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Haïti a perdu 98 % de ses forêts en moins de trois siècles

13/06/2016

Haïti a perdu 98 % de ses forêts en moins de trois siècles

Paru sur Les Inrocks.com le 13/06/16

Sur les images de la frontière entre Haïti et la république Dominicaine, la différence est criante. La végétation est luxuriante côté dominicain, le sol rêche côté haïtien. Il ne reste en effet plus grand-chose du manteau forestier qui recouvrait l’île.

La déforestation à Haïti a lentement rongé ce trésor de biodiversité depuis sa colonisation. Alors que l’île était couverte à 80 % de forêts à l’arrivée de Christophe Colomb à la toute fin du XVe siècle, il ne reste aujourd’hui plus que 2 % de surfaces boisées sur l’île. Le phénomène avait déjà été largement entamé en 1940 : il ne restait alors que 30 % de forêts.

En cause, l’agriculture, qui est depuis le XVIIIe siècle principalement responsable de cette déforestation de masse. Les plantations de café, introduites par les colons, ont longtemps occupé un quart du territoire. Le déboisement a continué avec l’implantation d’autres cultures d’épices, de sucre ou encore d’indigo.

Les forêts ont également souffert de l’accélération des exportations de bois au XIXe siècle. La France exigeait alors une indemnité de 150 millions de Francs au lendemain de l’indépendance de l’île, en 1804. Et le phénomène se poursuit dans les années 1940, quand les USA plantent des hévéas, des arbres à caoutchouc, pour soutenir l’effort de guerre.

Quand la pauvreté accélère la déforestation

Dans les années 1960, l’industrie du bois accélère le déboisement dans le parc national de la Visite. Et lorsque les trois scieries qui exploitaient le bois du parc ont fermé, c’est encore l’agriculture qui prend le relais dans le déboisement. L’agronome Yvon Elie explique à l’AFP que “La dernière scierie a fermé en 1980 mais l’Etat n’a rien fait pour les familles des 83 ouvriers. Pour survivre, ces gens n’ont pas eu d’autre choix que de se lancer dans l’agriculture.” 800 familles habitent actuellement dans le parc de la Visite, où elles cultivent la terre d’une réserve nationale.

Puisque les lopins de terre des habitants de l’île sont trop petits pour leur permettre de survivre, ils coupent des arbres. L’agriculture est source de ravages, le sol devient de plus en plus aride. “L’eau ne pénètre plus, elle emporte la terre et les semences: il ne reste que des roches” raconte une femme de 60 ans, surnommée “Ti Machan”, à l’AFP. Ce qu’elle parvient à vendre ne rapporte que “juste de quoi racheter des semences et nourrir mes petits-enfants”.

Cette érosion des sols engendre un cercle vicieux : les habitants cherchent donc à obtenir de nouvelles terres, plus fertiles, et poursuivent le déboisement. Pour Winthrop Attié de la fondation Seguin, le coupable c’est avant tout “la misère“. Comme il le déclare à l’AFP, “s’ils avaient d’autres choix, ces gens ne feraient pas ça.“

Pour endiguer ce processus infernal, la reforestation est nécessaire. Le programme des Nations unies pour l’environnement a permis le reboisement de plus de 600 000 hectares de 2011 à 2013. Mais cela passe aussi par l’amélioration du niveau de vie et des perspectives d’emploi de la population, pour qu’il existe des alternatives à l’agriculture par le déboisement pour la population rurale.



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