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Un autre modèle pour le prix du lait.

29/09/2009



La Libre Belgique, le 22 septembre 2009

Un autre modèle pour le prix du lait.


Production et distribution locales élèvent la marge des agriculteurs. Haïti le prouve.
Le lait produit et distribué dans une zone géographique réduite rapporte davantage aux éleveurs. C’est ce que démontre le modèle développé, en Haïti, avec l’aide de l’ONG Veterimed. Là-bas, les éleveurs sont partis de zéro, voici une dizaine d’années. Jusqu’alors, ce pays importait quasiment tout le lait consommé sur son territoire.

Tout a changé depuis le lancement de l’opération "Lèt Agogo". Comme l’explique François-Frantz Cadet, qui gère la commission Veterimed au collectif Haïti de France : "Veterimed, créé par le vétérinaire Michel Chancy, a d’abord fait en sorte de donner aux paysans haïtiens le capital nécessaire à l’acquisition de vaches. La deuxième phase de l’opération, baptisée Lèt Agogo, consistait à installer des microlaiteries un peu partout afin d’acheter le lait des producteurs, de le stériliser, de le transformer et de le vendre."
Actuellement, il existe une soixantaine de microlaiteries sur le territoire d’Haïti. Le principal acheteur de la production est le gouvernement haïtien qui le distribue aux enfants scolarisés. Le lait est donc livré dans les écoles, au niveau local, par les microlaiteries.

L’intérêt de ce modèle est que "les achats de lait représentent environ 40 % du coût du produit final" , comme l’explique Veterimed. En d’autres termes, "sur chaque dollar de yaourt ou de lait stérilisé vendu par Lèt Agogo, 40 cents vont directement aux agriculteurs". En Europe, le lait est actuellement acheté à environ 20 cents par litre aux fermiers et son prix de vente est d’à peu près 85 cents en grande surface. L’achat de lait aux éleveurs représente donc moins de 25 % du prix au consommateur. La différence par rapport aux 40 % haïtiens est sensible.

"Je ne sais pas si c’est comparable, les situations ne sont pas les mêmes , tempère François-Frantz Cadet. Mais, en Haïti, on essaie de créer des microlaiteries au lieu de transporter le lait d’une région à une autre. Même en Europe, limiter les transports constituerait une solution, comme dans les pays en difficulté. Pour améliorer la rétribution des éleveurs européens, une des solutions serait de réduire le nombre de transports et de faire en sorte que les produits laitiers soient des produits consommés sur place."

Ce modèle a aussi l’avantage de répondre aux préoccupations écologiques, puisque la consommation de carburant diminuerait. Mais cela remettrait radicalement en question la politique de la commission européenne, focalisée sur la libre circulation des biens et services. "Mais ce sont les concentrations (regroupement de plusieurs laiteries ou de plusieurs exploitations agricoles pour arriver à des sociétés de grande taille, NdlR) qui ont entraîné les problèmes actuels , souligne François-Frantz Cadet. Ces concentrations se sont imposées au point de vue financier parce que les propriétaires du capital demandent toujours plus de rémunération, même s’il existe des difficultés chez le producteur pour couvrir ses frais de production. Ce que réclament les paysans actuellement, c’est au moins un geste des investisseurs."

Cet ancien enseignant agricole comprend ce qui conduit les agriculteurs à jeter leur lait. "Ça doit être insupportable pour les Haïtiens de voir ces images, mais je sais que les éleveurs se retrouvent dans une situation difficile. Ils essaient de résoudre le problème autrement. C’est très spectaculaire et ça dérange beaucoup notre conscience. Mais, même en apportant le lait aux pays en difficulté, on n’assure pas leur survie alimentaire. C’est au pays d’assurer la propre production." Une autre raison de privilégier la production et la distribution au niveau local.

Par Philipe Galloy



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