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GARR

08/11/2007

Des Experts de l’ONU proposent l’élaboration d’une loi et d’un plan d’action contre le racisme en République Dominicaine




En marge d’une visite de 7 jours, deux (2) reporteurs spéciaux de l’Organisation des Nations Unies (ONU) sur le racisme ont signalé l’existence du racisme et de la discrimination raciale dans la société dominicaine. Les deux (2) experts ont fait cette déclaration lors d’un point de presse réalisé à Santo Domingo, le 29 novembre 2007.



Doudou Diène et Gay McDougall se sont basés sur des éléments historiques, la nature multiculturelle de la société dominicaine et les récents évènements historiques à caractère discriminatoire, comme le massacre des Haïtiens ordonné par le dictateur Trujillo en 1937, pour asseoir leur analyse.



Gay McDougall, expert indépendant sur les questions relatives aux minorités, affirme que les immigrants haïtiens sont victimes de discrimination en République Dominicaine. Selon lui, « les Haïtiens sont perçus comme un groupe monolithique, arrivé illégalement à la frontière depuis seulement deux (2) jours, alors que tout le monde sait que ce n’est pas le cas ».



Diène Doudou, reporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme, discrimination raciale et xénophobie, de son coté, croit que le traitement infligé aux Haïtiens ne se limite pas seulement à une question raciale mais, pense que dans les analyses, il faut également considérer des facteurs économiques et l’antihaïtianisme qui constitue un élément fondamental dans la construction de l’Identité de la République Dominicaine. D’après lui, bien qu’écoulés depuis longtemps, les 22 ans de la colonisation haïtienne restent encore dans l’inconscient collectif, les sensibilités et perceptions en République Dominicaine.



Selon Diène, « il n'existe pas de politique raciste et ségrégationniste de l’Etat, mais dans l'inconscient de la société dominicaine, dans les couches les plus profondes, il y a un contenu à caractère raciste ».


Pour sa part, Gay McDougall a soulevé ses préoccupations au sujet de la Loi 258-04, sur la migration, qui introduit des éléments arbitraires et l'exécution de mesures rétroactives contraires à la constitution dominicaine.



Il s’est également plaint de la Résolution 17, émise par le président de la Chambre administrative de la Junte Electorale Centrale Dominicaine (JCE), Roberto Rosario Marquez, le 29 mars 2007, qui exige des officiels de l'Etat Civil l'examen minutieux des registres de naissances lors de la délivrance de toute copie d’acte de naissance ou n’importe quel document relatif à l’Etat Civil. Une mesure jugée discriminatoire également par les organisations qui luttent pour le respect des droits des Dominicains d’ascendance haïtienne.



M. Gay McDougall a déploré aussi les rapatriements massifs d'immigrants haïtiens effectués en dehors de tout cadre légal et la situation de pauvreté qui touche les travailleurs des Bateyes. « Rien ne justifie ce que nous avons vu », a-t-il déclaré.


Il a rappelé que l'Etat doit garantir les droits de ces travailleurs de l'agriculture et de la construction, qu’ils soient dans le secteur public ou privé. « Les Haïtiens de toutes les couches ont apporté une importante contribution au développement de la République dominicaine et aux différents secteurs de son économie » a-t-il martelé.



Il a également fait savoir que la mission de l’ONU est très préoccupée pour la sécurité des employés des Organisations Non Gouvernementales qui luttent pour le respect des droits de la communauté dominicaine d’ascendance haïtienne.



En réponse au Cardinal Nicolas de Jésus Lopez Rodriguez et au sénat dominicain qui croit que cette mission de l’ONU fait partie d’un complot international visant à présenter la République Dominicaine comme un pays raciste, les deux (2) experts de l’ONU ont expliqué qu’ils ont déjà été dans 20 pays pour faire ce même travail et personne n’avait considéré leur visite comme un complot ou une conspiration.



Ils croient que ces réactions montrent très bien qu’ils ont mis le doigt sur la plaie du racisme, une question très compliquée.



Diène estime que cet homme d’Eglise devrait prier pour que la tolérance règne dans la société dominicaine au lieu de présenter la mission comme un élément d’un complot tramé contre son pays.



Il a proposé au gouvernement dominicain d’admettre officiellement l’existence de dynamiques racistes dans la société dominicaine car selon lui, cette reconnaissance est une étape fondamentale dans le processus de la recherche de solution.



Il suggère également aux autorités et aux hommes d’Eglise de réaffirmer au peuple dominicain leur volonté de combattre dorénavant toute forme de discrimination raciale.



Diène a aussi exhorté le gouvernement dominicain à créer un plan d’action nationale, globale et holistique pour lutter contre les formes de discrimination et de racisme avec la participation de tous les partis politiques et les représentants des minorités ethniques.



Les deux rapporteurs ont expliqué que le rapport de leur mission sera présenté à l'ONU et sera finalisé à la fin de l’année afin de permettre au gouvernement dominicain de produire ses commentaires. Il sera ensuite soumis à la Commission des Droits Humains de l’organisme international pour discussion.



Ils ont également rappelé qu'ils sont des hôtes du gouvernement dominicain qui, depuis plus d’un an, les avaient invités à investiguer sur les thèmes de leur visite.



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