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L’Université d’Etat d’Haiti à la croisée des chemins (II)

29/09/2009

L’Université d’Etat d’Haiti à la croisée des chemins (II)

Par Fritz Deshommes
 
Insoutenables comparaisons

Aujourd’hui en 2009, le budget alloué à l’UEH est moins élevé en valeur relative que celui de 2003 dont on se plaignait déjà pour son insignifiance. L’actuel premier ministre, elle-même, n’hésitait pas à témoigner en 2003 du  «  manque, et dans certain cas, l’insignifiance des ressources accordées par l’État au budget de l’Université d’État d’Haïti (UEH) ».4

Pourtant, sous son gouvernement,5 le montant inscrit par l’Exécutif dans le projet de budget 2008-2009 pour l’UEH sera, même en valeur absolue, plus réduit que sous son prédécesseur. Même si le budget global de l’État est en nette augmentation.

Pour bien comprendre la situation, l’évocation de données chiffrées et la comparaison avec le reste du monde sera plus qu’éloquente.

Le budget insignifiant de l’UEH

Sur le plan des dépenses publiques, l’UEH, et par extension l’enseignement supérieur public haïtien, ne soutient la comparaison avec aucun groupe de pays dans le monde, si l’on considère la part qui lui est allouée dans :

-      le budget national ;
-      les dépenses publiques totales d’éducation ;
-      Le produit intérieur brut.6

En considérant les budgets nationaux d’enseignement supérieur en pourcentage du budget de l’État, la part de l’UEH dépassait à peine 0,5 % en 2008 alors que la moyenne mondiale était de 3,2 %. Certes d’une région à l’autre, les poids respectifs variaient : 4,2 % dans les régions les plus développées ; 1,8 % dans les régions les moins développées d’Asie. Mais même ces dernières dépassaient Haïti (l’UEH) de plus de 300 % en valeur relative.

La même situation se présente lorsqu’on compare le budget de l’enseignement supérieur à celui de l’éducation en général. Les crédits alloués à l’UEH représentent 5,18 % de celui alloué au Ministère de l’Éducation Nationale, insignifiants par rapport à la moyenne mondiale qui dépasse 20 % et largement inferieurs à la moyenne des régions les moins bien loties, lesquelles consacrent plus de 14 % de leurs dépenses d’éducation à l’enseignement supérieur. Il est significatif de noter que dans les régions les moins développées d’Amérique Latine, ce pourcentage dépasse 25 %. On prendra toute la mesure de ces données lorsqu’on se rappelle qu’Haïti est l’un des rares pays au monde où l’État assure moins de 1/5 de la couverture scolaire primaire et secondaire.

Par rapport au PIB, les montants alloués à l’UEH n’atteignent pas 0,2 %. La moyenne mondiale est de 1,6 %. Celle de l’Amérique latine est de 1,1 %. Même les régions qui accusent les taux les plus faibles sont à 0,7 %, soit plus quatre fois les indicateurs de l’UEH.

Qui pis est, la part de l’UEH baisse régulièrement au niveau de tous ces indicateurs. En 2003, l’UEH recevait 1.8 % du budget national. Aujourd’hui en 2009, sa part dépasse à peine 0.5 %.

Le budget de l’UEH rapporté au PIB est passé de 0.21 % en 2003 à 0,17 % en 2008. Faut-il rappeler que déjà en 2003, c’était l’indigence, comme le reconnait la note de la FOKAL susmentionnée.

