement 4% du budget de l’Etat qui est consacré à l’agriculture alors que le congrès de MPP en 2008 a réclamé 30% du budget de l’Etat pour l’agriculture et l’environnement. Cet argent sert surtout pour le fonctionnement du Ministère et le clientélisme politique. Plusieurs millions de dollars (USD) ont été prélevés dans le fonds Pétro-Caraïbes (fonds d’emprunt mis à la disposition par le Vénézuela, ndlr) pour acheter des tracteurs et des engrais chimiques utilisés pour mener une campagne électorale débouchant sur la nomination de sénateurs tout acquis au vote de lois traîtres au service de Préval et de ses partisans.

Le tremblement de terre a servi de prétexte au gouvernement Préval pour passer à la vitesse supérieure dans la mise en ouvre de la politique néolibérale qu’il prônait depuis longtemps. Il a liquidé la plus grosse entreprise d’Etat qui restait, TELECO. Cela s’est fait pendant que le peuple pleure ses enfants, pendant qu’il vit sous des tentes et que la faim ronge le ventre des familles déplacées aux quatre coins du pays, pendant que des cadavres gisent encore sous les décombres.
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Le gouvernement Préval a décidé de donner à l’agriculture paysanne un coup de grâce en acceptant un cadeau empoisonné de 475 tonnes de maïs empoisonné des mains de Monsanto, une entreprise criminelle qui sème la mort sur toute la surface du globe, avec les poisons qu’elle répand pour faire disparaître l’agriculture paysanne, faire disparaître l’environnement et la biodiversité de la planète, en empoisonnant la terre, l’eau, la mer et l’air que nous respirons.
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Le gouvernement Préval, alors qu’il parle de production agricole nationale, met en place un programme « food for work » dans les sections communales pendant que les villes ont le droit à des programmes de « cash for work ». On marche sur la tête.
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Préval parle toujours de production agricole nationale, mais il a pratiquement mis à bas l’INARA (Institut National de la Réforme Agraire). Il ne veut pas de réforme agraire. Il n’a jamais rien fait pour que la réforme agraire ait lieu dans le pays. Les paroles de Préval sont du bluff.
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Le gouvernement Préval profite du tremblement de terre du 12 janvier pour placer le pays entier sous occupation étrangère. Il fait voté aux parlementaires croupiers, qu’il a pondus à l’aide d’un CEP (Comité Electoral Provisoire) asservi (« restavèk »), des lois inacceptables qui foulent au pied la souveraineté du pays et consacrent un pouvoir personnel qu’il veut conserver coûte que coûte. Préval a vendu ou a donné en cadeau la souveraineté du pays.
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La gouvernance du pays est tombée entre les mains d’un comité intérimaire qui a des étrangers à sa tête. Un plan est en train de se réaliser sur le dos du peuple, au nom du peuple, sans que celui connaisse son contenu. Le gouvernement Préval s’est associé aux étrangers pour monter un plan de reconstruction sans s’adresser à aucun secteur des classes populaires. Ce projet de reconstruction est certainement un projet anti-national.
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Le projet anti-national, anti-paysan gagne du terrain. Ce projet a le support des grands pays impérialistes qui utilisent Préval pour faire main basse sur le pays. Les multinationales en profitent pour tenter d’écraser l’agriculture et accaparer les terres pour produire des agro-carburants, une fausse solution à la crise énergétique.


