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Des milliers de manifestants exigent la démission du président

09/06/2019

Plusieurs milliers de Haïtiens manifestaient ce dimanche à Port-au-Prince pour exiger la démission du président Jovenel Moïse, accusé d'être au cœur d'un «stratagème de détournements de fonds» par la Cour supérieure des comptes.

Devancés par des dizaines de manifestants à moto, les jeunes étaient présents en nombre dans le cortège sur l'un des principaux axes de la capitale de Haïti lors de cette manifestation à l'appel d'organisations de la société civile et des partis d'opposition.

Sous le regard d'une importante présence policière, des manifestants ont érigé de petites barricades de pneus enflammés sur leur passage, mais aucun incident n'était constaté à la mi-journée.

«Nous demandons que tous les dilapidateurs des fonds soient jugés et punis, leurs biens saisis et remis à l'État pour des projets sérieux de développement, que le président démissionne et se mette à disposition de la justice», explique Vélina Charlier, militante d'une organisation de la société civile.

Soupçons autour de l'entreprise que dirigeait Jovenel Moïse

Les juges de la Cour des comptes ont publié la semaine dernière un rapport de plus de 600 pages sur l'utilisation du fonds Petrocaribe, un programme de développement parrainé par le Venezuela, qui se révèle être une litanie d'exemples de gestion calamiteuse et de corruption.

Parmi les centaines de projets épinglés, les magistrats ont découvert qu'en 2014 pour le même chantier de réhabilitation de route, l'État a signé deux contrats avec deux entreprises aux noms distincts, Agritrans et Betexs, mais qui partagent notamment le même matricule fiscal et le même personnel technique.

 

Avant son arrivée au pouvoir en 2017, Jovenel Moïse était à la tête de l'entreprise Agritrans, laquelle a reçu plus de 33 millions de gourdes (plus de 700.000 dollars américains, au taux de l'époque) pour ce projet routier alors que son activité consistait à de la production bananière.

Les partis d'opposition, qui contestent l'élection de Jovenel Moïse depuis deux ans, appelaient à nouveau leurs sympathisants à manifester dans le calme dimanche.

Sept morts lors des manifestations de février

En février, Haïti a connu une semaine de violentes manifestations contre le pouvoir au cours desquelles au moins sept personnes ont été tuées. Ces émeutes ont entraîné mi-mars la chute du gouvernement mais, depuis, le processus politique pour installer un nouveau cabinet est bloqué par le Parlement.

Sans ministres en fonction, sans encore de budget voté pour l'année fiscale qui a débuté en octobre, Haïti est également menacée par une crise constitutionnelle car la tenue d'élections législatives à l'automne est incertaine.

Cette fragilité institutionnelle aggrave la crise économique à laquelle le pays fait face. Avec une inflation dépassant les 17%, couplée à une forte dévaluation de la monnaie nationale, les besoins humanitaires des familles les plus vulnérables s'amplifient.



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