Adhérents
devenez adhérent
Recherche

Première mondiale de Meurtre à Pacot, de Raoul Peck

11/09/2014

Toronto, point de vue imprenable sur Haïti 

Le Toronto International Film Festival n'est pas seulement la plate-forme de lancement des films américains qui aspirent à collectionner des statuettes, des films européens qui veulent prendre pied sur un marché états-unien de plus en plus fermé. On y projette aussi des films du monde entier (79 pays sont représentés). Toronto est par ailleurs l'un des villes les plus cosmopolites du monde. A chaque projection, il y a de bonne chance que des spectateurs soient originaires du pays dont vient le film.

C'était en tout cas vrai lors de la première mondiale de Meurtre à Pacot, de Raoul Peck, le 6 septembre. On comptait un certain nombre de Haïtiens dans la salle. Le cinéaste a expliqué comment, alors qu'il tournait le documentaire Assistance mortelle, constat d'échec de l'aide internationale après le séisme de 2010, il traversait chaque matin le quartier de Pacot, celui des villas de l'élite haïtienne, et se demandait ce qui s'était passé dans ces maisons dans les jours qui ont suivi le séisme.

La réponse a pris la forme d'une fiction stylisée et violente, qui, dans les jours qui suivent la catastrophe, met au prise un couple de bourgeois contraints de vivre dans le quartier des domestiques et de louer la partie de leur luxueuse villa restée debout à un travailleur humanitaire qui a lui-même invité une jeune Haïtienne à partager sa couche, avec pour stimulant, en plus de son charme incertain, une promesse de visa pour la France.

Quelques jours plus tard, en compagnie de son interprète Alex Descas (qui fut le Mobutu du Lumumba de Raoul Peck) le cinéaste revient sur son film. "Avec Assistance mortelle, j'étais en immersion dans la réalité haïtienne, il fallait absolument en sortir pour arriver à un regard plus abstrait". D'où des dialogues laconiques, dont chaque mot est comme un présage chargé d'interprétations mutliples (Raoul Peck a écrit le avec l'écrivain haïtien Lyonel Trouillot et le cinéaste français Pascal Bonitzer) et une mise en scène en huis clos. Alex Descas, qui reste à la ville comme à l'écran - laconique - explique qu'il a construit son personnage de bourgeois réduit en quelques secondes à la misère "en allant quelque chose de plus dépouillé. De toute façon je veux toujours essayer d'enlever des choses", ajoute-t-il, sans doute à l'intention de ceux qui ne l'ont jamais vu, chez Claire Denis, Olivier Assayas ou Patrice Chéreau.

Le tournage de Meurtre à Pacot a ressemblé au film: un huis clos coupé de la frénésie de Port-au-Prince. "Il est extrêmement d'obtenir la maîtrise du lieu dans une grande cité, explique Raoul Peck. J'ai trouvé la maison idéale pour maîtriser cette production. Dans la réalité, le quartier a été reconstruit rapidement. Cette maison était restée en ruine parce que la propriétaire était traumatisée".

Meurtre à Pacot a beau être un film de cinéma, il ne devrait pas sortir en salles en France où il sera diffusé par Arte.

Source: http://sotinel.blog.lemonde.fr/2014/09/08/toronto-point-de-vue-imprenable-sur-haiti-et-cuba/

 



Partager