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Politique interne

03/11/2009

 

La destitution de la Premier Ministre par le Sénat, retour sur la semaine écoulée
mardi 3 novembre 2009

Extrait de France-Antilles, Martinique [1]
Repris par AlterPresse le 3 novembre 2009

LUNDI (26 oct. 09)

La charge de Bellerive contre les bailleurs de fonds

Le ministre haïtien de la Planification et de la Coopération externe prend la parole à l’occasion de l’évaluation à Port-au- Prince de 15 projets financés par la Banque mondiale en Haïti. Il accuse alors toute la communauté internationale qui, selon lui, ne parlerait pas le même langage avec le gouvernement haïtien.

« Il est inadmissible qu’après l’accord de financement de constater qu’après un an ou deux seuls 20% des fonds ont été réellement débloqués. C’est le moment d’assurer le suivi, d’évaluer, de corriger et même de suspendre certains projets qui présentent des obstacles insurmontables ou qui ne produisent pas les effets escomptés », explique ce jour-là Jean Max Bellerive. Si on améliore la gestion, la passation des marchés publics, on ne peut pas parallèlement avoir d’autres systèmes de procédures pour chaque projet : un système national de gestion de projets est donc, selon lui, une nécessité. Il permettra à ses dires de gérer tous les projets financés par la Banque mondiale, y compris ceux des ONG n’ont aucun compte à rendre au gouvernement.

Rappelons que la Banque mondiale finance actuellement 15 projets pour environ 190 millions de dollars américains. Ces projets couvrent les principales priorités du Document de stratégie nationale pour la croissance et la réduction de la pauvreté (DSNCRP).

MARDI

Adresse à la Nation de Michèle D. Pierre-Louis

Le Premier ministre fait parvenir un CD avec une adresse à la Nation. Pendant 45 minutes, elle fait un résumé des réalisations les plus importantes de son gouvernement. Elle réclame un audit de trois instances différentes : la Cour Supérieure des comptes et du contentieux administratif, l’Inspection générale des finances et un auditeur externe, « qui auront la charge de faire le jour sur l’utilisation de ces 190 millions de dollars » qu’on accuse son gouvernement d’avoir gaspillé. Elle rappelle à ce propos qu’elle s’est rendue par deux fois au parlement, avec une boîte renfermant toutes sortes de factures des différentes firmes contractantes et maisons de commerce de la place. Elle affirme avoir alors suggéré aux sénateurs d’aller les voir, eux qui aiment tant faire le jour sur les dépenses.

Malgré le ton posé utilisé dans son discours à la Nation, on sent chez elle un certain énervement. « On aime critiquer chez nous mais quand il s’agit de retrousser ses manches et de mettre la main à la pâte, c’est une toute autre histoire », constate-t-elle avec amertume.

Elle avoue par ailleurs ne pas encore savoir si elle se présentera à la séance d’interpellation du sénat prévue pour le jeudi à venir. Toute la presse consacre sa Une à cette adresse à la Nation de Mme Pierre-Louis.

Le soutien de l’opinion publique

Un sondage effectué par la salle de nouvelles de Meelodie FM révèle que si certains citoyens sont favorables à l’interpellation, personne ne veut d’un vote de non confiance. Selon les personnes interrogées, « on peut l’interpeller pour lui demander certaines explications. Mais ce n’est pas le moment de renvoyer un gouvernement et de recommencer à zéro. » Pas question, pour la rue, de recréer une situation de blocage comme cela avait été le cas l’année précédente après la censure de Jacques-Edouard Alexis.

MERCREDI

Michèle D. Pierre-Louis exige du Parlement les documents relatifs à son interpellation

Le Premier ministre haïtien écrit au Parlement pour exiger l’envoi de documents relatifs à son interpellation par les sénateurs de Lespwa. Elle réclame, entre autres, le procès-verbal de la séance ayant débouché sur son interpellation et la liste des thèmes sur lesquelles se portent les questions qu’on lui adressera.

