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Nés dominicains, ils risquent l’expulsion vers Haïti

24/06/2015

République dominicaine. Nés dominicains, ils risquent l’expulsion vers Haïti

Article paru sur Courrier International le 22 juin 2015


Les Haïtiens ou descendants d’Haïtiens avaient jusqu’au 17 juin pour régulariser leur situation en République dominicaine. S’ils ne l’ont pas fait ou si leur demande a été refusée, ils pourraient être expulsés du pays.

“Yesenia Originé n’est jamais allée en Haïti et n’a aucune intention d’y aller. Elle est née dans la ville dominicaine de San Pedro de Macorís, de parents haïtiens. Mais, comme elle n’a pas de papiers pour le prouver, elle risque, comme des milliers d’autres descendants d’Haïtiens en République dominicaine, d’être déportée dans le pays voisin”, rapporte The Guardian.

Les étrangers vivant en situation irrégulière en République dominicaine – c’est-à-dire environ 500 000 personnes – avaient jusqu’au mercredi 17 juin pour se signaler auprès des autorités dans le cadre du Plan national de régularisation des étrangers.

Plan de dénationalisation

The Guardian rappelle qu’en 2013 un arrêt de la Cour constitutionnelle “a retiré aux enfants d’immigrés haïtiens leur citoyenneté dominicaine, et ce rétroactivement, en remontant jusqu’à 1930. Des dizaines de milliers de personnes nées dominicaines mais d’origine haïtienne se sont ainsi retrouvées apatrides.”

Face à l’indignation suscitée à l’étranger, le gouvernement dominicain leur a permis l’année dernière de demander un permis de résidence en tant qu’étrangers, puis, dans un second temps, la naturalisation. “Cependant, nombreux sont ceux qui refusent de s’inscrire comme étrangers, parce qu’ils estiment qu’ils sont dominicains de naissance et qu’ils méritent les droits qui en découlent.” Une personne naturalisée ne peut en effet pas prétendre à tous les droits dont jouit une personne née dominicaine.

En refusant de se soumettre au plan du gouvernement, les descendants d’Haïtiens s’exposent à la déportation. Le ministre de l’Intérieur dominicain a affirmé qu’il n’y aurait pas de rafle massive. Pourtant, relève le Guardian, le directeur de la Migration a dit à la presse locale que “2 000 policiers et officiers et 150 inspecteurs ont reçu une formation spéciale pour les déportations”.

Des milliers d’Haïtiens sur le qui-vive

A Haïti, dans l’autre partie de l’île, le journaliste Lemoine Bonneau note dans un éditorial du quotidien Le Nouvelliste que “les compatriotes en situation irrégulière ainsi que les Dominicains d’origine haïtienne, en raison de leur couleur de peau, sont sur le qui-vive, car les groupes racistes continuent d'apporter leur soutien à l’application de ce plan”. Il évoque également les conditions de rapatriement “les plus cruelles” mises en place par les services de l’immigration du pays voisin.

“Il semble que pour l’instant le pays a épargné à ses migrants [et aux personnes dénationalisées] ainsi qu’à lui-même la dévastation des déportations de masse”, commente The New York Times. Le Nouvelliste souligne que, sans doute, le gouvernement se souvient du “tollé” qu'avait provoqué la dénationalisation des Dominicains d’origine haïtienne, et craint de s’attirer une nouvelle fois “les foudres des organisations mondiales des droits humains”.

Selon un autre article du Nouvelliste, le gouvernement haïtien a composé un comité d’accueil des rapatriés : le Premier ministre haïtien a dit “compter sur la collaboration de chaque citoyen, de chaque secteur de la vie nationale, pour gérer ce qui pourrait provoquer une nouvelle crise humanitaire dans le pays”.

Auteur: Justine Cantrel

Retrouvez l'article sur le site ici

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