2. NOUS DENONCONS
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La présence de Monsanto sur le territoire d’Haïti, une entreprise criminelle qui a tué beaucoup de monde au Vietnam et aux Etats-Unis. Le produit que l’on appelle « Agent orange » qui a tué plus de 400 000 personnes, qui a fait plus de 500 000 enfants naître avec des déformations physiques, c’est Monsanto qui l’a fabriqué pour l’armée américaine. Plus de 40 000 vétérans de la guerre du Vietnam ont été atteints de cancers et d’autres maladies. Ils ont intenté un procès à Monsanto qui a été condamné à payer plus de 180 millions de dollars (USD) de dommages.
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La présence de Monsanto qui apporte en Haïti des produits chimiques qui contiennent des poisons mortels comme le Thiram. L’agence américaine pour la protection de l’environnement (EPA) interdit l’utilisation de cet insecticide aux Etats-Unis parce qu’elle considère qu’il est trop dangereux pour les agriculteurs. Ils n’ont pas d’équipements capables de les protéger suffisamment. Qui va veiller sur la vie des agriculteurs Haïtiens ?
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La présence des semences de maïs Monsanto sur le territoire d’Haïti, que ce soit des semences OGM ou hybrides, cela aura les mêmes conséquences sur l’agriculture paysanne. Ce qui est le plus grave, c’est que le gouvernement a littéralement ouvert le pays à la vente aux multinationales des « agro-poisons » qui vont détruire les semences locales. Il est vrai que les OGM auraient fait plus de dégâts que les semences hybrides. En particulier parce que les scientifiques qui modifient les gênes des plantes n’ont ensuite plus de contrôle sur eux. Personne ne connaît l’ampleur des dégâts causés jusqu’ici par les semences transgéniques et les pesticides chimiques sur la vie humaine. Ce que l’on connaît déjà ce sont les maladies de cancer, de diabète, d’allergie, les résistances aux antibiotiques, les malformations congénitales, c'est-à-dire les enfants qui naissent avec des parties du corps en moins. Ils peuvent naître sans yeux, sans bouche, sans oreille…
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Le gouvernement Préval, et en particulier le Ministère de l’Agriculture, qui ne donne pas aux paysans des informations sur les dangers qu’il y a pour la vie de paysans qui manipulent les semences Monsanto. Est-ce que cela n’est pas criminel ?
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Le gouvernement Préval ne dispose d’aucun laboratoire pour contrôler les produits qui entrent dans le pays. Comment le Ministre Joanas Gué qui a dit qu’il ne pouvait permettre l’entrée de semences OGM peut vérifier si celles qu’il reçoit ne sont pas OGM ? Dans quel laboratoire il a contrôlé ces semences ? Contrôlé quels poisons y ont été appliqués ?

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La loi d’urgence qui permet à Préval de vendre le pays, la modification de la loi d’urgence qui lui permet de prolonger son mandat et lui ouvre la porte pour lui permettre de conserver le pouvoir personnellement ou de passer le relais à un de ses amis au cours d’une « élection-nomination » comme il a l’habitude de le faire.
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La politique de l’USAID qui déverse des millions à travers le projet Winner qui à son tour déverse sur Haïti des semences poisons qui vont tuer nos sols. C’est Winner qui distribue les semences poisons Monsanto. Winner prévoit d’inonder le pays de semences poison, d’engrais, de pesticides chimiques fournit par Monsanto.
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La politique de l’USAID et de Winner qui veut disséminer des plantations de Jatropha à travers les montagnes du pays. Le projet Winner est un danger pour l’agriculture paysanne, pour nos semences locales. Est-ce la meilleure chose que le Président Obama, dont beaucoup de monde pensait qu’il allait aider Haïti, puisse offrir aux paysans Haïtiens.
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Toutes les multinationales des « agro-poisons » qui ont dans l’idée de faire main basse sur le pays d’Haïti pour installer des plantations. Nous leur demandons de rester à distance car les terres d’Haïti sont destinées à produire de la nourriture pour les Haïtiens, de la nourriture avant tout autre chose. Les multinationales sont les ennemies des paysans, les ennemies de la vie sur Terre.

