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Enfin des bonnes nouvelles d’Haïti ?

19/03/2014

Enfin des bonnes nouvelles d’Haïti ?

Contribution externe Publié le mardi 11 mars 2014 à 17h24 - Mis à jour le mardi 11 mars 2014 à 17h24


 

Opinions Il y a peu, le président haïtien est passé en Belgique apporterde "bonnes nouvelles" aux autorités européennes. Mais son messagecorrespond-il à la réalité de Haïti, quatre ans après la catastrophe ?
Confrontation

Le mercredi 25 février 2014, le président haïtien, Michel Martelly, clôturait sa visite européenne en Belgique; l’occasion pour lui de recevoir le titre d’Hôte d’honneur de la province de Namur et de rencontrer le président du Conseil de l’Union européenne, Herman Van Rompuy.

Aux médias et aux hommes politiques avec qui Martelly s’est entretenu, le message était le même : quatre ans après le séisme qui a ravagé Haïti, "le pays se redresse progressivement, se remet debout" . En témoigneraient la réduction de l’inflation et l’augmentation de la croissance, le renforcement des institutions (certes encore fragiles), le 1,4 million d’enfants qui vont à l’école grâce au Programme de scolarisation universelle gratuite et obligatoire (PSUGO), et le nombre de personnes vivant dans les camps, qui serait passé de 1,5 million à 147 000 aujourd’hui.

Des avancées problématiques

De son côté, l’Union européenne (UE) n’était pas en reste, félicitant "le gouvernement [haïtien] et son président pour avoir réussi à surmonter avec l’aide de l’Union européenne et de la communauté internationale, les urgences humanitaires les plus pressantes" . Le souci compréhensible d’arracher Haïti à son image misérabiliste, de valoriser l’aide européenne, et de donner - enfin ! - des bonnes nouvelles de ce petit pays des Caraïbes doit-il tout justifier - y compris la méconnaissance ou la falsification de la réalité quotidienne des Haïtiens ?

Les avancées mises en avant sont ainsi problématiques. Le nombre de personnes vivant sous les tentes ? Il a certes considérablement diminué. Mais les conditions de vie dans les camps se sont dégradées, suite au départ de la plupart des ONG internationales, et la très grande majorité des personnes qui en sont sorties n’ont pas trouvé de logement décent et sont allées gonfler les bidonvilles de la capitale.

Le programme de scolarisation universelle gratuite ? Son financement est opaque, son fonctionnement entaché de fraudes, et ses résultats sujets à caution. Mais les déclarations de Martelly et de Van Rompuy sont également révélatrices par ce qu’elles taisent.

Pas un mot en effet sur la situation des Droits humains, alors que celle-ci est très préoccupante et que les organisations haïtiennes tirent la sonnette d’alarme. Et ce plus encore depuis le double assassinat, le 8 février 2014, du coordonnateur de la Plate-forme des organisations haïtiennes des droits humains (POHDH) et de son épouse.

Une stratégie commune

Si le président Martelly et l’UE s’accordent largement sur ce bilan positif, c’est surtout qu’ils partagent une même vision du développement. Le slogan du président haïtien : "Haïti ouverte aux affaires", est soutenu et financé par l’UE.

La stratégie est de faire du marché le levier principal, sinon unique, du développement. Le parc industriel de Caracol, inauguré en grande pompe, le 22 octobre 2012, en constitue le projet phare. Financé dans le cadre de la reconstruction, il abrite la multinationale sud-coréenne de textiles Sae-A. L’objectif est de créer 65 000 emplois à terme. Qu’importe qu’à ce jour, moins de 2 000 emplois de mauvaise qualité et mal payés aient été créés, que les droits syndicaux ne soient pas respectés, que le projet se fasse au détriment du potentiel agricole du pays et s’inscrive à la suite d’autres tentatives ayant échouées… Les rêves néolibéraux sont têtus.

Cette politique commune explique que le regard de l’UE et du gouvernement haïtien soit fixé sur la croissance et les indicateurs macroéconomiques au détriment de la situation des droits humains et sociaux.

La méconnaissance et le mépris que Martelly et l’UE affichent de concert envers les analyses et les revendications des mouvements sociaux et organisations haïtiens représentent l’envers d’une confiance sans borne au marché, censé dégager le pays du double "assistentialisme" de l’Etat et de l’aide internationale.

Van Rompuy attendu à Haïti

Au terme de sa rencontre, Van Rompuy a confirmé l’engagement de l’UE aux côtés du gouvernement haïtien, annonçant par ailleurs son souhait de visiter Haïti en juillet prochain.

Martelly, enthousiaste, lui a dit qu’il était attendu. Il le sera également par la société civile haïtienne et ses relais en Europe, notamment la plate-forme européenne, Coordination Europe-Haïti.

Des comptes lui seront alors sûrement demandés sur l’aide européenne - son manque de transparence et de cohérence par rapport aux politiques économiques, autrement plus puissantes, imposées par l’UE -, et sur cette privatisation de la reconstruction, qui cherche sa légitimité au sein du marché plutôt qu’auprès des Haïtiens et Haïtiennes.

(1) Auteur de "L’échec humanitaire, le cas haïtien", Couleur Livres, 2013.

Frédéric Thomas

Docteur en science politique, chargé d’étude au Centre tricontinental, (CETRI, Louvain-la-Neuve) (1)



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