On pourrait toujours faire remarquer que l’UEH ne constitue pas la seule institution publique haïtienne d’enseignement supérieur et que les chiffres susmentionnés gagneraient en précision si l’on y ajoutait les montants alloués à ces autres institutions. Il y a par exemple le CTPEA, les Écoles d’Infirmières, l’ENAF, les Universités publiques etc.… Il importe de noter que :

-     En dépit de tout, l’UEH demeure de loin la principale université nationale et le plus important établissement d’enseignement supérieur public de la République, notamment en termes de couverture géographique, de nombres d’étudiants, de nombre de professeurs, de grades offerts, de disciplines couvertes ;

-     La plupart des autres centres d’enseignement supérieur public sont affiliés à l’UEH dont le Recteur signe les diplômes. L’UEH détient donc un droit de regard académique sur eux. C’est le cas notamment du CTPEA, des Écoles d’Infirmières. Quant à l’ENAF (2e formule) et aux universités publiques, elles sont de création très récentes. D’ailleurs le statut de ces universités publiques n’est pas encore très clair. Elles sont souvent perçues comme étant des modalités de contournement de l’UEH et comme devant intégrer le patrimoine de l’UEH. Ainsi il n’est pas déraisonnable de considérer l’UEH comme constituant l’essentiel de l’enseignement supérieur public haïtien.

Coût par étudiant, professeurs à plein temps et faiblesses de la recherche

D’autres indicateurs financiers sont également significatifs de l’état de délabrement de l’UEH :

 

-     Le coût total annuel moyen par étudiant. À l’UEH, chaque étudiant coute 401 USD dollars en moyenne. Ce montant est loin des 4610 USD dollars qui représentent le coût moyen par étudiant au niveau mondial. Ce coût varie de 11390 dans les régions les plus développées à 750 dollars dans les pays en transition.

-     Les dépenses publiques courantes par étudiant. La moyenne mondiale est de 4101 USD dollars alors qu’elle est de 401 USD dollars en 2008 à l’UEH. Elle est de 3284 à Cuba, 2285 en Tanzanie.

L’un des indicateurs les plus significatifs de la valeur d’une université est le pourcentage d’enseignants à plein temps, c’est-à-dire, de cadres dédiés à l’institution et disponibles pour la formation, pour la recherche, pour les services à la communauté, pour le rayonnement institutionnel. La norme est de 80 % au niveau mondial, presqu’équitablement répartie entre les régions, quel que soit leur niveau : 90 % pour les régions les moins développées d’Afrique, 75 % pour les régions les plus développées. L’Amérique s’en sort honorablement avec 65 %. L’UEH ? Seulement 10 % de ses enseignants sont à plein temps.

On ne doit pas s’étonner des déficiences administratives, des difficultés d’intégration dans la société, des faiblesses de la recherche.

La recherche ? Avec ce pourcentage de professeurs à plein temps, il n’est même pas nécessaire de chercher à déterminer la part de ceux qui peuvent se prévaloir du statut d’enseignants-chercheurs, ni parmi ces derniers, ceux qui consacrent plus de 50 % de leur temps à la recherche. D’ailleurs les ressources disponibles à l’UEH pour la recherche sont dérisoires : moins de 2 % de son maigre budget. Et dire qu’il y a des pays où l’Université se positionne par rapport aux dépenses nationales consacrées à la Recherche-Développement (plus de 30 % à Cuba, en Tanzanie, en Lituanie, en Estonie).

Il importe de rappeler par ailleurs que pour un très grand nombre d’universités, les activités de recherche constituent des opportunités de financement. L’étude sur les grandes tendances de l’enseignement supérieur montre qu’en 2001 dans des pays comme l’Australie, l’Islande, la France, la Mongolie, la Norvège, la Suède, la Suisse, la Tchéquie, la contribution moyenne des activités de recherche en pourcentage du budget total des universités dépasse les 2 0% ; en Argentine, en Estonie, aux Philippines, elle se situe entre 10 et 20 %.

Certaines entités de l’UEH ont entrepris des initiatives en ce sens qui auraient pu porter de meilleurs fruits si certains besoins de base étaient satisfaits (disponibilités d’enseignants-chercheurs qualifiés, d’infrastructures de recherche adéquats, etc.).

