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Fonds Petrocaribe : Doutes et rejets exprimés face au rapport de la commission sénatoriale

24/08/2016

Fonds Petrocaribe : Doutes et rejets exprimés face au rapport de la commission sénatoriale 

Paru sur Alterpresse le 24 août 2016

P-au-P, 24 août 2016 [AlterPresse] --- Diverses personnalités ont exprimé leurs doutes et rejets, face au rapport de la commission « éthique et anti-corruption » du sénat, sur la gestion des Fonds Petrocaribe, dans des interviews accordées à AlterPresse.

Le secrétaire général de la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (Papda), Camille Chalmers, affirme avoir des suspicions sur le président de cette commission, le sénateur Youri Latortue, qui serait, selon lui, impliqué dans la gestion financière et économique de ces fonds Petrocaribe, durant l’administration de l’ancien président Joseph Michel Martelly.

C’est essentiel de poursuivre l’enquête sur la gestion des fonds Petrocaribe, exige Chalmers, qui plaide en faveur ce qu’il appelle « un audit citoyen ».

Les citoyens haïtiens doivent avoir la possibilité de suivre et d’opiner sur l’audit, recommande-t-il, tout en appelant à des sanctions contre toutes celles et tous ceux qui ont bénéficié, de manière illégale, des fonds Petrocaribe.

Le secrétaire de la Papda encourage la Cour supérieures des comptes et du contentieux administratif (Cscca), l’Unité de lutte contre la corruption (Ulcc), l’Unité centrale de renseignements financiers (Ucref) à effectuer un audit scientifique autour de la gestion de ces fonds.

Rendu public le mercredi 17 août 2016, ce rapport sur la gestion des fonds Petrocaribe a indexé plusieurs hauts fonctionnaires de l’État, dont d’anciens ministres et premiers ministres.

Le document recommande que « l’action publique soit mise en mouvement contre ma personne pour détournement de fonds publics, lié à l’acquisition d’équipements pour le Centre national d’équipements (Cne), une accusation grave », réagit l’ancien ministre des finances, Daniel Dorsainvil (juin 2006 à novembre 2009), dans une note de presse en date du 22 août 2016.

« La démarche du sénateur Youri Latortue envoie un signal clair à toutes les Haïtiennes et tous les Haïtiens, honnêtes et désireux de mettre leur compétence au service du pays, de se tenir à l’écart de la chose publique ».

Le résumé exécutif du rapport « est flou et pas suffisamment parlant, tenant compte des charges graves qui sont portées à l’’encontre des personnalités visées », critique Daniel Dorsainvil.

Il qualifie la démarche de Youri Latortue de « suspecte, légère et, tout simplement, grossière ».

« Les accusations de détournements publics, extrêmement graves et préjudiciables à celles et ceux contre qui elles sont portées, discutées sur plusieurs medias, semant la consternation parmi leurs proches en Haïti comme à l’étranger, se révèlent basées sur de fausses prémisses et sont d’une grande légèreté », rejette l’économiste Dorsainvil.

Pour sa part, l’ancien premier ministre Laurent Lamothe (mai 2012 – décembre 2014) dit rejeter catégoriquement les conclusions du rapport de la commission « éthique et anti-corruption », qu’il juge « calomnieuses et mensongères », dans un communiqué de presse, en date du 19 août 2016.

Lamothe a été accusé de violation systémique de la loi de passation de marchés de 2009 et de contrats antidatés, dans le rapport de cette commission, rendu public le 17 août 2016.

« C’est extrêmement grave que des allégations gratuites et malhonnêtes, colportées par des gens malintentionnés, aient été relayées, sans preuve aucune, dans un rapport du sénat de la république, portant manifestement atteinte à l’honneur et à la considération de l’ancien premier ministre Lamothe, qui a servi son pays avec honneur, dignité et désintéressement », condamne le communiqué.

Considérant ce rapport comme un complot permanent, orchestré contre lui, Laurent Lamothe affirme être disposé à fournir, en toute transparence, toutes les clarifications, qui peuvent servir à rétablir les faits et poursuivre les auteurs de cette « manipulation diffamatoire » par devant qui de droit.

La commission, présidée par le sénateur Youri Latortue, a recommandé, dans son rapport, que des investigations soient approfondies sur pratiquement tous les fonctionnaires impliqués dans la gestion des fonds Petrocaribe.

Elle a réclamé que l’action publique soit mise en mouvement contre Lamothe ainsi que l’ancien premier ministre Jean-Max Bellerive (11 novembre 2009 - 18 octobre 2011) - Bellerive a été également ministre de la planification et de la coopération externe, du 9 juin 2006 au 27 juin 2011 - pour « forfaiture, concussion, violations avérées de la loi de passation de marchés de 2009, de la loi d’urgence de 2010 et de népotisme ».

Tout en demandant au sénat de lui communiquer le rapport de la commission « éthique et anti-corruption », Jean Max Bellerive, qui fait office, depuis mars 2016, de chef de cabinet du président provisoire Jocelerme Privert, affirme avoir constitué son cabinet d’avocats pour des suites appropriées.

Les ministres des finances Wilson Laleau, Marie Carmelle Jean Marie, l’ancien ministre de la planification, Josefa Gautier, l’ancien directeur du Bureau de monétisation des programmes d’aide au développement (Bmpad), Michael Lecorps, sont indexés dans ce rapport.

Sont aussi épinglés, dans ce document, l’ex-ministre de la santé publique et de la population, Florence Duperval, ainsi que celui des travaux publics transports et communications (Tptc), Jacques Gabriel.

En plus de ces hauts dignitaires de l’État, ciblés, la commission a également recommandé que l’action publique soit mise en mouvement contre les actionnaires des firmes « Infratec, Gtc, Tropical Build, Setragec », en vue de récupérer les fonds qui leur sont versés pour des travaux non exécutés.

Elle se dit consciente que la commission ne dispose pas des moyens de coercition, que la loi met à disposition d’un juge d’instruction, tout en exhortant le pouvoir judiciaire à faire ce que de droit.

Signé le 29 juin 2005 et démarré en Haïti en octobre 2007, l’accord Petrocaribe est un pacte de sécurité énergétique, proposé par Hugo Chávez, alors président de la République bolivarienne du Venezuela.

L’accord institue des livraisons de pétrole vénézuélien, à des tarifs préférentiels, en direction des États des Caraïbes et d’Amérique Centrale et vise un « usage rationnel et solidaire des ressources énergétiques ».

Plusieurs secteurs ont dénoncé un gaspillage de plus d’un milliard de dollars américains, dans les fonds PetroCaribe, par l’administration de l’ancien président Michel Martelly. [jd emb rc apr 24/08/2016 10:00]



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