3. NOUS EXIGEONS QUE
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Le ministre de l’agriculture renonce au reste de semences Monsanto qui ne sont pas encore arrivées en Haïti. Renvoyer à Monsanto celles qui sont déjà arrivées ou aller les détruire de la même façon que la drogue saisie par la police, aux yeux et aux sus de tout le monde.
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Le Ministère de l’agriculture donne des explications sur la quantité de semences qu’il a déjà reçu, où elles ont été plantées et avec quel insecticide chimique elles ont été traitées. Quel danger représente ces insecticides pour les paysans qui les utilisent.
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Soit mis en place un laboratoire qui a la capacité et la responsabilité d’analyser tout produit agricole, tout pesticide et herbicide chimique qui entre dans le pays.
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Soit donné aux organisations paysannes les moyens de développer et stocker les semences locales pour produire localement des produits capables d’assurer la souveraineté alimentaire du pays
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Qu’aucun contrat ne soit passé avec les organisations multinationales « agro-poisons » ou les multinationales qui créent des plantations d’arbres pour faire du biochar, soit-disant pour combattre le réchauffement climatique, et s’établir sur les terres du pays. Les terres du pays sont pour les paysans qui travaillent la terre.


4. NOUS DEMANDONS AUX PAYSANS ET AUX ORGANISATIONS PAYSANNES DE :

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Stopper Monsanto. Stopper toutes les semences étrangères qu’elles soient hybrides ou OGM. Arracher les plants de maïs déjà semer pour sauvegarder les semences créoles. Nous avons besoin d’une mobilisation générale contre Préval, contre toutes les multinationales, spécialement Monsanto.
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Continuer à conserver nos semences « maison » dans nos calebasses, dans nos sacs en jute, dans nos colombiers, dans nos silos. Répartir les semences entre les paysans qui n’en n’ont pas. Les semences ne sont pas des marchandises pour se faire de l’argent. Les semences sont la vie, c’est un bien commun : un patrimoine commun à toute l’humanité. Nous devons revenir à des pratiques d’échange et de troc des semences.
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Mettre en place des banques de semences locales partout dans le pays afin que les puissent emprunter des semences lorsqu’ils ne peuvent en acheter. Echanger les semences locales entre les départements et avec le autres pays afin que les paysans restent les gardiens des semences, gardiens de la biodiversité sur la planète.
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Travailler sans relâche, nous organiser pour produire et manger des produits « maisons »,surtout du maïs, sous les formes que nos ancêtres ont laissés pour nous : maïs grillé, chanmchanm (maïs grillé en poudre mélangé à du sucre et des arachides en poudre, ndlr), tchaka (maïs en grains bouillis et mélangés à des pois, ndlr), gâteau de maïs, doukounou (pâte de maïs bouillie, ndlr), bougonnen (tuile de maïs et de noix caramélisés ndlr) etc…
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Stopper tous les produits importés de mauvaise qualité, boycotter tous les produits des multinationales comme coca-cola, un poison pour la santé.
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Nous organiser, rassembler nos forces, rester mobilisés pour stopper toutes les multinationales, tous les groupes qui tentent de s’accaparer nos terres pour y mettre des plantations et pour produire des agro carburants. Les terres d’Haïti doivent servir à produire des aliments locaux, à planter des arbres qui produisent des fruits, à produire du bois pour fournir de l’énergie ou pour faire des meubles.
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DEFENDRE LES TERRES D’HAITI, DEFENDRE L’ENVIRONNEMENT, DEFENDRE LA SOUVERAINETE ALIMENTAIRE