Refus du bureau du Sénat

Le président du Sénat, Kelly Bastien, répond aussitôt à la lettre du Premier ministre en lui annonçant que le bureau du Sénat de la République oppose une fin de non recevoir à sa requête. Il lui rappelle que les séances au Sénat sont publiques et que, de ce fait, il n’y a pas lieu pour le Grand corps de lui envoyer copie d’un quelconque procès-verbal, ni de lui soumettre préalablement un questionnaire relatif aux dossiers qui seront abordés lors de l’interpellation. Le bureau du Sénat réinvite cependant avec insistance le chef du gouvernement à se présenter le lendemain à la séance d’interpellation autour de sa gestion. Sinon, sous entend le courrier, la majorité des sénateurs de la plate forme présidentielle Lespwa et leurs alliés, pourraient bien adopter une motion de censure, équivalant, selon la Constitution haïtienne de 1987 en vigueur, au renvoi pur et simple du Premier ministre.

La communauté internationale affiche ses réticences

La communauté internationale et plusieurs leaders nationaux se prononcent contre l’initiative de Lespwa, tandis que Joseph Lambert, l’une des figures emblématiques du parti présidentiel, jure de démissionner si le Premier ministre ne tombe pas le lendemain.

JEUDI

Michèle Pierre Louis ne se présente pas au Sénat pour son « interpellation »

Le Premier ministre a tranché. Elle ne se présente pas au Sénat pour répondre de sa gestion des affaires de l’Etat. Dans une ambiance houleuse, le président du Sénat, Kelly Bastien, explique que Michèle Pierre-Louis lui a fait parvenir un courrier dans lequel elle prétend que les motifs d’interpellation avancés par ses interpellateurs sont vagues, à savoir « l’incohérence et l’inefficacité de sa politique générale » . Elle y évoque également le fait que l’issue de cette convocation est déjà connue et que les sénateurs ont décidé à l’avance du verdict réservé à l’équipe gouvernementale.

Le Sénat destitue le Premier ministre

Le Sénat haïtien vote, sans surprise, une motion de censure contre Michèle Pierre- Louis, par 18 voix contre une abstention, lors d’une séance de plus de 10 heures.

Tout au long des débats, très agités, cinq sénateurs ont cherché à dissuader leurs collègues de renverser le gouvernement afin « d’éviter de plonger le pays dans une nouvelle crise politique » .

« Cette séance est illégale et inconstitutionnelle », a notamment soutenu en vain le sénateur Youri Latortue, appuyé par quelques parlementaires de l’opposition. « Deux camps politiques se sont affrontés tout au long des débats, la majorité a eu raison, le vote est parfaitement légal », a rétorqué le président du Sénat.

En fait, il est évident cette nuit-là que les sénateurs de Lespwa veulent à tout prix renvoyer Michèle Pierre-Louis, probablement sur consigne du chef de l’Etat en personne. Un sénateur révèle en effet dans les couloirs qu’un grave différend empoisonne les relations de René Préval avec le chef de la primature. Une autre preuve, s’il en était besoin, confirme cette thèse : le principal motif de l’interpellation, à savoir l’utilisation des 190 millions décaissés dans le cadre du plan d’urgence, est totalement absent des débats. Les raisons du renvoi de Mme Pierre-Louis trouvent donc leur source dans la politique. « Surtout dans la politique » , avancent certains observateurs.

Le coup d’éclat du ministre de l’Éducation Joël Desrosiers-Jean-Pierre révoque 5 000 professeurs auxquels le gouvernement devrait trois ans de travail. L’association des professeurs de la zone métropolitaine croit déceler une manoeuvre du ministre du gouvernement Pierre-Louis, censuré par les sénateurs.

VENDREDI

Michèle Pierre-Louis remet sa démission, Jean Max Bellerive est désigné Premier ministre.

