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Derrière les "tôles rouges", l'immobilisme

31/08/2014

A Port-au-Prince, quatre ans après un séisme dévastateur, le président Michel Martelly tente de démontrer sa volonté d'action. Mais la population n'y croit plus. Et elle a trouvé une expression pour signifier sa lassitude: "tôle rouge".


Sur la place du Champ-de-Mars à Port-au-Prince, coeur vibrant de la capitale haïtienne, sous un soleil de plomb, les étals des vendeurs d'artisanat et des artistes-peintres dépassent des trottoirs, obligeant les piétons à se faufiler entre les voitures. Au loin, la statue du sauveur de la nation, Toussaint Louverture, continue à trôner fièrement dans un square qui a perdu de sa splendeur.

Quatre ans après la catastrophe du 12 janvier 2010, le séisme, qui a provoqué plus de 230 000 morts et que les Haïtiens surnomment "goudou-goudou", est toujours dans les têtes. Comment en serait-il autrement ? Sur la place du Champ-de-Mars, la quasi-totalité des lieux publics demeure fermés pour travaux. "Ces tôles rouges que l'on voit partout sont censées promettre une place entièrement rénovée" confie Gary, un artiste-peintre rencontré près de l'ancien palais présidentiel, entièrement détruit lors du tremblent de terre. "L'ennui, ajoute-t-il, c'est qu'il ne se passe rien. Résultat, les Haïtiens utilisent l'expression ''tôle rouge'' pour qualifier quelqu'un qui ne fait rien, à commencer par ces chiches ("avares" en créole) du gouvernement qui ne donnent rien". Le projet de reconstruction du Champ de Mars prévoit notamment un espace de vente dédié aux artistes de la place mais Gary n'y croit pas: "Je n'ai pas besoin de l'Etat pour vendre, le projet de nouvelle place ne changera rien. Ici, l'Etat, c'est chacun de nous!"
"J'ai voulu visiter les chantiers, je n'ai pas eu l'autorisation"

"Les travaux de réhabilitation du Champ-de-Mars débuteront en janvier et devraient être achevé en juin 2014" affirmait en décembre 2013 Clément Bélizaire, ingénieur de l'Unité de Construction de Logements et de Bâtiments Publics (ULCBP), l'organisme chargé de la reconstruction de la place. Neuf mois plus tard, le chantier semble au point mort et le gouvernement est avare d'informations quant à l'avancée du chantier, affirme Joe-Antoine Jean-Baptiste, journaliste haïtien à Radio Vision 2000: "J'ai voulu visiter le chantier mais l'autorisation m'a été refusée". En journée, derrière les tôles, aucun ouvrier ne s'active et de nombreux bâtiments restent désespérément sans toit, alors que la place vibre en continue au son d'une musique zouk crachée depuis un vieux "tap-tap" (taxi haïtien).
Ecran de fumée

Parler de "tôle rouge", c'est aussi une façon, pour les Haïtiens, de dénoncer le caractère purement cosmétique du programme de reconstruction mis en place depuis l'élection de Michel Martelly en 2011. Une partie de la population explique le coup de peinture donné à quelques maisons du bidonville de Jalousie à Pétion-Ville, une banlieue huppée de Port-au-Prince, par la construction, en face, d'un hôtel de luxe. Comme si l'ambition des dirigeants haïtiens se bornait à enjoliver la vue promise aux futurs touristes de passage.... Entre chantiers au point mort et tentatives de maquillage, l'action du gouvernement Martelly ne serait-elle qu'un écran de fumée?
 

Source: http://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique-nord/haiti-derriere-les-toles-rouges-l-immobilisme_1570964.html



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