5. NOUS PRENONS L’ENGAGEMENT :
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Nous, organisations signataires de cette déclaration, nous déclarons à Monsanto et à tous ces complices la guerre. Nous déclarons la guerre à toutes les multinationales « agro poisons » parce qu’elles sont les ennemies des paysans, les ennemies de la nature, les ennemies de la VIE.
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Nous nous engageons à défendre les semences de maïs locales, les semences de pois d’Angole, les semences de pois et de haricots locaux, les semences de petit-mil, les semences de pois rouge, de pois noir, de pois beurre, les semences de riz, toutes les semences que nos ancêtres nous ont transmis.
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Nous nous engageons à produire et conserver nos semences créoles. Nous allons commencer à mettre en place partout des banques de semences à partir du mois de juillet prochain pour conserver les semences de maïs et toutes nos autres semences créoles.
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Nous nous engageons à rassembler nos forces pour changer cet Etat anti-paysans, cet Etat anti-national, cet Etat qui marchande le pays. Nous voulons bâtir un autre modèle d’Etat, un Etat qui défende l’agriculture paysanne, un Etat qui s’associe aux paysans pour faire une réforme agraire intégrale, un Etat qui s’associe aux paysans pour réhabiliter l’environnement du pays, la conservation des sols et le reboisement. Nous voulons être capables de planter, comme le Congrès du MPP l’a demandé, 50 000 arbres dans chaque section communale chaque année.
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Nous nous engageons à nous associer à toutes les organisations paysannes membres de La Via Campesina, avec tous ses alliés sur la planète, pour défendre la souveraineté alimentaire, pour défendre l’environnement, pour défendre les ressources naturelles, pour défendre les droits de notre mère la Terre, défendre les droits des paysans, défendre la vie sur le planète.
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Nous nous engageons avec La Via Campesina et tous ses alliés pour mener une campagne de longue haleine contre les multinationales.

6. POUR FINIR :


Nous retirons notre chapeau devant toutes les organisations de toute l’Amérique Latine, de tous les réseaux de solidarité aux Etats-Unis et au Canada qui se sont levées pour témoigner de leur solidarité avec notre combat pour stopper Monsanto.
Nous retirons notre chapeau devant toutes les organisations en Europe, en Asie, en Afrique qui se sont levées en solidarité avec nous. Beaucoup d’entre elles ont organisé des manifestations, des sit-in, des actes de désobéissance civique en solidarité avec nous. Beaucoup d’entre elles ont envoyé des milliers de lettres de protestation au gouvernement Haïtien et au gouvernement Américain contre ce projet mortel.
Nous donnons un coup de chapeau à tous les journalistes dans le monde qui ont aidé à répandre la nouvelle de ce nouveau tremblement de terre qui frappe Haïti, orchestré par le Ministère de l’Agriculture et Monsanto.

Nous disons un grand merci à tous les militants et militantes venus de République Dominicaine, du Brésil, des Etats-Unis, du Canada, de France, d’Italie etc.
Nous disons un grand merci à toutes les organisations du mouvement social en Haïti, aux étudiants des universités, à toutes les organisations politiques venues s’associer aux paysans dans cette mobilisation de longue haleine qui fait que commencer.
Bravo à tous les paysans, toutes les femmes paysannes, tous les jeunes paysans, venus des 10 départements géographiques du pays défendre leur agriculture, défendre les semences locales, défendre l’environnement du pays d’Haïti.


A BAS MONSANTO ET TOUS SES COMPLICES, A BAS LES MULTINATIONALES, A BAS L’OCCUPATION.
VIVE L’AGRICULTURE PAYSANNE, VIVE LA SOUVERAINETE ALIMENTAIRE
A BAS LE GOUVERNEMENT QUI RANCONNE LE PAYS, A BAS LE CEP ASSERVI PAR PREVAL, A BAS LES PARLEMENTAIRES VENDUS
A BAS TOUTE ELECTION TRUQUEE.
VIVE LA LUTTE DU PEUPLE HAITIEN ET CELLE DE TOUS LES PEUPLES SUR LA TERRE
L’ORGANISATION OU LA MORT !


Liste des organisations et des plateformes d’organisations qui se sont déjà engagées dans cette bataille :
- La Via Campesina
- 4 G Kontre
- FONDAMA
- RENASSHA
- PLANOPA
- KABA GRANGOU
- PAPDA
- MOREPLA
- VEDEK
- KONAFAP



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