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Épidémie de choléra, le faux mea culpa de l’ONU

23/08/2016

 Épidémie de choléra, le faux mea culpa de l’ONU 

Paru le 23 août sur L'Humanité.fr

L’organisation admet son implication dans l’apparition de la pandémie de 2010 qui a tué 9 000 Haïtiens. Sans plus.

Il aura fallu six ans pour que l’ONU reconnaisse sa responsabilité dans l’apparition du choléra en Haïti. À l’époque, la nation caribéenne est encore sous le choc du terrible séisme qui a tué en janvier 2010 plus de 200 000 personnes et dévasté ce pays appauvri par la dictature de Duvalier et les plans d’ajustement structurel. Des casques bleus débarquent en renfort. Dix mois plus tard, la maladie se répand comme une traînée de poudre. Dès la fin de 2010, un rapport du professeur français Renaud Piarroux, épidémiologiste envoyé en mission en Haïti par la France à la demande du ministère haïtien de la Santé, établit que le foyer infectieux de l’épidémie de choléra est parti d’un camp de casques bleus népalais de la mission onusienne, situé à Mirebalais, près du fleuve de l’Artibonite (centre).

Une demande d’indemnisation des familles a été rejetée

Depuis, la pandémie a tué 9 000 Haïtiens. Les Nations unies, qui se doivent pourtant d’être les garantes d’un code de bonne conduite, ont toujours nié les accusations qui pèsent sur elles. Jeudi, l’ONU a enfin admis son « implication » dans le fléau et « sa responsabilité morale » sans pour autant incriminer directement les soldats de la mission onusienne à l’origine de la maladie. L’organisme a certes déclaré « vouloir faire plus » en « étudiant activement un ensemble de mesures qui fourniraient une aide matérielle et un soutien aux Haïtiens les plus directement touchés par le choléra », a vaguement annoncé Ban Ki-moon. Mais rien de plus. À chaque catastrophe, Haïti a reçu des promesses de soutien matériel et financier qui, dans les faits, ne se sont jamais concrétisées ou ont été soumises à des conditions draconiennes. Ban Ki-moon a également plaidé pour la création de nouvelles infrastructures sanitaires afin de circonscrire et d’éradiquer l’épidémie. Mais, là encore, le secrétaire général de l’ONU s’est contenté d’en appeler aux donateurs internationaux, ceux-là même qui ont davantage saigné le pays que contribué à le remettre sur pied. « Ceci est une grande victoire pour les milliers de Haïtiens qui se sont mobilisés pour la justice, qui ont écrit à l’ONU et porté plainte contre l’organisation », a néanmoins salué Mario Joseph du bureau des avocats internationaux des victimes de la pandémie. Quelques heures plus tard, un tribunal de New York, où siège l’ONU, a rejeté une demande d’indemnisation des familles au prétexte de l’immunité dont jouissent les missions de l’organisme. Toujours selon l’épidémiologiste Renaud Piarroux, de janvier à juin 2016, le choléra a tué 200 Haïtiens et plus de 21 000 cas ont été recensés.
 



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