On comprend alors mieux pourquoi l’Institution est toujours criblée de dettes, y compris des dettes de salaires, n’arrive pas à attirer les meilleures compétences, trime durement pour exécuter le plus insignifiant de ses projets, connait les incertitudes les plus graves dans son fonctionnement le plus élémentaire, …

De l’indigence aux crises récurrentes

Dans cette perspective, les crises récurrentes que l’on observe dans certaines facultés s’expliquent parfaitement. L’indigence des ressources humaines, matérielles, didactiques disponibles, le faible encadrement offert aux étudiants dans le domaine de la formation, de la recherche, de l’orientation académique, éthique et morale se retrouvent dans la plupart des revendications, des critiques exprimées à l’ endroit des autorités universitaires. La Faculté d’Ethnologie constitue l’exemple le plus éloquent à cet égard. Mais on pourrait citer également la Faculté de Linguistique Appliquée, l’IERAH, la Faculté de Médecine et de Pharmacie, l’École Normale Supérieure, etc.…

L’ENS ? On ne saurait passer sous silence la récente crise y relative, qui a paralysé le Rectorat pendant trois semaines, occasionné des manques-à-gagner pour toute l’Université et réduit ses capacités. Même si certains acteurs de l’ombre et commanditaires commencent à se faire connaitre il est encore trop tôt pour en déterminer les vraies motivations, tenants et aboutissants.

Car comment comprendre que, sur la base de prémisses totalement erronées,7 le mouvement a pu prendre une telle ampleur, déchainé tant de passions, interpellé des personnalités de premier rang dont des sénateurs, députés, responsables politiques, y compris le Premier Ministre, des syndicalistes, des activistes, etc., induit tant de violences, d’insultes, de menaces, d’intimidations ?

Comment interpréter le fait que l’un des rares programmes de coopération internationale et interuniversitaire qui puisse être considéré comme un modèle du genre, pour la nature des relations institutionnelles et personnelles qui s’y contractent, pour son effectivité, sa transparence, son niveau élevé d’ « horizontalité », se rapportant à un pays qui n’a pas beaucoup d’intérêt économique et politique direct en Haïti, soit justement celui qui se trouve sur la sellette alors  que la grande majorité des autres, y compris ceux impliquant l’ENS elle-même, y compris ceux relatifs à d’autres champs, gagneraient à s’inspirer de la coopération universitaire avec la Belgique s’ils veulent se rapprocher des principes de la Déclaration de Paris sur l’aide internationale, notamment en matière de respect de la souveraineté nationale, d’appropriation par l’État receveur, de maitrise des objectifs, des processus et des résultats ?

Pourquoi cette crise, apparemment artificielle et sans fondement avoué, éclate au moment même où l’UEH, après un long temps d’incompréhension et de mise au rancart, commençait à remonter graduellement la pente, à attirer des partenaires, au point que le Président du Senat, deuxième ou troisième personnage de la République, indiquait le renforcement des capacités de l’UEH comme devant être l’une des priorités du budget 2008-2009 ? Point n’est besoin de dire que, dans la foulée de cette crise, le budget, finalement voté en avril 2009, alloue à l’UEH un montant encore inférieur (435 millions de gourdes) à celui initialement soumis par l’Exécutif en décembre 2009 (452 millions de gourdes) et dont les députés de la Commission des Finances confessaient l’insignifiance. Notons que dans son projet de budget, l’UEH avait demandé une enveloppe de 1.2 milliards de gourdes (fonctionnement + investissement).

En attendant de connaitre les véritables ressorts de cette dernière crise, il importe de noter qu’elle n’aurait pas été possible, du moins dans la forme et l’ampleur qu’elle a connues, si l’ENS et l’UEH étaient mieux pourvus en ressources, si l’encadrement des jeunes était mieux assuré, si le sentiment de précarité de ces derniers n’était pas aussi prononcé aux points de vue de la disponibilité des enseignants, de l’adéquation du cadre administratif, de la prise en charge académique, de la disponibilité de matériel didactique et d’infrastructures de recherche, de leur sécurité académique et professionnelle, …

Cela dit, la faiblesse des ressources de l’UEH ne constitue pas la seule cause des crises qui s’y produisent. Il importe de reconnaitre toutefois que, même lorsqu’elle n’est pas en première position, elle les aggrave le plus souvent.

