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Mobilisation pour l'annulation de la dette

30/10/2006

Mobilisation pour l’ « annulation totale et urgente » de la dette externe d’Haïti
jeudi 26 octobre 2006

P-au-P, 26 Oct. 06 [AlterPresse] --- La question de l’annulation totale et immédiate de la dette externe d’Haïti sera l’objet d’une importante mobilisation des organisations altermondialistes nationales et internationales, dont Jubilée Sud Amérique (JSA) et la Plate-forme Haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif (PAPDA).
Par cette mobilisation, qui débute à Port-au-Prince dès ce 26 octobre 2006, les organisateurs entendent attirer l’attention sur la politique appliquée par des institutions de financement internationales qui exigent d’Haiti le paiement d’une « dette illégitime ».
« Nous voulons attirer l’attention du public sur la mobilisation déclenchée contre la politique néolibérale du Fonds Monétaire International (FMI) qui exige une baisse des fonds alloués à l’éducation et la privatisation de l’enseignement supérieur », affirme Beverly Keene, coordinatrice continentale de Jubilée Sud Amérique.
Beverly Keene et les autres membres de sa délégation séjournent en Haïti jusqu’au 3 novembre 2006, où ils auront à travailler au renforcement des réseaux alternatifs, des organisations sociales haïtiennes, et contribuer au mouvement visant l’élimination totale de la dette externe d’Haïti, évaluée à 1,3 milliard de dollars américains.
« Nous sommes disposés à appuyer le peuple haïtien dans la lutte pour l’annulation de sa dette externe, une dette qui n’est pas profitable au développement du pays. Nous sommes aussi prêts à appuyer le gouvernement haïtien, s’il ne reconnaît pas cette dette », indique la principale responsable de Jubilée Sud Amérique.
Outre l’annulation de la dette, la coordinatrice de JSA estime qu’il est nécessaire que les « grandes puissances coloniales » comprennent la nécessité de réparer les torts causés à Haïti durant la période esclavagiste.
Le 19 septembre 2006, la Banque mondiale (BM) et le Fonds monétaire international (FMI) avaient annoncé l’effacement probable d’une partie de la dette externe d’Haïti en acceptant d’inclure ce pays dans son programme intitulé « Highly Indebted Poor Countries » (HIPC), littéralement en français, Pays Pauvres Très endettés (PPTE).
Cette réduction sera de l’ordre de 14 millions de dollars pour la première année et 22 millions pour la deuxième année. L’économiste Camille Chalmers, principal responsable de la PAPDA dit accueillir cette nouvelle avec « beaucoup de scepticisme et une certaine dose d’indignation. »
« C’est un allégement insignifiant par rapport au volume global de la dette. La vraie solution, c’est l’annulation totale de cette dette, de l’illégitimité, de l’illégalité du processus d’endettement », déclare le dirigeant de la PAPDA.
Chalmers estime que les responsables des institutions de financement internationales au même titre que « les dirigeants corrompus haïtiens » jouent un rôle important dans la situation actuelle du pays.
« Il est inacceptable qu’un pays qui se trouve dans une situation aussi déprimée continue à payer une telle dette », critique Camille Chalmers qui pense que le programme PPTE n’a pas sa raison d’être en Haïti à cause du mauvais résultat qu’il a déjà donné dans d’autres pays, comme le Nicaragua.
« Nicaragua est l’un des pays ayant bénéficié de l’allégement de la dette externe dans le cadre du programme PPTE. Aujourd’hui, il continue de subir les mêmes conséquences de ces politiques », rappelle Beverly Keene.
Selon elle, le PPTE plonge davantage les pays du Sud dans la politique d’ajustement structurel du FMI et de la Banque Mondiale. « Le peuple haïtien doit tirer leçon de cette expérience », soutient-elle.
Beverly Keene a, en ce sens, salué la décision de la Norvège d’annuler, récemment et sans condition, les dettes de certains pays, comme l’Équateur et le Pérou. Selon la coordinatrice de JSA, cette annulation est le résultat de plusieurs années de combat mené par les peuples de ces pays.
Par ailleurs, Keene se déclare très préoccupée par la présence de militaires étrangers sur le territoire haïtien, (chiliens, argentins, brésiliens, entre autres) déployés dans le cadre de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH).
« Nous réclamons la fin de leur mission en Haïti (…) Nous demandons à ces pays de développer une véritable solidarité avec les pays du Sud, avec Haïti », déclare Beverly Keene dans une interview à AlterPresse.
Formée par des mouvements et organisations populaires d’Afrique, d’Amérique Latine et des Caraïbes, d’Asie et du Pacifique, Jubilée Sud est un réseau de mouvements en faveur de l’annulation des dettes.
Selon elle, le fardeau financier du service de la dette, n’ayant aucun sens, aboutit à la violation des droits de base des peuples et appauvrit les pays du Sud.
La délégation de Jubilée Sud doit s’entretenir avec les autorités du gouvernement haïtien. Des rencontres sont également prévues avec les sénateurs et députés de la 48e Législature.

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