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Déclaration sur la situation des relations haitiano-dominicaines

25/03/2015

Déclaration des organisations haïtiennes et dominicaines sur la situation des relations haitiano-dominicaines et les déportations annoncées pour la prochains mois


Nous, représentants/représentantes d’associations et d’organisations de la sociétécivile d’Haïti et de République Dominicaine, œuvrant pour le droit, la justice, le respect mutuel et des relations harmonieuses entre les deux peuples et Etats qui partagent notre île, réunis àBelladère, Haïti, le 17 mars 2015 pour réfléchir sur la situation actuelle des relations entre les deux pays, avions réaffirménotre engagement de continuer àtravailler pour la paix, la concertation et la résolution, dans le dialogue, de tout problème qui concerne ces relations.

Dans le même esprit de concertation et de dialogue, nous voulons exprimer notre inquiétude par rapport àun certain nombre de faits et d’actes de violences survenus au cours de ces derniers jours sur l’île, dont la pendaison inadmissible d’un ressortissant haïtien sur une place publique à Santiago(RD) et d’autres actes répréhensibles sur des personnes et les symboles des deux pays.

Nous sommes préoccupés-es de l’éventualitéde déportations massives de milliers de migrants/migrantes haïtiens àl’expiration, àla fin du mois de juin 2015, du délai accordéàces derniers pour se faire enregistrer dans le cadre du Plan National de Régulation des Etrangers (PNRE) du Gouvernement de la République dominicaine.

A cet égard, nous regrettons que les gouvernements des deux pays n’aient pas profitédes différentes rencontres qu’ils ont eues au cours des derniers mois pour mettre en place des mécanismes plus réalistes susceptibles de faciliter l’application de ce plan. En raison de ces manquements, de nombreux migrants/migrantes haïtiens ne sont pas informés-es des démarches àeffectuer pour se faire enregistrer, n’ont pas pu obtenir les documents nécessaires et n’ont pas eu accès àdes bureaux de proximité. Ils/elles évoluent, pour la majoritéd’entre eux/elles, dans une grande confusion et n’arrivent pas toujours àfaire la différence entre régularisation et naturalisation, deux processus complexes qui se déroulent en même temps.

Nous regrettons également la poursuite des déportations qui ont tendance àaugmenter depuis le début de l’année 2015, malgréles dispositions du PNRE qui recommande l’arrêt de ces opérations pendant que se déroule le processus d’enregistrement des migrants/migrantes.

Nous, organisations signataires de cette Déclaration, appelons les autorités des deux pays àfaire tout ce qui est en leur pouvoir afin d’éviter que des déportations massives, indiscriminées, aient lieu dans les jours àvenir. Ces opérations qui se réalisent souvent en violation des droits humains fondamentaux garantis par les accords et les conventions internationales dont les deux Etats sont signataires, affectent toujours les groupes sociaux les plus vulnérables, tels les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées, handicapées etc.. Généralement, elles provoquent brutalement la séparation des familles, la perte des moyens d’existence, l’humiliation et le désarroi. Tous ces méfaits tendent àraviver les rancœurs et augmenter la méfiance entre les habitants/habitantes, fils et filles d’une même île.

Dans le même ordre d’idées, nous sommes particulièrement préoccupés par ce qui peut advenir des personnes d’origine haïtienne nées sur le territoire dominicain qu’elles aient ou non intégréle processus de naturalisation. Des déportations massives, indiscriminées, risquent d’aggraver leur situation ainsi que celles de nombreuses personnes âgées qui avaient émigréen République Dominicaine depuis de nombreuses années et qui ont perdu tout contact avec Haïti.

Nous, organisations signataires de cette note, encourageons les autorités haïtiennes et dominicaines àfaire preuve de réalisme et de bonne foi pour éviter qu’une nouvelle crise humanitaire et de droits humains soit déclenchée sur l’île. La régularisation des immigrants/immigrantes est une bonne chose àcondition qu’elle soit faite dans un contexte de confiance et de collaboration et dans l’objectif de résoudre véritablement un problème. Pour cela, nous demandons aux autorités haïtiennes et dominicaines de:

1- Se réunir rapidement autour du plan de régularisation dont la mise en application requiert des interventions de la part des autorités des deux pays et une bonne collaboration et coordination entre elles. Nous leur demandons de revoir ensemble les procédures et documents exigés et d’éliminer toutes les paperasseries et tracasseries qui constituent des blocages àl’enregistrement des personnes qui désirent le faire.Une attention particulière devrait être accordée aux mères àqui des exigences supplémentaires non prévues par le PNRE sont faites pour la régularisation de leurs enfants. Sur la base de cette évaluation, nous demandons aux autorités des deux pays de reprogrammer la mise en œuvre du plan de manière plus réaliste et consensuelle.