L’État contre l’État

Plus préoccupante encore, c’est l’attitude des Pouvoirs Publics lorsque se présentent des opportunités qui pourraient permettre à l’UEH de se relever et d’atteindre progressivement à un niveau de fonctionnement « normal ». On a trop souvent l’impression d’une volonté systématique ou spontanée de contourner l’UEH. Comme si les racines ou les séquelles de l’hostilité vis-à-vis de la plus grande université nationale sont profondes et les hypothèques grevant les relations entre l’État et son université demeurent vivaces au delà des hommes, au delà des individus, au delà du temps.

Par exemple, la demande d’éducation supérieure explose à Port-au-Prince et en province.  Des milliers de jeunes partent en République Dominicaine et ailleurs. D’autres, désœuvrés, sont prêts à toutes les aventures. L’État estime qu’il faut «faire quelque chose». Va-t-il s’adresser à l’UEH qui est l’institution créée à cet effet, consacrée par la Constitution et qui dispose déjà de structures en province? Va-t-on pour des raisons d’économie et d’efficience, en profiter pour renforcer les structures existantes et parvenir au but plus vite et mieux. Non surtout pas. Il faut contourner, ignorer l’UEH. On créera de toutes pièces des « Universités Publiques ». Au risque d’offrir l’image de l’État concurrençant l’État. Au risque de devoir réaliser des contorsions légales pour trouver la formule « convenable » permettant de les financer. Au risque de faire une interprétation courte des prescrits constitutionnels. Au risque de gaspiller les maigres ressources d’un État toujours prêt à tendre sa sébile à l’étranger. Au risque de créer des coquilles vides.8

On fera même appel à des Universités privées pour « encadrer » ces « universités publiques ».

Même si la Constitution de la République fait obligation à l’État de financer le fonctionnement et le développement de l’UEH et prescrit que son organisation et sa localisation devaient être envisagées dans une politique de développement régional.

Contourner l’UEH

La Réforme de l’Éducation ? Un des projets phares de tous les gouvernements depuis 1993. L’un des rares dans lesquels se sont reconnus tous les ministres de l’Éducation Nationale depuis. Pas une fois l’UEH ne sera interpellée pour apporter sa participation à la conception de curricula, à l’élaboration de manuels, la mise en place de matériels didactiques, l’orientation de la formation. Pendant que la réforme patine et que le niveau d’éducation baisse inexorablement.

Faute de moyens, serait-on tenté de croire ? Que non !  L’aide étrangère a toujours été présente dans ce domaine. Seulement, on préférera s’en remettre à des consultants privés ou à des experts étrangers. Vaut mieux alors éviter l’institutionnel, le renforcement de l’État, l’inscription dans la durée.

Pis encore, la mise en place du nouveau secondaire nécessite des travaux préparatoires qui relèvent de la compétence intrinsèque de l’École Normale Supérieure, chargée par la loi de « préparer des professeurs qualifiés pour l’enseignement des Lettres et des Sciences au niveau secondaire ». L’ENS est également « un centre de recherche et de recyclage pour les professeurs de l’Enseignement secondaire », précise la même loi dont les considérants rappellent que :

-     « la formation professionnelle des étudiants qui se destinent au professorat nécessite une orientation appropriée » ;

-     « la Recherche peut contribuer à une meilleure adaptation de l’enseignement et des programmes d’études aux exigences du développement économique et social ».9

N’est-ce pas là l’occasion rêvée pour permettre à l’ENS de remplir un volet de sa mission, souvent ignorée, faute de ressources, faute également de projets ? Sans compter que le travail coûterait moins cher, se prévaudrait d’un meilleur ancrage et d’une plus grande efficacité.

