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Un grand seigneur et ses esclaves

30/09/2009



Monsieur Jean-Louis Donnadieu, professeur agrégé d’histoire et géographie au lycée d'Auch, a soutenu le 4 novembre 2006 à l’université de Pau et des Pays de l’Adour une thèse de doctorat d’histoire intitulée "Entre Gascogne et Saint-Domingue : Louis-Pantaléon, comte de Noé, grand propriétaire créole et aristocrate gascon (1728-1816)"sous la direction de messieurs Adrian Blazquez et Jacques de Cauna.


La thèse autorisée à diffusion, vient de paraître (septembre 2009), sous le titre :
Un grand seigneur et ses esclaves
le comte de Noé entre Antilles et Gascogne
(1728-1816)
Donnadieu, Jean-Louis


Cette thèse est une biographie de Louis-Pantaléon, comte de Noé, grand propriétaire créole de Saint-Domingue au XVIIIème siècle. D’une famille gasconne, il est né dans la société coloniale de Saint-Domingue. Il mène une carrière militaire honorable de grand noble avant de revenir à Saint-Domingue de 1769 à 1775 remettre de l’ordre dans ses habitations. Rentré en France, il se marie et connaît une vie de châtelain à l’Isle de Noé, actuellement dans le Gers, jusqu’à la Révolution. Les biens à Saint-Domingue de ce grand propriétaire absentéiste sont gérés par différents procureurs (Bayon de Libertat, Laheuse, Duménil). Des documents des archives publiques ou exhumés d’archives privées permettent d’en suivre l’évolution, notamment pour l’habitation Bréda sur les Hauts du Cap. La grande habitation des Manquets à L’Acul du Nord, est l’une des premières, sinon la première, touchées par la révolte des esclaves en 1791 dans le nord de Saint-Domingue. Le comte de Noé a aussi connu d’anciens esclaves qui, devenus libres, eurent de l’influence au sein de leur groupe de « libres de couleur », tel Blaise Bréda ou Toussaint Bréda, le futur général de division Toussaint-Louverture.

Elu député de Saint-Domingue en 1789 sans pouvoir siéger, les préoccupations du ci-devant comte de Noé sont celles d’un grand propriétaire dont tout l’univers vacille. En 1791, il émigre à Coblence, en pays rhénan, puis en Angleterre tout en essayant de toucher le revenu de ses habitations de Saint-Domingue. Lassé, amnistié en 1802, il finit par rentrer en France, devient conseiller général des Hautes-Pyrénées puis, après la vente du château de l’Isle de Noé, il réside dans le Sud-Ouest et à Paris. Nommé Pair de France en 1815, il décède l’année suivante.

De tout cela perdure aussi le souvenir de liens surprenants entre le comte et le général de division Toussaint-Louverture, son ancien esclave qui, semble-t-il, a secouru son ancien maître réfugié en Angleterre. La correspondance exhumée entre le comte de Noé et Bayon de Libertat révèle des similitudes de comportement troublantes entre ce dernier et ce général qui montrent combien ils ont été proches.
Ce travail éminent, faisant l’objet d’un rapport de thèse particulièrement accessible et agréable à lire, sera une source incontournable pour ceux qui à l’avenir se pencheront sur la colonie de Saint-Domingue, les personnalités du comte de Noé, de Bayon de Libertat ou du général de division Toussaint-Louverture.


Presses universitaires du Mirail-Toulouse ,
Toulouse, collection Tempus
Parution : septembre 2009

Source : Généalogie et Histoire de la Caraïbe numéro 198 : décembre 2006 page 5045



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