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Agropresse

25/07/2008


FILIÈRES AGRICOLES PORTEUESES

La mangue, le circuit de l'exportation


Par Agropresse

Les exportations de mangues ont rapporté 7,93 millions de dollars à l'économie haïtienne en 2007, selon la Banque de la République d'Haïti. Les estimations de l'Association nationale des exportateurs de mangues (Anem) font état de 10 millions de dollars.

De par les devises qu'elle génère, la mangue arrive à détrôner le café et le cacao dans le commerce extérieur d'Haïti, alors que ces denrées ont longtemps été considérées comme deux des principaux produits d'exportations du pays.

Depuis un peu plus d'une dizaine d'années, il y a un nouveau dynamisme qui prend corps au niveau de l'industrie de la mangue haïtienne. Des entreprises se spécialisent dans le traitement de ce fruit pour alimenter le marché externe.

La Madame Francisque, une spécialité haïtienne

De toutes les variétés de mangues produites en Haïti, la Madame Francisque est la plus convoitée. Elle est aussi la principale variété nationale commercialisée à l'extérieur et conquiert les cœurs partout où elle passe. C'est un fruit charnu et dont la saveur spéciale ne laisse jamais indifférent.

D'autres pays, dont la République dominicaine, ont essayé de l'implanter chez eux dans l'espoir d'exploiter les débouchés qui s'offrent sur le marché international pour ce produit. Mais, ils n'ont pas réussi à produire une variété identique à celle venue d'Haïti et, par conséquent, la leur ne jouit pas de la même appréciation chez les consommateurs internationaux.

La saison régulière de mangues commence vers mars pour se terminer vers juillet. Durant cette période, les zones productrices de mangues et toute la chaîne de commercialisation connaissent un regain d'activités. Les camions font le va-et-vient entre les marchés ruraux et Port-au-Prince pour acheminer le précieux produit à la capitale. Dans les usines de traitement de mangues destinées à l'exportation, le mouvement est intense. C'est le tableau qui se présente à Agropak S.A, entreprise spécialisée dans le traitement de fruits et légumes destinés à l'exportation.

Créée en 1998, Agropak se trouve au cœur de la Plaine du Cul de Sac. Elle exporte annuellement environ 600 000 caisses de mangues, principalement vers le marché américain. Compte tenu de la diversité de ses partenaires, Agropak produit sous 5 labels différents : Agropak, La Niña, Belle Mango, Mango lakay et Organic.

Pour s'approvisionner en mangues, Apropak achète auprès des planteurs des principales zones productrices, dans les départements du Nord et du Centre, particulièrement à Gros-Morne, considérée comme un bastion de la mangue en Haïti.

L'entreprise utilise un système GPS pour faciliter la traçabilité du produit et ainsi satisfaire les exigences des partenaires et consommateurs internationaux, explique Réginald Paulémond, assistant manager à Agropak.

Un traitement en plusieurs étapes

Le processus de traitement de la mangue, habilitant le produit à franchir le seuil du marché international, comprend plusieurs étapes : l'inspection de la mangue, le débarquement, le lavage, la sélection, l'immersion, le rafraîchissement, l'emballage et la mise en chambre froide.

Une fois que la cargaison de mangues arrive à l'industrie, elle est soumise au contrôle minutieux de deux inspecteurs qui ont un bureau dans l'industrie : l'un du ministère américain de l'Agriculture (USDA) et l'autre du ministère haïtien de l'Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR). 2 % de la cargaison est prélevé pour analyse afin de vérifier que les mangues soient en état de poursuivre le processus de traitement dans l'industrie.

Puis, les mangues sont lavées dans une machine spécialisée, qui y ôte les saletés et impuretés acquises au moment de la cueillette et du transport.

Ensuite, elles subissent une première sélection qui permet d'arranger les bonnes mangues en différentes catégories, dépendamment du poids de la mangue. Pour passer cette étape, la mangue ne doit pas excéder 700 grammes, soit le poids standard. Celles qui dépassent ce seuil sont considérées comme des déchets et sont rangées dans la même catégorie que les mangues tâchées ou frappées. Ces dernières sont entreposées dans des cassiers spéciaux, pouvant contenir 100 douzaines de mangues. Les mangues non qualifiées pour l'exportation sont à leur tour vendues aux marchandes détaillantes de la place.

Les mangues sélectionnées sont immergées dans de l'eau chaude, portée à 70-80 degré Farenheit pendant 75 à 90 minutes, pour qu'elles soient débarrassées de toute saleté ou d'éventuel ver. « Toutes ces mesures sont obligatoires de manière à protéger l'investissement de l'industrie, car si les mangues arrivent aux États-Unis avec même une seule mangue infestée de ver, toute la cargaison sera retournée en Haïti, ceci au frais de l'entreprise haïtienne qui l'a exportée », précise Réginald Paulémond.

Après le traitement à l'eau chaude, les mangues sont refroidies dans de l'eau à température normale pendant 30 minutes. Après quoi, elles sont prêtes pour la mise en boite.

Dépendamment de la grosseur de la mangue, une caisse peut contenir entre 8 à 12 unités. Ces caisses sont arrangées dans des containers, d'une capacité de 216 caisses chacune.

Sur chaque caisse de mangues, il y a une fiche qui indique le numéro du fournisseur, la date du traitement de la mangue dans l'industrie et la plantation d'où le fruit est issu. Ces informations permettent de constituer la traçabilité de la mangue et de détecter au besoin, quel fournisseur qu'il va falloir bloquer, en cas d'infection de la mangue.

Après l'étape de l'emballage, les mangues sont mises dans une chambre froide de manière à baisser leur température avant de les mettre dans un container, prêt à être exporté. Le container peut contenir jusqu'à 4320 caisses.

L'année dernière, des pertes considérables ont été enregistrées dans l'industrie de la mangue haïtienne après l'interdiction des exportations aux États-Unis, à la suite de la découverte de larves vivantes de mouches de fruit dans un container de mangues destiné au marché américain. Les entreprises spécialisées dans le traitement de mangues sont très conscientisées autour de ce problème qui était survenu et adoptent toutes les mesures nécessaires pour éviter qu'il ne se reproduise.

261 000 tonnes métriques de mangues ont été produites en Haïti en 2005. Mais c'est un secteur qui peut faire encore beaucoup mieux compte tenu de toutes les potentialités qu'il regorge et considérant la demande croissante pour la mangue haïtienne sur le marché international. Avec une augmentation des plantations de mangues, l'amélioration des conditions de transport et le renforcement des capacités de transformation des entreprises et du système de commercialisation, beaucoup d'Haïtiens pourraient augmenter leurs revenus, grâce à cette filière. La mangue haïtienne pourrait également faire rentrer davantage de devises dans le pays pour réduire le déséquilibre de la balance commerciale de l'économie nationale.



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