2- Prendre des mesures les plus aptes et réalistes afin de résoudre, chacun en ce qui le concerne, le problème de la citoyennetéet de la nationalitéde leurs ressortissants/ressortissantes. D’un côté, il est suggéréàl’Etat haïtien de prendre des mesures appropriées, parmi elles la mise à disposition d’un budget adéquat et d’un personnel qualifié, en vue de pouvoir identifier ses citoyens et citoyennes et leur fournir les documents nécessaires àleur identification, leur fonctionnement régulier comme personne àpart entière et àla jouissance de leurs droits civils et politiques. D’un autre côté, l’Etat dominicain est vivement encouragéàadopter des mesures légales et administratives en vue de réduire l’apatridie sur son territoire et de permettre aux personnes dénationalisées de recouvrer leur nationalité.

3- Mettre en place un programme d’information et de sensibilisation pour que les personnes concernées puissent comprendre l’importance de la régularisation, sa différence avec la naturalisation et pour qu’elles soient informées des lieux d’obtention des documents exigés et des bureaux d’enregistrement.

4- Nous supplions les autorités des deux pays de contribuer àun climat de respect et d’harmonie sur l’île en décourageant les groupes et faiseurs d’opinions qui font la promotion de la haine, de la discrimination et de la confrontation à continuer dans cette voie. Nous demandons aux autorités de l’île d’encourager plutôt ceux et celles des deux côtés qui travaillent pour un rapprochement entre les deux peuples et de punir les auteurs, co-auteurs qui font l’apologie de la violence contre les étrangers.

5- Nous exhortons les deux gouvernements àrespecter l’accord signéen 1999 autour des rapatriements. Dans le cas oùdes rapatriements doivent avoir lieu, ils doivent se réaliser dans le respect des principes de droits humains et selon les termes de cet accord. Dans cette circonstance, nous convions les autorités àtravailler avec la sociétécivile des deux pays et avec les bureaux des organisations internationales présentes sur l’île afin d’éviter toute tragédie humaine.

6- Nous demandons, de manière spécifique, au gouvernement dominicain d’arrêter les rapatriements qui se font actuellement àla frontière en vue de donner aux gens qui le souhaitent la possibilitéde se faire enregistrer.

7- Nous encourageons finalement les deux gouvernements àmaintenir entre eux un dialogue permanent, ouvert et sincère, susceptible de les aider àtrouver des solutions justes et réalistes aux problèmes qui peuvent affecter les intérêts des deux pays, et particulièrement ceux et celles qui sont liés-es àla dynamique migratoire.

Nous, organisations signataires de cette note, prenons le ferme engagement de continuer àaccompagner les migrants/migrantes haïtiens en République Dominicaine, leurs descendants dans ce pays ainsi que les victimes de rapatriements abusifs, en ce moment crucial de leur existence. Nous allons poursuivre notre lutte pour le respect des droits de la personne et pour la construction de relations plus juste et fraternelles sur l’île. Nous convions tous les secteurs, en particulier les médias, àœuvrer dans le sens du rapprochement et de la fraternitécontinue entre les deux peuples.

Fait à Belladère, Haïti, le 17 mars 2015.

Signatures:

Saint Pierre Beaubrun
Groupe d’Appui aux Réfugiés et Rapatriés (GARR)

Lissaint Antoine
Services Jésuites aux Migrants (SJM-Haïti)

Colette Lespinasse

Watson Denis

Rachelle Doucet

Cristiana Luís
Movimiento de Mujeres Dominico Haitianas (MUDHA)

Hilda Peña
Red Fronteriza Jano Sikse (RFJS-RD)

Manise Elie
Réseau Frontalier Jeannot Succès (RFJS-Haïti)

Luis Cirito Carmelo
OBMICA

Roque Féliz
CENTRO BONO

CAMINANTE

Servicio Social de las Iglesias Dominicanas

Solidarite Frontalière

Solidaridad Fronteriza

Centro de Formación y Acción Social Agraria – CEFASA

Red Jesuita con Migrantes de República Dominicana



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