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Devoir de Mémoire-Haïti commémore le 30 août la Journée internationale des disparitions forcées

27/08/2015

Devoir de Mémoire-Haïti commémore le 30 août la Journée internationale des disparitions forcées

Article paru sur Alterpresse

26 Août 2015

 

Document soumis à AlterPresse par Devoir de Mémoire-Haïti

Depuis l’année 2011, les Nations Unies commémorent le 30 août la Journée internationale des victimes de disparition forcée. Ces victimes incluent tous les disparus forcés dont les corps n’ont jamais été retrouvés par leurs parents. Pour empêcher que le crime ne soit parfait lorsque les bourreaux ont fait disparaitre jusqu’aux cadavres, Devoir de Mémoire-Haïti (DDM-H) jette la lumière sur cette période désastreuse. Sa démarche serait certes plus transcendante en appelant à l’édification d’un mémorial honorant les victimes disparues entre 1957 et 2015. Fort Dimanche serait le lieu idéal mais, étant décentré, le Champ-de-Mars conviendrait mieux. En désavouant les convenances portant les parents des victimes à sourire contre leur gré avec leurs bourreaux, ce mémorial serait le symbole le plus fort pour honorer les disparus de cette époque en donnant plus de visibilité à ces martyrs.

Une telle démarche mettrait un frein à cette accoutumance à l’impunité. On s’imagine les bourrasques que provoquerait dans les consciences la lecture des noms apposés sur les plaques commémoratives. Ceux des 60 000 victimes [1] du duvaliérisme, ainsi que ceux des victimes des attachés paramilitaires et des populismes de droite et de gauche. Des martyrs constitutifs d’un État qui est devenu un cirque de bêtes féroces. Un État qui boitille à peine.

Aucun criminel n’a encore fait d’aveux au sujet des crimes commis sous le régime sanguinaire des Duvalier. Les bourreaux ont refusé à leurs victimes jusqu’au droit à une sépulture. Élu frauduleusement par l’armée du général Kébreau en 1957 pour six ans, Duvalier n’a cessé de se comporter en hors-la-loi. Il s’est réélu en 1961 pour six ans après avoir dissous le Sénat. Suite à l’attentat contre son fils Jean-Claude perpétré par le tonton maroute Clément Barbot le 26 avril 1963, Duvalier réalise le plus grand massacre de l’histoire d’Haïti [2]. Des centaines d’innocents sont assassinés en une journée. Crachant leur haine, les bandits font disparaître les corps. Après avoir exécuté leurs basses œuvres, ils passent leurs mains ensanglantées à d’autres. Sans repentirs, sans confessions, sans mea culpa mea maxi ma culpa.

Ces massacres précipitent les invasions du général Cantave de 1963 suivies de celles de Fred Baptiste de Juin 1964 et du groupe Jeune Haïti d’août 1964 après l’instauration de la présidence à vie par Duvalier en avril 1964. Les massacres affectent autant des vieillards comme Mme Chénier ViIledrouin âgée de 85 ans que Gérald Benoît (Géry), un bébé âgé de 18 mois. Les duvaliéristes ont fait école dans le mensonge et les jongleries du pouvoir. Leur rictus virevolte et rattrape une classe politique dont nombre d’acteurs aux gueules de tueurs continuent leurs basses œuvres. Aucun intermède dans ce mauvais spectacle !

Le carnage du 26 avril 1986

L’édification du Mémorial serait un geste important pour une autre raison. Le corps social indiquerait ainsi qu’il a repris ses esprits face à la zombification assénée à grands coups de propagande, de terreur et de répression depuis la fuite du tyran Jean-Claude Duvalier en février 1986. On se rappelle encore la fin tragique de la tentative de raviver la mémoire chancelante par une marche qui devait se terminer à Fort Dimanche le 26 avril 1986. Alors, les militaires du Conseil National de Gouvernement (CNG) ont tiré sur la foule et versé une fois de plus le sang des innocents.

Sur demande de Devoir de Mémoire - Haïti, le Ministère de la Communication s’est engagé dans la bonne direction en déclarant le 26 avril 2015 « Journée Nationale du Souvenir à la Mémoire des Victimes de Fort Dimanche ». Mais il faut aller plus loin et entretenir cette mémoire au jour le jour pour la pérenniser. Le 26 avril 1986, l’armée a ouvert le feu sur la foule des manifestants assemblés devant Fort Dimanche. « Les blessés - dont on ne connaitra probablement jamais le nombre - prennent la fuite comme ils le peuvent. Les morts demeurent sur place. Ils sont onze, personne n’ose venir les ramasser. Aucunes funérailles ne seront célébrées pour eux ils rejoindront la fosse commune de Titanyen, qui sera leur dernière sépulture [3] ».

Pour mettre fin au jeu étrange où les bourreaux gagnent toujours, les victimes de la répression méritent d’être immortalisées en les élevant au rang de martyrs. Le Mémorial consacré à la Journée internationale des victimes de disparition forcée doit être une sorte de rétroviseur permettant aux nouvelles générations de revoir les tortures infligées ainsi que les cicatrices qui ne disparaitront jamais.

Il s’agit aujourd’hui de rendre un hommage mérité aux parents des victimes et à la société civile qui réclamaient que « Fort Dimanche devienne un lieu de mémoire des disparus de la dictature duvaliérienne ». Parmi les martyrs du massacre du 26 avril 1986, il importe de mentionner Wilson Auguste (18 ans, élève du collège Jean Price Mars), Fred Coriolan (27 ans, étudiant à l’Institut technique de formation professionnelle et jeune militant de gauche), Wilson Micaisse (16 ans), Yves Érié (29 ans), et Jakson Row (29 ans, employé du journal Le NouvelIiste [4]. La nouvelle parole progressiste ne doit pas se contenter de soubresauts démocratiques aux dates anniversaires des monstruosités commises par les tontons maroutes et leurs continuateurs. Les parents doivent avoir un lieu permanent pour se recueillir et venir déposer des bouquets de fleurs à la mémoire de leurs disparus.

pour Devoir de Mémoire-Haiti : Leslie Péan

[1] Stevens Jacobs, « Haiti : Loyalists Seek Dictator’s Return », Washington Post, April 23, 2007. Voir aussi Council on Hemispheric Affairs, « The tonton macoutes : the central nervous system of Haiti’s reign of terror », Washington D.C., March 11, 2010.

[2] Haïti : Lutte conte l’impunité, « 26 avril 1963 : la chasse à Benoît », Devoir de Mémoire-Haiti (DDM-H), février 2014, http://www.haitiluttecontre-impunite.org/

[3] Cécile Marotte, Introduction à « Mémoire oubliée, Haïti 1991-1995 », réalisé par Cécile Marotte et Hervé Rakoto Razafimbahiny, Éditions Regain et CIDIHCA ; Montréal, 1997.

[4] 26 avril 1986 - le massacre de Fort Dimanche, Lutter contre l’oubli, Devoir de Mémoire-Haiti (DDM-H), février 2011, Error ! Hyperlink reference not valid.
 

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