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Six mois après l'ouragan Matthew, Haïti panse ses plaies

04/04/2017

Six mois après l'ouragan Matthew, Haïti panse ses plaies

Publié le 03 avril 2017 sur RFI.fr

Il y a six mois, le sud d’Haïti était ravagé par le puissant ouragan Matthew. Ce cyclone de catégorie 4 a tué plus de 500 personnes dans le pays et causé pour près de 3 milliards de dollars de dégâts. Envoyée dans les zones les plus touchées, comme le département de la Grande Anse, au moment de la catastrophe, la correspondante de RFI en Haïti y est retournée, six mois plus tard.

Ce qui se voit très rapidement à l’approche de Jérémie, le chef-lieu du département, ce sont les toits qui ont été réparés. La majorité des bâches plastiques données par les ONG après le cyclone ont finalement été remplacées par des tôles neuves, elles brillent au soleil et cela saute littéralement au yeux, remarque la correspondante de RFI en Haïti, Amélie Baron.

Grâce aux quelques pluies qu’il y a eu, le paysage est plus vert mais il ne faut pas se réjouir trop vite : les arbres déracinés sont toujours couchés sur les flancs des montagnes. Ce sont l’herbe et les petits arbustes sauvages qui donnent au paysage une impression moins apocalyptique qu’il y a six mois. Le grenier d’Haiti a perdu sa couverture forestière et rien n’a encore été fait pour renverser la situation.

Reconstruction difficile

Malheureusement la majorité des familles sinistrées n'ont pas retrouvé une vie normale. Les sinistrés les plus chanceux ont donc de nouveau un toit au dessus de leurs têtes mais ils n’ont plus de travail : ils n’ont pas reçu d’argent pour redémarrer leur activités. Quelques semences ont bien été distribuées pour permettre aux agriculteurs de replanter, mais cela a été organisé tardivement. A Jérémie, le port est quasiment vide de tout bateau, les pêcheurs ne peuvent plus aller en mer donc pêchent ce qu’ils peuvent depuis la plage.

Dans les villes, la situation est toutefois meilleures que dans les campagnes et dans les montagnens. Des dizaines de milliers d’Haïtiens vivent dans les zones rurales, isolés des routes, des villes et donc de l’aide humanitaire. A Chardonnette, un petit village à quelques kilomètres de la route nationale, pas de belles nouvelles tôles sur les toits : quasiment rien n’y a changé en six mois.

L'aide se fait attendre

Le prêtre de Chardonnette, Baptiste Emmanuel constate : « On pourrait dire qu’il n’y a pas de maisons dans la zone pour le moment. Depuis après Matthew il y a seulement notre école presbytérale qui abrite les gens. » Concernant l'arrivée d'aide dans les zones les plus reculées, le religieux explique : « C’est difficile de faire arriver quelque chose ici. Le transport coûte cher. »

Des cartes de ravitaillement sont remises aux Haïtiens, mais c'est à eux de se déplacer pour aller chercher de l'aide. Baptiste Emmanuel s'en désole : « C’est des sinistrés, quand même (...) Pour faire arriver la nourriture ici ça coûte. »

Avec quoi payer un chauffeur de taxi moto pour ramener un sac de riz, si tant est qu'on ait eu la chance d’obtenir une carte donnant accès à une distribution de l’Onu ou d’une ONG ? Voilà le problème insoluble qui s’impose aux sinistrés des zones reculées.

Qui plus est, l'aide alimentaire est largement insuffisante : les cas de malnutrition extrême sont nombreux, et les experts évoquent un risque de famine. Dans son dernier rapport, la commission nationale pour la sécurité alimentaire a tiré la sonnette d’alarme, comme chaque mois depuis octobre.

Dans la Grande Anse, ce sont 180 000 personnes, soit près de la moitié de la population du département qui sont dans une situation d’urgence. Pour pallier le problème, il aura à partir d’avril des distributions ciblées de nourriture : priorité aux femmes enceintes et aux enfants de moins de 2 ans. Mais cette campagne du programme alimentaire mondial devrait bénéficier à 125 000 personnes seulement réparties sur deux départements, la Grande Anse et les Nippes. Des sinistrés resteront donc livrés à eux mêmes.

 



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