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Une nouvelle présidentielle pour sortir de la crise

09/06/2016

Une nouvelle présidentielle pour sortir de la crise

Paru sur Courrier International

Le 9 juin 2016

La crise politique qui secoue le pays connaît un nouveau rebondissement. L’élection présidentielle contestée d’octobre 2015 a été annulée. En désaccord avec cette décision, les observateurs européens tirent leur révérence. 

Un nouveau scrutin présidentiel aura lieu en Haïti le 9 octobre, soit un an après le premier tour d’une élection présidentielle qui vient d’être annulée après des mois de tergiversations. Le second tour est prévu en janvier 2017. D’ici là, “le président provisoire Jocelerme Privert annonce qu’il compte agir en responsable et demeurer au palais national jusqu’à l’organisation des élections”, annonce le portail d’information Haïti Press Network (HPN). Faute de président, un gouvernement de transition Le président par intérim pourrait donc bien prolonger son mandat, qui s’achève normalement le 14 juin, jusqu’à l’année prochaine.

Contestations sans fin

L’annonce met fin à des mois de marasme politique. Le premier tour de l’élection présidentielle, le 9 octobre 2015, avait été fortement contesté par l’opposition et avait donné lieu à plusieurs reprises à de violentes manifestations dans les rues de l’île. Dans ce contexte, le second tour prévu le 24 janvier 2016 avait été annulé et une Commission d’évaluation indépendante avait été nommée pour trancher “les irrégularités graves et les apparences de fraudes”, écrit Alter-Presse, un réseau alternatif d’information. Présidentielle annulée dans le chaos Le 6 juin, le Conseil électoral provisoire (CEP) a finalement annoncé sa décision de “reprendre le premier tour de la présidentielle” et publié un nouveau calendrier de cette élection, rapporte Alterpresse.

L’UE jette l’éponge

Mais les observateurs européens présents dans le pays “depuis juillet 2015 pour observer les législatives, les municipales et le premier tour de la présidentielle d’octobre 2015”, ont exprimé leur désaccord. La mission européenne, “avait conclu que [ces élections] étaient globalement conformes aux normes internationales, en dépit d’un certain nombre de failles et d’irrégularités observées. Celles-ci n’étaient pas de nature à altérer les résultats dans leur ensemble“. Conséquence : les observateurs européens se retirent. “Mécontente, l’UE met fin à sa mission”, titre Haïti Press Network. Sans surprise, la presse haïtienne s’inquiète. “Quelles perspectives ?” s’interroge Le Nouvelliste. Le quotidien donne la parole à une femme politique, Mirlande Manigat, qui tente d’analyser la situation haïtienne. Au-delà du malaise électoral “qui alimente les revendications et les espérances”, dit-elle, “la crise est fondamentalement économique et se manifeste par l’incapacité du pays à nourrir sa population […] et par une dépendance accrue à l’égard de l’étranger qui plombe sa balance des paiements”. Mais la crise est aussi démographique, poursuit cette ancienne candidate à l’élection présidentielle en 2010-2011, “avec deux effets coordonnés, une extension de la migration des campagnes vers les villes […] et l’accroissement de la paupérisation de la population qui s’entasse dans les zones insalubres”.

Dans un éditorial, Haïti Press Network exprime ses craintes de voir se reproduire le même scénario à la prochaine élection :

Il y a cinq mois, les rues de la capitale étaient bondées de manifestants ; tout a été dit sur les causes de ce climat pollué et sur l’urgence des réponses à y apporter. Va-t-on revivre le même cauchemar ? La question hante le pays, et il est certain qu’elle aggrave, dans notre psychologie collective, ce pressentiment déprimant qui plombe l’avenir.”



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