Un conseil des ministres se tient au Palais national en l’absence du Premier ministre Michèle Pierre-Louis qui a remis sa démission le matin même au chef de l’Etat, René Préval. Quelques heures plus tard, le président René Préval confirme la désignation du ministre du Plan, Jean Max Bellerive, comme son successeur. Le Sénat devrait se réunir ce début de semaine pour la ratification et tout le processus devrait s’achever avant le 18 novembre prochain.

Sources AlterPresse & Le Matin (Jean Pharès Jérôme) & Agence France-Presse & Le Nouvelliste (Dieudonné Joachim) & Meelodie FM
[1] www.martinique.franceantilles.fr
 

 


 
Haïti menacé d'instabilité politique après la destitution du premier ministre

LE MONDE | 31.10.09 |
Saint-Domingue, Correspondant


La destitution, vendredi 30 octobre, du premier ministre d'Haïti, Michèle Pierre-Louis, a fait ressurgir le spectre de l'instabilité politique dans ce pays, le plus pauvre des Amériques. Dix-huit sénateurs (sur un total de 29), appartenant pour la plupart au parti présidentiel, L'Espoir, ont voté une motion de censure contre le gouvernement de Mme Pierre-Louis. Le chef de l'Etat, le président René Préval, a désigné quelques heures plus tard le ministre de la planification du gouvernement sortant, Jean-Max Bellerive, pour être le prochain chef du gouvernement.

Les sénateurs ont accusé le gouvernement de Mme Pierre-Louis de n'avoir pas répondu aux attentes de la population. Le sénateur Joseph Lambert a qualifié la gestion gouvernementale de "catastrophique", évoquant "une situation d'insécurité grave et le drame de la faim".

Ce sont les sénateurs de l'opposition qui ont défendu Mme Pierre-Louis, mettant en garde contre "le risque d'une nouvelle crise politique". L'un d'eux, Youri Latortue, a jugé le vote "inconstitutionnel". Il a appelé le premier ministre à ignorer la motion de censure et à rester en fonctions.

A la suite d'émeutes de la faim au printemps 2008, le premier ministre de l'époque, Jacques-Edouard Alexis, avait été renversé par une motion de censure. Il avait fallu près de six mois de marchandages pour nommer sa remplaçante, Michèle Pierre-Louis. Le vide du pouvoir avait paralysé la coopération internationale. La Mission des Nations unies en Haïti (Minustah ; 9 000 casques bleus) a salué le travail de Mme Pierre-Louis. La Mission, dont le mandat a été renouvelé pour un an à la mi-octobre, a alerté sur l'instabilité qui mettrait en péril "les perspectives prometteuses en matière d'investissements et de création d'emplois".

LA CONFIANCE RÉTABLIE

Début octobre, l'ancien président des Etats-Unis Bill Clinton avait rassemblé plusieurs centaines d'investisseurs étrangers en Haïti. Emissaire spécial des Nations unies pour Haïti, il avait évoqué "un grand moment d'opportunité" grâce à la stabilité retrouvée.

Le premier ministre sortant, Michèle Pierre Louis, une économiste de 62 ans, a longtemps dirigé Fokal, une fondation (financée par la fondation de George Soros) qui a multiplié les programmes sociaux.

Plusieurs diplomates avaient exprimé leur préoccupation avant le vote contre Mme Pierre-Louis, qui avait gagné la confiance des bailleurs de fonds. La secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, avait même téléphoné au président Préval pour renouveler le soutien des Etats-Unis à Michèle Pierre-Louis, selon le Miami Herald. Plusieurs sénateurs réputés proches du chef de l'Etat ont mis en cause la gestion d'un fonds d'urgence de 197 millions de dollars accordés par le gouvernement vénézuélien dans le cadre du programme Petrocaribe après les dévastations provoquées par quatre ouragans en 2008.

"Si je dois sortir, je sortirai la tête haute", affirmait Michèle Pierre-Louis dans un message radiodiffusé, deux jours avant le vote de censure du Sénat. Cette femme réputée intègre a réclamé "trois audits croisés pour faire la lumière sur ce programme d'urgence".

Jean-Michel Caroit


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