Là encore on préférera utiliser les services des firmes ou des consultants privés, ou d’étrangers, recrutés sur la base de critères pas toujours très clairs.

Autre exemple : Haïti a été élue membre du Conseil d’Administration de IESALC, l’antenne latino-américaine de l’UNESCO pour les questions d’enseignement supérieur. Un honneur pour le pays et une opportunité pour l’enseignement supérieur national. Savez-vous qui a été désigné pour représenter notre pays au sein de cette prestigieuse institution ? Un représentant de la plus grande université du pays ? Un universitaire de haut calibre lié à l’Université d’État ? Le choix de l’État s’est porté sur personne d’autre que le Recteur d’une Université privée. La bourde prend encore plus d’ampleur lorsqu’on rappelle que l’UNESCO est un organisme intergouvernemental où siègent les représentants des gouvernements et que par ailleurs dans le débat sur la nature de l’enseignement supérieur et ses modalités d’administration, l’organisme ne cesse de mettre l’accent sur le caractère de bien public de l’enseignement, à tous les niveaux.

On pourrait citer mille autres histoires et anecdotes tout aussi incroyables. Par exemple, celle des 26 millions de dollars de la Fondation Clinton destinés à l’érection d’un campus pour l’UEH. Un grand dilemme. Comment décaisser l’argent sans passer par l’UEH ? Comment au moins se montrer intéressé tout en évitant l’UEH ? Elémentaire, mon cher Watson ! On appelle un architecte. Peu importe qu’il ne sache rien de l’UEH, de sa structure, de ses composantes. Peu importe qu’il n’ait aucune idée de l’espace déjà réservé à cet effet, le campus de Damiens. Une maquette sera vite concoctée, avec la dénomination « Campus de l’UEH ». Elle comporte des facultés, des départements, des distributions d’espace où l’UEH se reconnaitra avec peine.

Vous ne me croyez pas ? Cette maquette a été présentée au Recteur de l’UEH par la Commission Présidentielle pour l’Éducation, de son nom, le Groupe de Travail sur l’Éducation et la Formation.

Qu’en est-il alors des 26 millions ? Il ne semble pas qu’ils aient été décaissés. Mais il serait intéressant d’en savoir plus.

Culpabiliser l’UEH et l’État

D’autres histoires ? On pourrait vous conter celle de l’Université de Tabarre qui se résume très simplement en ce détournement de fonds publics destinés à l’UEH vers une université privée possédée par le chef de l’État d’alors.

Ou celle de tel ministre, se targuant de son intervention heureuse en faveur de telle université américaine ou européenne en mission de recherche dans nos grottes ou sur notre faune, se prévalant ainsi d’impeccables lettres de créances académiques et se félicitant des trouvailles extraordinaires de cette université, en oubliant complètement qu’il existe une université d’État, dont le rôle est notamment de protéger les intérêts de l’État et de la nation dans ces situations et qui devrait être mise en mesure de remplir sa mission, quitte à s’associer le cas échéant à cette université étrangère

On pourrait vous conter également l’histoire, récente, de la résidence hospitalière dont le système national se retrouve profondément déstructuré, déstabilisé, depuis que de puissants intérêts privés se sont mis de la partie, tout en se réclamant du bien commun, au point d’en arriver à culpabiliser l’État et l’UEH sur des points où l’imprévoyance des uns, l’esprit de lucre des autres, l’irresponsabilité de plusieurs devraient être mis en exergue et sanctionnés. L’excellent ouvrage du Dr Simphar Bontemps, ancien doyen de la Faculté de Médecine de l’Université Notre-Dame, ancien directeur de l’Hôpital St-François de Sales, En soulevant un coin du voile,10 renseigne amplement sur l’exacte nature du problème.

