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COE-H

21/11/2007


Certains membres de la CoE-H se sont concertés autour du Document de Stratégie de Réduction de la pauvreté (DSRP) d’Haiti. A ce but, ils ont  élaboré une lettre sur le processus consultatif et sur le manqué de participation d’un grand nombre d’acteurs de la société civile. Il s'agit d’un processus important car il définira le cadre de la coopération multilatérale d’ici aux prochains années et qui, sera suivi par tous les bailleurs internationaux présents en Haiti, y compris l’UE. Il semblait dès lors important que la CoE-H se positionne sur ce sujet.

Ce courrier a donc été adressé aux représentants de la BM, du gouvernement haïtien et de l’UE (en copie  pour information).

La CoeH souhaite  donc que les autorités haïtiennes et la Banque mondiale fassent un effort pour impliquer les ONG et d’autres organisations dans le processus de validation définitif.

Voir cette lettre ci-dessous:


Elaboration du Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté (DSRP) en Haïti et la participation limitée de la société civile


Bruxelles, le 12 novembre 2007

La Coordination Europe-Haïti (CoE-H) exprime ses inquiétudes devant la participation très limitée des organisations de la société civile dans l’élaboration du Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté d’Haïti (DSRP), et le processus peu transparent qui a amené à l’élaboration d’un DSRP final. Malgré le fait que le processus de consultation se soit étalé sur un an, qu’il ait enregistré des améliorations par rapport aux efforts antérieurs, surtout par rapport au manque de consultation qui avait accompagné la rédaction du Cadre de Coopération Intérimaire en 2004, ce processus n’a pourtant pas été satisfaisant.

Peu d’organisations de la société civile actives dans le développement régional et/ou national comme les organisations et plates-formes paysannes et les ONG haïtiennes, ont en réalité été invitées à participer au processus. Les quelques représentants d’organisations qui ont participé aux ateliers départementaux et aux conférences de validation du document, ont regretté qu’il y ait eu peu d’opportunités de discuter le contenu du document, que leurs recommandations aient été ignorées et en plus il n’était pas trop clair si c’était le gouvernement haïtien ou la Banque Mondiale à avoir le dernier mot dans le processus.

Une version du DSRP visant un cadre stratégique pour réduire la pauvreté dans le moyen terme avait été publiée en septembre 2006 et, d’une manière assez encourageante, le document disait que « une large consultation » avec « les organismes centraux de la société civile capables de mobiliser des membres dans tous les départements » serait « indispensable » dans le processus participatif envisagé pour transformer la version non définitive du DSRP en un document de stratégie final.

Toutefois, un an après la fin du lancement du processus, la CoE-H remarque qu’il est loin d’être large, et que peu d’organisations, voire presque aucune parmi les 50 organisations partenaires en Haiti, ont participé au processus. Cette situation est alarmante vu qu’une stratégie de réduction de la pauvreté, pour avoir une chance de réussir, doit être proche de tous ceux qui vivent dans des conditions de pauvreté et doit être élaborée par tous les acteurs qui travaillent à l’éradication de la pauvreté. En fait, une telle stratégie aura plus de chances de réussir si les personnes qui devraient en bénéficier s’en approprient et sont bien impliquées dans le processus.

La CoE-H salue l’effort des autorités haïtiennes pour élargir le processus de concertation et impliquer les nouveaux représentants départementaux élus, tels que maires et membres des assemblées communales (CASEC). Toutefois le processus d’implication d’un vaste nombre d’organisations de la société civile travaillant à la base semble avoir échoué. Malheureusement les autorités haïtiennes n’ont pas suivi scrupuleusement les positions clairement énoncées dans la version non définitive du DSRP du gouvernement :

« Dans chacun des départements, on retrouve généralement des ONG possédant suffisamment d’expérience et de compétence pour accompagner le processus participatif. Il est important de les utiliser à cet effet pendant la durée d’élaboration du DSRP ».
Et :

« Dans chacun des départements, on retrouve des associations ou groupements religieux ou laïcs possédant une très grande capacité de mobilisation volontaire. Il importe de mettre à profit cette capacité dans le sens de l’intérêt collectif de proximité » .

En général le processus de consultation étalé sur 12 mois, a consisté en deux jours d’atelier de travail dans chacun des 10 départements du pays, au mois de juin 2007. Ceci a été suivi d’une autre série d’ateliers de deux jours dans les communes les plus pauvres des 10 départements en août. Si le Ministre de la Planification et de la Coopération annonce qu’une moyenne de 140 personnes ont participé dans chacun des ateliers dans les 10 départements, à un regard plus attentif, les rapports des ateliers révèlent que seulement 25% des participants étaient des représentants d’associations, d’organisations de base ou d’ONG . La majorité était des maires et des membres des CASEC. Dans le département de l’Ouest, jusqu’ici le plus peuplé du pays, il y avait plus de 100 participants chaque jour mais il n’y avait que quatre personnes qui représentaient des associations et organisations de la société civile.

Les autorités haïtiennes ont organisé en septembre quatre forums départementaux et un forum national pour valider ou approuver le DSRP rédigé l’année précédente. Des représentants d’organisations qui ont participé se sont plaints du fait que le processus de validation des forums était « un exercice de collage » d’un document dont le contenu avait apparemment déjà été décidé précédemment. Un représentant d’ONG a décrit la rencontre de validation de Port-au-Prince comme un « grand événement qui manquait d’une certaine profondeur ».

Les quelques organisations qui ont suivi le processus de consultation du DSRP disent que les autorités haïtiennes auraient subi des pressions pour conclure le document dans des délais très serrés et comme résultat, celles-ci ont répondu négativement aux tentatives de discuter des sujets importants comme la libéralisation du commerce. D’autres questions importantes visant l’éradication de la pauvreté dans le moyen terme n’ont pas reçu l’attention escomptée. Par exemple, il est regrettable que les éléments principaux d’un plan national de sécurité alimentaire élaboré par le Ministre de l’Agriculture en consultation avec la société civile, n’apparaissent pas dans le DSRP final.

Si d’autres pays ont eu deux ou trois ans pour élaborer le DSRP, la Banque Mondiale a encouragé Haïti à élaborer son document seulement en un an. A cet égard, il est intéressant de lire que le Fonds Monétaire International (FMI), dans un rapport publié en août 2007 , a déclaré : « Une version finale du DSRP est en train d’être rédigée sous des délais ambitieux … L’équipe du FMI a salué l’intention d’avancer très rapidement avec la formulation du DSRP mais elle a voulu s’assurer auprès des autorités (haïtiennes) que le processus ne serait pas fait au détriment de la qualité du document et d’un processus participatif extensif ». Or, à notre regret, ces craintes semblent précisément s’être réalisées.

Les organisations de la Coordination Europe-Haïti espèrent que les autorités haïtiennes et les représentants de la Banque Mondiale réévalueront le processus de consultation et les délais pour terminer le DSRP final de manière qu’un vrai processus participatif impliquant un grand nombre d’organisations de la société civile et travaillant à la base, soit finalement mené.


Coordination Europe-Haiti (CoE-H)
Coordinatrice: Alessandra Spalletta
Rue des Tanneurs 165,
B-1000 Bruxelles
Tél: +32 2 213 04 18


La Coordination Europe-Haiti est un réseau de 60 NGO de 8 pays européens: Belgique, Hollande, France, Grande Bretagne, Irlande, Allemagne, Espagne et Suisse.




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