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Hollande : « On ne peut changer l'histoire, on peut changer l'avenir »

12/05/2015

Hollande en Haïti : « On ne peut changer l'histoire, on peut changer l'avenir »

Paru dans Le Monde, le 12 mai 2015


Des manifestant réclament la restitution d'une dette payée par Haïti à la France lors de son indépendance.
JEAN-CLAUDE COUTAUSSE / FRENCH-POLITICS POUR « LE MONDE »


Il n'a pas évoqué le sujet sensible des réparations. François Hollande s'est arrêté, mardi 12 mai en Haïti, dernière étape de sa tournée marathon aux Caraïbes qui l'a vu visiter six îles en quatre jours. En prenant bien soin de ne pas rééditer la bévue commise quarante-huit heures plus tôt à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, dans son discours d'inauguration du Mémorial ACTe, le centre consacré à l'histoire de l'esclavage et de la traite.

Evoquant l'indemnisation à hauteur de 150 millions de francs-or exigée par la monarchie française, sous Charles X, à la jeune République haïtienne, indépendante depuis une vingtaine d'années, pour dédommager les propriétaires d'esclaves devenus libres, le chef de l'Etat avait alors évoqué une « dette que certains ont appelé rançon d'indépendance et qui, à n'en pas douter, compromit l'avenir du pays ». « Quand je viendrai à Haïti, j'acquitterai à mon tour la dette que nous avons », avait-il ajouté.

« Argent oui, morale non »

Une formulation ambiguë qui avait suscité nombre de faux espoirs dans le pays, sur un sujet hautement sensible, alors que le président se situait pour sa part dans la perspective d'une « dette morale ».

S'il a trébuché en montant à la tribune, M. Hollande, à Port-au-Prince, n'est donc pas sorti des chemins balisés, afin de s'éviter ce qui localement avait été perçu comme une gaffe d'envergure. Après avoir déposé une gerbe au pied de la statue de Toussaint Louverture, meneur de la révolte des esclaves qui aboutit à la déclaration d'indépendance de 1804, il s'est exprimé sur la place du Champ-de-Mars fermée à la population, devant un public trié sur le volet.

Un peu plus loin, plusieurs groupes de manifestants, soigneusement tenus à l'écart, réclamaient à grands cris « restitutions » et « réparations », ou encore affichaient une pancarte indiquant leurs exigences : « Argent oui, morale non ».

« Aucun marchandage, aucune compensation ne peut retaper les accrocs de l'histoire qui nous marquent encore aujourd'hui », a d'emblée précisé le président haïtien Michel Martelly, qui a pourtant évoqué « la dette, la dette ignomignieuse, la dette destructrice. Sous prétexte de dédommager les colons, cette dette avait pour objectif inavoué de casser l'élan de ce nouvel Etat dirigé par d'anciens esclaves dans un monde dominé par le colonialisme ».

M. Martelly a salué cette première visite officielle d'un président français – Nicolas Sarkozy s'était rendu sur place pour une rapide visite après le séisme de janvier 2010, qui avait fait 230 000 morts – comme « les retrouvailles entre deux peuples après une longue période de déni entre les populations, marquée par des sous-entendus et des malentendus ».

« Pitit haiti toujour venyen »

C'est sur le plan éducatif que le chef de l'Etat haïtien a exhorté « la France à se joindre à la réparation de cette grande injustice faite à la jeunesse haïtienne » et « à mettre en œuvre un véritable plan Marshall pour l'éducation en Haïti » en matière d'universités, de grandes écoles et de filières technologiques.

Message parfaitement reçu par François Hollande. « On ne peut pas changer l'histoire, mais on peut changer l'avenir », a déclaré le président français, qui a annoncé des mesures de formation des enseignants haïtiens, « davantage de missions » sur place menées par des enseignants français et l'augmentation du « nombre d'étudiants haïtiens boursiers qui suivront leurs études » en France.

Sans apporter davantage de précisions, M. Hollande s'est engagé à faire « tout pour que vos écoles, vos lycées, vos universités puissent être accompagnées par la France » et à « introduire toutes les nouvelles technologies dans vos établissements », ainsi qu'à « la construction d'un institut français ».

Et le président de conclure : « Pitit haiti toujour venyen » (« Les jeunes haïtiens sont toujours vaillants »). Autant d'annonces éducatives d'un montant d'à peu près 50 millions d'euros sur plusieurs années, précisait après coup le chef de l'Etat, façon d'effacer son impair.

Lire l'article sur le site du Monde



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