Le plus curieux c’est que, en aucun cas, ne sera interpellé le secteur privé des affaires ou l’élite économique en général qui, en dépit de sa capacité à perdre allègrement 200 millions de dollars dans l’affaire de la Stanford Bank,11 ne sent aucune nécessité de se doter d’un hôpital digne de ce nom, ne serait-ce que pour ses propres besoins, qui pourrait tenir lieu également de centre hospitalo-universitaire, ni d’une bonne université privée, capable de former ses enfants, ses cadres, de l’appuyer dans ses activités de recherche-développement. Il est plus facile de s’en prendre à l’État, de le parasiter. Et de continuer impunément à gaspiller ses revenus dans des dépenses improductives ou des placements risqués.

De tout ce qui précède, il s’ensuit que :

-     Immenses sont les lacunes de l’UEH qui, par rapport aux standards mondiaux et même en se référant aux pays et régions de sa catégorie, souffre douloureusement de la comparaison;

-     Les efforts déployés par ses dirigeants pour mettre en place de nouveaux programmes tant en termes de grades que de filières offertes, pour augmenter la capacité d’accueil, pour renforcer et valoriser la recherche, pour améliorer son niveau d’excellence académique, pour améliorer la qualité des infrastructures, pour se rapprocher de la population et de ses problèmes fondamentaux se heurtent le plus souvent à l’indifférence des responsables de l’État dont le niveau des allocations budgétaires à elles consacrées est un indicateur éloquent;

-     Plus que de l’indifférence, l’attitude des responsables de l’État inspire de sérieux questionnements si l’on se réfère aux nombreuses opportunités taillées sur mesure pour l’UEH mais détournées par eux au profit d’entités et de personnes privées, sans aucun souci du respect des prescrits constitutionnels, de la logique élémentaire, de l’efficacité et de l’efficience.

Notes

1 À cette rencontre le Conseil Exécutif était représenté par : Pierre Paquiot, Recteur ; Wilson Laleau, Vice-recteur aux Affaires Académiques ; Fritz Deshommes, Vice-recteur à la Recherche

3 « Lettre ouverte aux enseignants de la FMP responsive à celle du Dr Gelin Gédéon », du Dr Rodolphe Malebranche en date du 2 mai 2009. Voir Le Nouvelliste du

4 Voir Note de Presse de la FOKAL à l’occasion des évènements du 5 Décembre 2003.

6 Les données publiées ci-après sont tirées :

-     Du document intitulé « Les grandes tendances dans l’enseignement supérieur (1998-2001) », Paris 2003, commandité par l’UNESCO et présenté lors de la « Réunion des Partenaires de l’enseignement supérieur » tenue à Paris du 23 au 25 juin 2003 ;

-     Des différents budgets de la République d’Haïti, de 2001 à 2009, disponibles sur le site du MEF.

Les données relatives aux autres pays et régions du monde (hors Haïti) datent de 2001.

7 Lettre-Circulaire du Conseil Exécutif de l’UEH en date du 16 février 2009 sur les principes et le fonctionnement des programmes inter facultaires en sciences de base.

8 Le Recteur de l’Université Quisqueya, Monsieur Jacky Lumarque, grand supporteur de l’initiative ne peut toutefois s’empêcher de reconnaitre : « Cette expérience a été, croyons-nous, lancée avec une certaine précipitation, se privant du bénéfice qui pourrait dériver d’une planification soigneuse pour développer le dispositif normatif de base et mettre en place de solides moyens académiques et administratifs » (Discours en date du 8juin 2008, in Le Nouvelliste du 10 juin 2008).

9 Décret du 9 octobre 1973 créant l’École Normale Supérieure en lieu et place de la Faculté des Lettres et de Pédagogie.

10 Dr Simphar Bontemps « En soulevant un coin du voile », Port-au-Prince, L’imprimeur II, 2006

11 Voir « Le Nouvelliste » du 22 Avril 2009  « Questions sur l’argent des Crésus grugés » (Frantz Duval).

 

Tire de: "Universite et Luttes Democratiques en Haiti", Editions de l 'Universite d'Etat d'Haiti, Mai 2009



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